Angle Mort n°8

Je n’ai pas encore eu l’occasion de vous dire tout le bien que je pensais de la revue électronique Angle Mort. Le numéro 8, paru en novembre, me fournit cette opportunité, un peu en retard je le reconnais…

Au sommaire, quatre nouvelles et un éditorial ayant le mérite de l’optimisme. Sébastien Cevey et Laurent Queyssi, chevilles ouvrières et têtes pensantes de la revue, s’y attachent en effet à désamorcer l’opposition stérile entre le numérique et le papier. Bien sûr, ils ont tendance à défendre un tantinet leur boutique, mais ils le font avec une certaine logique, tentant de montrer que le numérique ne menace pas l’édition papier puisque ces deux supports s’insèrent dans des écosystèmes différents. Une réflexion que j’ai tendance à partager, même si ces écosystème manquent de lecteurs pour garantir un réel climax…

Passons aux nouvelles.

On commence en douceur avec Les Beaux Garçons, un texte jouant sur les stéréotypes et poussant la métaphore jusqu’au bout. Le postulat de Theodora Goss a le mérite de la simplicité, pour ne pas dire de la banalité. C’est peut-être cet aspect qui pèche. Pour le reste, sa nouvelle s’amuse des clichés colportés par bon nombre de teen movies et novels. Amusant, mais guère davantage.

Vient le premier Français de ce numéro. On ne présente plus Jean-Claude Dunyach, habitué aux format court où il excelle, l’auteur propose ici une sorte de conte philosophique. Microcosme et macrocosme se rejoignent autour d’une histoire à hauteur d’homme, infusée dans une bonne dose d’ivresse, au cœur de la nature sauvage du Grand Nord canadien. Paysage avec intrus s’apparente à une sorte d’Into the Wild alcoolisé. Et s’il donne de la matière pour phosphorer, le texte distille également un peu d’émotion.

Avec Infinis, on passe un cran au-dessus. Vandana Singh me rappelle pourquoi la SF est nécessaire. Qu’on me permette d’affirmer que ce texte est bouleversant. L’auteur s’attache au pas d’un vieux monsieur, professeur à la retraite, vivant dans une ville indienne en proie aux massacres inter-religieux. Conjuguant la beauté abstraite des mathématiques et la laideur de la nature humaine, l’auteur indien atteint la perfection. Il touche à quelque chose d’indicible, de l’ordre de l’émotion brute. Une pépite, pas moins, dont je ne tiens pas à déflorer ici la force et la beauté.

Reste Léo Henry. J’avoue avoir quelque difficulté à parler de la chose. Down There By The Train est une nouvelle assez indescriptible. Pas d’intrigue, ni de début ou de fin. Un contexte vaguement post-apocalyptique. L’auteur nous immerge directement au cœur d’une communauté dont on ne sait s’il s’agit d’un groupe de rats ou d’humains ayant calqué leur comportement sur celui des rats. Mais peu importe, le résultat reste le même. Immersif, avec une écriture très travaillée, on est happé par ce texte qui laisse sans voix, mais qui peut aussi agacer du fait de son aspect un tantinet vain. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié.

Au final, ce numéro 8 d’Angle Mort mérite plus qu’un coup d’œil distrait, au moins pour les nouvelles de Vandana Singh et Léo Henry.

Une initiative à soutenir ici.

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