Sugar Man

Une fois n’est pas coutume, je vais m’épancher sur mes goûts musicaux. Je ne cache pas mes préférences pour un certain segment temporel, qui court des années 1960 à 1980, même si quelques groupes postérieurs ont eu l’heur de capter mon oreille.

Le rap m’horripile. Je crains d’ailleurs d’être définitivement perdu pour la cause. La variété française m’endort, j’ai déjà pris mes dispositions pour m’exiler lorsque Johnny passera l’arme à gauche. Je ne tolère l’électro qu’à dose homéopathique. Encore que sur ce point, j’essaie de me corriger. La soul me saoule si j’en écoute trop longtemps. Le jazz itou. Je préfère le baroque au classique, l’americana à la country, et je lorgne davantage vers les groupes Indie.

Voilà ! J’ai beau faire des pieds et des oreilles, les sonorités rock, psychédélique, blues, folk, punk, post-rock et j’en passe restent au cœur de mes goûts. Tout est foutu !

Pourtant, il m’arrive parfois de me laisser surprendre. Regardant le documentaire Sugar Man de Malik Bendjelloul, j’ai ainsi découvert un artiste complètement inconnu. Une sorte de Working Poor Hero (ça change du Working Class Hero). Un gars à la bouille sympathique dont la voix au timbre nasal happe immédiatement l’attention. Un type dont les mélodies simples et les paroles des chansons exhalent une sorte de poésie urbaine qui vous triture les tripes. Ce mec s’appelle Sixto Rodriguez.

Issu des bas-fonds de Détroit, Sixto Rodriguez a juste eu le temps de sortir deux albums au début des années 1970 avant de retourner à l’oubli. Repéré dans un bar à prolos, produit sur le label indépendant Sussex Records, il n’a rencontré aucun succès, si l’on fait abstraction des quelques concerts donnés aux débuts des années 1980 en Australie, en compagnie notamment de Midnight Oil. Le talent était pourtant là. Les moyens et les bons contacts aussi. Mais pas le public, en tout cas aux États-Unis. Car Sixto Rodriguez est devenu une vedette en Afrique du Sud. Un porte-parole par procuration de la contestation pour la jeunesse blanche libérale de là-bas. Il a bercé leurs jeunes années, défiant la censure (le coup des disques rayés par les autorités mentionné dans le film est terrible). Pourtant, il n’en a rien su. Nada.

Il a vendu des centaines de milliers d’albums sans toucher aucun royalties dessus. Il est devenu une légende, un mythe tragique puisqu’en Afrique du Sud tout le monde le croyait mort. Un suicide dont les circonstances variaient aux dires des uns et des autres. Mais, c’est le propre des mythes.

 Jusqu’aux jours où quelques fans ont décidé de mener l’enquête, de remonter le fil à partir d’informations lacunaires, des paroles de ses chansons, des crédits sur les pochettes de ses disques. Un travail de fourmi récompensé par une belle surprise. Sixto Rodriguez n’était pas mort. Il vivait toujours à Détroit comme travailleur précaire, passant d’un chantier de démolition à un autre. Un bonhomme ordinaire avec trois filles auxquelles il a donné le goût pour la culture et à qui il a appris à rester digne. Un type fier de son travail car, après tout, ça maintient en forme. Un gars ne nourrissant aucune rancune vis-à-vis du passé et de l’échec de sa carrière musicale. Un mec chaleureux, altruiste, à qui le destin adresse un sacré clin d’œil, lui donnant une revanche a posteriori, et qui vit tout cela avec philosophie et un sourire désarmant.

Sugar Man, c’est tout cela. L’histoire d’un échec magnifique. De quoi redonner foi en l’humanité. À ce propos, vous allez me faire le plaisir d’acheter tout de suite ses deux albums Cold fact et Coming from Reality ! Et Visionnez-moi le film de Malik Bendjelloul ! Plus vite que ça !

Sugar Man (Searching for Sugar Man) de Malik Bendjelloul, ARP Sélection, décembre 2012

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2 réflexions au sujet de « Sugar Man »

    • Dans les suppléments du DVD, on le voit jouer tout seul au Max Linder, et on sent la vieillesse du bonhomme, son usure prématurée. La voix vacille et le jeu de guitare se fait parfois aléatoire. Je ne suis pas étonné. L’histoire reste magnifique, mais pour les concerts et les tournées, on ne peut dire que trop tard !

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