Filles

Parce qu’il m’arrive de caler sur un livre ou de ne pas avoir grand chose de positif à en dire, sans pour autant vouer aux gémonies son auteur, j’ai créé cette nouvelle entrée dénommée « les rendez-vous manqués ». Dorénavant, les lecteurs assidus de ce blog (ahah !) y trouveront mes échecs de lecture. Des bouquins que j’aurais voulu apprécier, mais qui n’ont suscité qu’un ennui poli.

Filles relève de cette catégorie. Ce roman m’a fait l’effet d’une longue après-midi hivernale où l’on regarde tomber la neige, s’amusant à voir batifoler les flocons dans le vent, sans en retirer autre chose que des phosphènes dans les yeux.

Pourtant, la perspective de lire le roman de Frederick Busch me réjouissait à l’avance. La lecture de la quatrième de couverture et de l’incipit me laissait augurer du meilleur.

Raté. J’ai peiné comme jamais pour lire ces 364 pages, sans parvenir à déterminer si la traduction ne me convenait pas ou si c’était simplement le style de l’auteur qui me paraissait laborieux.

Long récit introspectif sur le deuil et la douleur d’un homme dont le couple part à vau-l’eau après la mort de son enfant, Filles m’est apparu surtout désespérément terne. Pour esquisser une comparaison, peut-être maladroite, avec un roman dont la thématique me semble proche, j’ai trouvé Les Cœurs déchiquetés de Hervé Le Corre beaucoup plus dérangeant et déstabilisant. Là, j’ai juste hiberné.

Sans minorer les qualités de Frederick Brusch, je n’ai toujours pas compris le classement de son roman dans le genre policier. Certes Jack, le personnage principal, est le chef de la sécurité dans une université du Nord de l’État de New-York, une activité l’amenant à côtoyer la délinquance ordinaire du campus. Certes, on lui met entre les mains une affaire de disparition de gamines, manipulant au passage son sentiment de culpabilité. Mais l’intrigue criminelle se révèle au final complètement anecdotique, servant surtout à alimenter la dépression du bonhomme. Et puis, son dénouement prête à rire tant il est bâclé. Bref, je ne comprends vraiment pas la réédition en « policier » de ce livre paru initialement dans la collection « Du Monde entier » chez Gallimard. Des fois, je suis con…

Je ne peux cependant me résoudre à détester totalement Filles car, à la lecture du roman, j’ai perçu quelque chose d’authentique. Et même si je me suis beaucoup ennuyé, je me dois de reconnaître que Frederick Busch touche à quelque chose d’indicible en explorant la psyché de Jack. On reste en effet pétrifié par sa douleur et par le sentiment trouble de culpabilité qui le hante. On s’inquiète de ses crises de larmes et des violentes colères qui le saisissent, manifestations de sa dépression chronique. Enfermé dans un deuil dont il ne parvient pas à sortir, Jack recherche chez autrui la compassion. L’enquête n’est plus alors qu’un exutoire à sa propre souffrance, un moyen de se comprendre et d’appréhender le naufrage de son couple. Une tentative vouée à l’échec, comme ma lecture de ce roman…

Car malgré tous mes efforts, je suis resté dehors, tournant les pages sans me sentir, ne serai-ce qu’un peu, ému ou malmené. Pas grave, j’en ai profité pour aller pisser.

ps : Mon petit doigt me dit que Frederick Busch a poursuivi l’exploration de la dépression de Jack avec Nord, autre roman disponible également chez Gallimard. Ce sera sans moi.

Filles (Girls, 1997) de Frederick Busch – Gallimard, « Du Monde entier », 2000 (Réédition Folio Policier, roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Nadia Akrouf, 2013)

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4 réflexions au sujet de « Filles »

  1. C’est une bonne idée que cette rubrique mais dévoreuse de temps si tu es comme moi dernièrement. Ces deux derniers mois, je pense avoir abandonné plus de livres que j’en ai lu, cherchant je ne sais trop quoi dans ceux-ci, pensant qu’ils étaient pour moi et puis en fait non.
    Ce livre-ci ne me tente pas en tout cas (mais bon, on s’en fout un peu ^_^).

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