L’Histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça

De retour sur le Web avec de l’actualité !

En fait, je triche puisqu’il s’agit d’un article mis en ligne sur l’ancienne mouture de ce blog capillophile. Mais comme l’ouvrage vient de faire l’objet d’une réédition bienvenue au Livre de poche, je saute sur l’occasion pour faire mon fan. Na !

Et puis, c’est ça ou parler de Historiquement incorrect de Jean Sévillia ou de L’invention des Français de Jean-François Kahn. (Ne me remerciez-pas) Voire de L’altermanuel d’Histoire de France de Dimitri Casali.

     J’aime l’Histoire. Sans doute est-ce pour cette raison que je l’ai étudiée à l’université. Sur ce blog, déserté de Dieu et des hommes, et même des marxistes orthodoxes, c’est dire, voilà enfin une occupation sérieuse ! Mais toujours inutile et ô combien ennuyeuse…

     L’écolier lambda, on l’appellera Brandon, confirmera tout le bon sens de cette remarque. L’enseignement de l’Histoire dans nos contrées n’offre en effet guère de prise à la curiosité et à l’intérêt. Une longue litanie de dates, de traités, de batailles et de découvertes, hantée de-ci de-là par quelques personnalités éminentes. Rien de très sexy.

     Et puis, franchement, quelle valeur ajoutée peut-on accorder au couronnement impérial de Charlemagne ? Qu’est-ce que le déroulement de la Révolution française face aux hoquets du prix de l’essence ? Que penser de l’attitude du mahatma Gandhi alors que Carla s’apprête à signer pour un nouvel album ? Hein ? Je vous le demande ?

Vous me direz que j’exagère. Hélas, non. Et je suis bien placé pour en parler…

     Aussi, mon étonnement fut-il grand en découvrant le nouvel opus de Catherine Dufour ! La pauvre, il faut croire qu’elle vit totalement déconnectée de la réalité. Nous parler de rois oubliés de tous, sauf des monarchistes convaincus qui se comptent sur les doigts de la main d’un lecteur de Voici. Drôle d’idée pour un auteur dont le lectorat famélique se réduit aux trois pelés cacochymes, deux tondus boutonneux de l’Imaginaire francophone.

     Quelle mouche l’a donc piquée ? Même Alain Minc a renoncé à ce type d’occupation depuis qu’il goudronne la chaussée des autoroutes.

     Ou alors, peut-être aime-t-elle l’Histoire et tient-elle à nous en dévoiler les arcanes d’une manière plus ludique et joyeuse, sans sacrifier pour autant à la réécriture complaisante ? L’hypothèse mérite d’être examinée et analysée de manière méthodique à la lumière de mon petit Malet & Isaac.

     Trêve de bla-bla, au boulot !

     Catherine Dufour aime l’Histoire. D’une plume alerte, empreinte d’une délicieuse ironie, elle se bombarde Alain Decaux sans calvitie, et nous invite à revisiter quelques épisodes fameux de notre chronique nationale, sous un angle se voulant également plus féministe.

     De Clovis à Louis XVI, en passant par François Ier et Philippe le Bel, son histoire fait la part belle à toute une galerie de souverains, n’oubliant pas de mentionner le rôle joué par les femmes : mères, sœurs, épouses et maîtresses. Et de ce périple dans le temps, conçu à la manière d’une croisière, on ressort avec le sourire aux lèvres et la curiosité aiguisée.

     Plus rapide sur la période républicaine et sur les fins de race du XIXe siècle, Catherine Dufour n’oublie pas d’être modeste. Prenant bien soin de rappeler qu’elle n’a pas une formation d’historienne, la dame montre toutefois qu’elle n’est pas dupe des enjeux de l’Histoire et du caractère partiel et orienté de ses sources. En effet, la vérité historique apparaît surtout comme la somme de ce qu’on ne sait pas, un hors champ laissé définitivement en jachère, faute de sources.

« L’Histoire est très injuste. Ou plutôt, c’est une terre de contraste. Là, voyez, elle est désertique. Aucune source n’y coule. De toutes les moissons qu’elles a portées, ils ne reste rien. Navré, l’historien traverse cette steppe sans s’arrêter. Mais là-bas, les sources abondent ! Elles jaillissent, écumeuses, et abreuvent d’immenses champs de souvenirs. Les historiens y gambadent par centaines.[…]

Il est faux de dire que l’Histoire est pleine de trous : elle n’est qu’un petit trou dans la nappe immense de notre ignorance. […]

Pourquoi tant d’obscurité ? Parce que l’Histoire, c’est ce qui est écrit. Ceux qui savent écrire, ce sont les clercs. Et les clercs écrivent pour ceux qui les nourrissent. L’Histoire ne s’intéresse donc qu’aux clercs et aux élites. Elle y est bien obligée. »

     Certes, on pourrait trouver à redire, l’Histoire ne se cantonnant pas qu’aux sources écrites. Le recours à l’archéologie et à d’autres sciences auxiliaires a permis d’éclaircir un peu quelques zones obscures. Mais pour l’essentiel, le constat de Catherine Dufour se défend.

     Ainsi, naviguant entre les sources brutes et l’interprétation de quelques historiens de renom, parmi lesquels on ne citera que Georges Duby, en une sorte de dialectique ironique mêlant le vraisemblable et le probable, Catherine Dufour nous régale de son point de vue sur près de deux mille ans d’Histoire de France.

     Et croyez-moi, le voyage est très divertissant.

Ps : un peu de rabiot ici

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