Ton avant dernier nom de guerre

Succès en librairie oblige, on parle beaucoup du polar scandinave, omettant de nombreuses autres régions du monde. C’est un tort d’autant plus regrettable que Stieg et ses émules, souvent des faiseurs aux recettes un tantinet éventées, font de l’ombre à d’autres auteurs, tous plus excellents les uns que les autres. Des auteurs avec des choses à nous dire sur leur grisaille quotidienne, sur le passé de leur pays. Des vérités pas toujours bonnes à dire sur le monde tel qu’il va mal, avec cerise sur le gâteau, de vrais coups de génie. Des romans à tomber par terre, dont le propos et la construction vous imprègnent durablement (je suis excessif, si je veux).

Bref, varions les destinations avec ce nouveau roman de Raúl Argemí, auteur dont j’avais déjà parlé, mais que j’ai laissé un peu de côté (deux autres roman sont parus entretemps). La faute à une pile de lecture dont la hauteur ne semble pas diminuer (un fléau et un bonheur à la fois).

L’argument de départ de Ton dernier nom de guerre a le mérite de la simplicité. Un type se réveille dans une chambre d’hôpital paumée au fin fond de l’Argentine, pas très loin de la frontière avec le Chili. Il souffre, malgré les analgésiques, et deux infirmières, des Indiennes qu’il n’arrive pas à distinguer l’une de l’autre, le tourmentent. Sa mémoire lui cause aussi souci. Il ne se rappelle pas exactement des circonstances de son accident de voiture. Il sait juste que son passager est mort. Ou alors, peut-être était-ce lui le passager ?

Bref, une chose semble certaine : il est journaliste, hélas au chômage, et il s’appelle Manuel Carraspique. Mais, le malheur fait bien les choses, du moins, si Manuel saute sur l’opportunité que le destin lui offre sur un plateau médical. Dans le lit voisin git en effet un pauvre bougre, emmailloté dans les bandages. Un grand brûlé que la police aimerait bien interroger. Le bougre aurait massacré toute sa famille avant de s’immoler par le feu. Voyant le scoop qu’il peut en tirer, Manuel entreprend de l’interroger, profitant des rares moments de conscience du bonhomme. Des propos décousus. Des bribes mêlant le passé, à l’époque de la dictature, et un présent guère reluisant. Pas vraiment un récit des mille et une nuits. Plutôt l’histoire violente d’un type sans scrupule accomplissant sa besogne sans manifester d’état d’âme. Un caméléon, ou plutôt une sangsue, témoin de la triste condition de son pays et de ses zones d’ombre.

Ne tergiversons pas, Ton dernier nom de guerre se montre à la fois admirable et prévisible. Admirable de par la simplicité et la roublardise de sa construction. Raúl Argemí nous convie à un jeu de l’esprit, un récit en trompe l’œil où les informations sont distillées de manière parcellaire dans un désordre parfaitement maîtrisé. Mais prévisible parce que le suspense ne tient pas 50 pages. On devine assez rapidement où l’auteur veut nous mener, pressentant le dénouement bien longtemps à l’avance.

Bref, en presque 160 pages, on passe de la curiosité à l’agacement, tant l’exercice apparaît un peu vain. Dommage…

Ton avant dernier nom de guerre de Raúl Argemí – Éditions Payot, collection Rivages/Noir, octobre 2013 ( roman inédit traduit de l’espagnol [Argentine] par Alexandra Carrasco-Rahal)

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