Le Sabre des Takeda

N’étant pas habitué à la littérature nippone, j’ai jeté mon dévolu sur un roman historique de Yasushi Inoué, optant pour une valeur sûre, du moins pour un romancier dont la renommée n’est plus à prouver.

Le Sabre des Takeda ressort de la veine historique de l’auteur, assez différente en cela de ses œuvres plus poétiques, comme Le Fusil de chasse ou Le Maître de thé. Le livre s’inspire du personnage semi-légendaire de Yamamuto Kansuke. Figure prodigieuse aux qualités de stratège au moins aussi inoubliables que son apparence difforme – le bougre était borgne, boiteux, affecté de nanisme, noir de peau et marqué par d’une multitude de cicatrices causées par la petite vérole – , Kansuke devient l’éminence grise du daimyo Shingen Takeda.

Serviteur zélé, il cherche à unifier le centre du Japon au profit de son seigneur durant l’époque de la guerre des provinces, au XVIe siècle. Une période de guerre civile fertile en trahison, félonie et retournement d’alliance. Un temps de chaos, source d’inspiration de nombreuses reconstitutions cinématographiques et télévisées (évidemment, on pense à Kagemusha de Akira Kurosawa) et dont on retrouve le contexte jusque dans le roleplay de quelques titres vidéo-ludiques. (personnellement, j’ai touché un peu à Shogun : Total War)

Pourtant, le roman de Yasushi Inoué ne se cantonne pas seulement à l’aspect martial de l’époque. Les exploits héroïques côtoient des moments plus contemplatifs où les héros s’extasient du spectacle de la nature, jaugeant une position forte à l’aune de ses qualités stratégiques mais aussi de sa beauté.

Entre batailles et escarmouches, on s’attache aux pensées et aux actes de Yamamuto Kansuke. Un homme à la fois génial et fragile. Pénétré d’une sorte de sens de l’État, confondu ici avec les intérêts du clan Takeda, il n’hésite pas à s’opposer aux avis de son maître lorsqu’il a l’intuition qu’ils desservent le but final. Piètre combattant, il ne craint pas de s’exposer aux coups, remettant sa vie à la bonne fortune qui le guide. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer déterminé, voire intransigeant lorsqu’il s’agit d’éliminer femmes et hommes s’ils menacent sa politique. En cela, il se montre respectueux de la devise, empruntée à Sun Tse, inscrite sur la bannière du clan : « Une armée rapide comme le vent, silencieuse comme la forêt, dévorante comme le feu, impassible comme la montagne. »

Roman épique traversé de batailles incessantes, Le Sabre des Takeda s’apparente également à un roman d’amour. Amour platonique de Kansuke pour dame Yubu, la concubine de son maître, à laquelle il voue littéralement un culte, allant jusqu’à remettre en question ses décisions ou celles de son daimyo, pour ne pas lui déplaire.

Mais voilà, malgré toutes ses qualités, je ne suis pas parvenu à adhérer complètement à ce roman. Je m’en suis même progressivement détaché, tournant les pages plus que les lisant, lassé par les états d’âme interminables de Yamamuto Kansuke.

En conséquence, Le Sabre des Takeda rejoint mes échecs personnels. Et je me vois contraint de repousser pour un temps la lecture de La Geste des Sanada.

Le Sabre des Takeda de Yasushi Inoué – Réédition Picquier poche, 2008 (roman traduit du japonais par Marie-Noëlle Shinkai-Ouvray)

Publicités

5 réflexions au sujet de « Le Sabre des Takeda »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s