Les dyschroniques (2)

On ne trouvait pas grand chose à jeter dans la première sélection des dyschroniques. La seconde fournée continue le travail d’exhumation, accordant à d’anciens textes issus du corpus de la SF une plus juste visibilité. Quatre textes dont le propos spéculatif s’est avéré un tantinet visionnaire.

Afin d’éviter tout malentendu, précisons qu’il ne s’agit pas de louer ici les vertus prédictives, pour ne pas dire prophétiques, du genre – la SF n’ayant pas vocation à dire l’avenir. Dans la meilleure acception du terme, elle apparaît comme un outil d’analyse des dynamiques sociales et technologiques. Un outil de prospective autant qu’un objet littéraire, non dépourvu de fun.

Je ne m’étendrai pas sur Continent perdu de Norman Spinrad, dont j’ai déjà dit du bien ici. Non, usons plutôt de la bande passante pour évoquer brièvement les trois autres textes où l’on trouve du bon, du pas mal et du carrément bof.

Je n’ai rien lu de Ben Bova et Où cours-tu mon adversaire ? ne va pas m’inciter à approfondir les écrits du bonhomme. Pourtant, l’argument de départ avait le mérite de titiller le sense of wonder. Las, le résultat s’avère plus que décevant.

L’humanité a découvert sur Titan des constructions implantées par une race étrangère quelques centaines de siècles plus tôt. Signe d’une guerre passée et de l’extinction d’une espèce antérieure à l’homme, elles toisent la civilisation humaine de manière menaçante. Poursuivant avec crainte leur marche vers les étoiles, les hommes ont entrepris de retrouver le monde natal de ces inquiétants visiteurs. Sur une des planètes ciblées, un monde ravagé par l’explosion d’un de ses soleils, le Carl Sagan détecte des traces de vie humanoïde.

Portée par une intrigue classique, la novella de Ben Bova ne manque pas de qualités. Du moins, au début. Malheureusement, l’histoire ne tient pas ses promesses – euphémisme – se contentant de déboucher sur un cliffhanger fâcheux.

Sans doute conscient de l’inachèvement de son histoire, l’auteur américain a utilisé cette novella et un autre texte (Pressure Vessel) pour écrire un fix-up intitulé As on a Darkling Plain. Avis aux amateurs… Personnellement, je doute d’en faire partie car, ayant lu Gregory Benford (le cycle du « Centre galactique ») et Fred Saberhagen (la série des « Berserkers »), Où cours-tu mon adversaire ? me fait une impression semblable à Mon curé chez les nudistes. Un sentiment aggravé par un dénouement banal comparé à l’émerveillement provoqué par les variations autour du paradoxe de Fermi de Stephen Baxter. Bref, à oublier.

Dernière chose. En dehors d’une vague allusion au choc des civilisations, je cherche encore le rapport entre cette novella et la ligne éditoriale de la collection. Si quelqu’un a la réponse, je suis preneur.

Passons au deuxième titre, autrement plus intéressant. Je n’ai jamais rien lu de Lino Aldani, même si son roman Quand les racines me fait de l’œil depuis belle lurette. Pour ce coup d’essai, je ne suis pas du tout déçu.

Malgré une intrigue cousue de fil blanc, Aldani se montre en effet efficace dans la mise en scène de sa dystopie médicale. Un monde où la protection de la santé des affiliés à la Convention Générale Médicale conduit à un arsenal de mesures liberticides. Objet d’une surveillance permanente, assailli par les publicités et les campagnes de prévention, le citoyen voit ainsi son salaire grevé par des cotisations dispendieuses qui, sous couvert de lui garantir une couverture médicale universelle, ne servent finalement qu’à engraisser médecins et laboratoires.

Le héros, Nicola Berti, se révolte bien entendu contre le système, préférant renoncer à la Convention et à ses tracasseries plutôt que de continuer à financer les parasites. Une liberté qu’il va payer chèrement…

Avec 37° centigrades, on se trouve clairement dans le registre de la dystopie. On pourrait croire qu’Aldani rejette le système d’assurance médicale – type sécurité sociale – lui préférant celui de la responsabilité individuelle à l’anglo-saxonne. Bien au contraire, l’auteur italien met en évidence ses bienfaits tout en réprouvant ses dérives, tant du côté des praticiens que de celui des patients. En somme, voici une nouvelle bien sympathique.

Terminons par ce qui me semble le meilleur texte de la sélection. L’argument de départ de La Vague montante a le mérite d’être simple. Les descendants d’une mission de colonisation spatiale reviennent sur Terre afin d’informer ses habitants de la réussite de leur entreprise. Le voyage est sans retour, mais les membres de la mission sont impatients de retrouver le berceau de leur espèce. Une impatience tempérée par la crainte d’être considéré comme des arriérés. Surprise, ils découvrent un monde où la science et la technologie semblent avoir disparu au profit d’un mode de vie plus simple ayant écarté le superflu et l’individualisme.

« Nous nous servons de la science, nous ne sommes pas à son service. La science, Monsieur Kearns, n’est plus le seul jouet d’une poignée de puissants faiseurs de guerre, pas plus qu’elle n’est asservie à un mode de vie artificiel à l’usage d’une population malade et névrosée, sans cesse à la recherche infantile de distractions et d’excitants nouveaux. »

À la lecture de La Vague montante, on ne peut s’empêcher de penser aux Dépossédés d’Ursula Le Guin. À l’instar d’Anarres, la Terre de Marion Zimmer Bradley a opté pour un mode de vie communautaire, un gouvernement décentralisé et un mutualisme propice à une décroissance raisonnée. Une vision à contre-courant d’une SF prompte à céder aux mirages de la croissance, du consumérisme et du capitalisme. À la différence du roman de Le Guin, l’utopie ne se montre pas ici ambiguë. La civilisation terrestre se dévoile sous son meilleur jour, amplement plus désirable que le monde auquel l’humanité a renoncé.

S’il est vrai que le propos de Marion Zimmer Bradley évoque les réflexions critiques du penseur marxien Jacques Ellul sur la technique et l’aliénation à laquelle celle-ci conduit, il s’inscrit aussi dans cette mouvance naturaliste initiée en Amérique par Henry David Thoreau.

Au final, je suis très content d’avoir découvert Marion Zimmer Bradley dans un texte bien plus intéressant que ses romans issus de « La romance de Ténébreuse » et du cycle des « Dames du Lac ».

Où cours-tu mon adversaire ? (Foeman, where do you flee ?, 1969) de Ben Bova – Le passager clandestin, collection dyschroniques, 2013 (traduit de l’anglais [États-Unis] par Ben Zimet)

Continent perdu (The Lost Continent, 1970) de Norman Spinrad – Le passager clandestin, collection dyschroniques, 2013 (traduit de l’anglais [États-Unis] par Nathalie Dudon)

37° centigrades (Trentasette centigradi, 1963) de Lino Aldani – Le passager clandestin, collection dyschroniques, 2013 (traduit de l’italien par Roland Stragliati)

La Vague montante (The Climbing Wave, 1955) de Marion Zimmer Bradley – Le passager clandestin, collection dyschroniques, 2013 (traduit de l’anglais [États-Unis] par Elisabeth Vonarburg)

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Texas Forever

On ne présente pas James Lee Burke dans nos contrées. Créateur des personnages récurrents de Dave Robicheaux et de Billy Bob Holland, l’auteur américain ne correspond plus vraiment à l’image du novice. Un épisode des aventures de Robicheaux a même été adapté par Bertrand Tavernier au cinéma, avec Tommy Lee Jones dans le rôle titre. Il est donc naturel qu’il connaisse le sort de bien des écrivains à succès en voyant ses œuvres antérieures paraître au compte-goutte. Pour le meilleur et pour le pire…

Réputé pour sa prose empreinte de lyrisme lorsqu’il s’agit de décrire les paysage de Louisiane ou du Texas, un contre-champs salutaire aux turpitudes du genre humain, Burke semble s’inscrire dans cette mouvance du Sud, si tant est que l’on puisse parler de mouvance.

Two for Texas – le titre original me paraît plus adapté – précède de quelques années Robicheaux et Holland, même si l’on décèle quelques signes précurseurs de ces personnages, comme un lien de parenté. James Lee Burke y raconte par le truchement de deux forçats un des épisodes fameux de l’histoire américaine, la révolution texianne de 1836 dont John Wayne s’est fait le propagandiste zélé avec le classique Alamo. À cette époque, les colons, en majorité anglo-saxons, se révoltent contre le gouvernement mexicain auquel le Texas est encore rattaché. En provenance du Kentucky, du Tennessee et de la Louisiane voisine, les patriotes américains affluent pour défendre la liberté (version officielle), mais plus sûrement pour profiter des distributions de terres promises à la victoire. Une nuée d’aventuriers, de marginaux, d’ivrognes et de brutes de tout acabit accourt ainsi pour rejoindre les rangs de la milice texianne commandée par Sam Houston et Jim Bowie.

« Le jour même où Son Holland arriva au camp pénitentiaire, menotté, à l’arrière d’un chariot tiré par des mulets, en compagnie de sept autres prisonniers, il sut qu’il finirait par s’évader, qu’il mourrait avant d’avoir passé dix ans dans marais fumant, sous les pistolets et les fouets de Français impaludés qui avait du sang noir dans les veines et un cœur dégénéré et corrompu. Mais, âgé de dix-nef ans, il était encore assez naïf pour croire que sa seule volonté lui permettrait de retrouver la liberté. Il ignorait que près de deux ans s’écouleraient avant qu’il ne s’évade presque par hasard, et qu’il lui faudrait pour cela se rendre complice d’un meurtre. »

Two for Texas est un court roman à l’intrigue robuste et à l’atmosphère parfumée au single malt. On serait bien en mal de trouver une once d’héroïsme ou de légende dans ce récit où les hauts faits et le courage flirtent avec la violence et l’impulsivité. La Grande Histoire se dévoile par l’intermédiaire de deux sans grades. Un duo formé par Son Holland et son compagnon de fortune Hugh Allison. Évadés d’un camp de prisonniers, le jeune naïf et le vieux roublard rallient le Texas avec l’espoir d’échapper à leurs poursuivants en se faisant oublier dans le désordre de la révolution. On découvre en leur compagnie une toute autre vision de l’épisode glorieux, tel que la postérité l’a magnifié dans les mémoires. L’envers de la légende en quelque sorte.

La perspective de faire le coup de feu contre les Mexicains a en effet rassemblé sur place un ramassis de rustres prompts à se saouler et à s’enflammer pour une bouteille, une femme ou une terre. Un melting-pot indiscipliné ne dédaignant pas massacrer quelques Indiens à l’occasion, histoire de prélever leur scalp, et auquel il ne viendrait pas à l’esprit un seul instant de libérer les esclaves.

Entre le siège d’Alamo et la bataille de San Jacinto, James Lee Burke fait revivre une page de l’histoire américaine débarrassée de ses dorures et de ses affèteries mythiques. Une histoire populaire et violente. Et si sa vision ne correspond pas vraiment aux canons de l’épopée ou du roman d’éducation, elle n’en demeure pas moins convaincante.

Par son atmosphère et son propos, Two for Texas semble très proche de La Décimation de Rick Bass. Le roman s’avère un western à mille lieues des archétypes colportés par le genre au cinéma. Avis aux amateurs de Robicheaux et aux autres…

Texas Forever (Two for Texas, 1982) de James Lee Burke – Éditions Rivages, 2013 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Olivier Deparis)

Driven

Je ne prise guère les suites. Pour tout dire, les trilogies m’horripilent et les séries me hérissent le poil. À la nouvelle de la parution de Driven, titre dont on goûtera avec délice le sens de l’à-propos, mon humeur a joué au yo-yo, oscillant entre l’incrédulité et l’agacement. J’ai pourtant cédé à la curiosité, le nom de James Sallis n’étant pas étranger à ce fait.

Peu d’auteurs suscitent en effet chez moi ce réflexe compulsif d’achat, du genre à me faire agir les yeux fermés. Sallis appartient incontestablement à cette catégorie. Mais compte-tenu du préjugé mentionné plus haut, il ne partait pas gagnant. Au final, si Driven ne m’incite pas à crier au chef-d’œuvre, il ne s’avère pas non plus dépourvu de tout intérêt.

 « Ils le coincèrent un samedi matin juste après onze heures, à deux. »

Et on retrouve le chauffeur quelques années plus tard. Le bougre a refait surface à Phœnix où il tente de se racheter une conduite sans faire de vagues. Raté. Deux types l’attendent en embuscade. Elsa, sa compagne du moment, trépasse. Pour le chauffeur, le fait sonne comme un avertissement. C’est le signe qu’il lui faut à nouveau s’adapter. Rentrer le périscope et agir sans état d’âme.

L’intrigue de Driven ne brille guère par son originalité. L’histoire du type rattrapé par son passé – la mémoire a la dent dure – et pourchassé par des tueurs payés par un commanditaire inconnu. Tout ceci confine au lieu commun, à l’exercice de style, ce qui était déjà un peu le cas avec Drive.

Mais à la lecture de ce roman, court récit de 175 pages, il s’avère que James Sallis se contrefiche de ce fil directeur. Non, une fois de plus, ce qui fait l’intérêt de Driven se trouve à la marge, curieux pied de nez d’un auteur prenant pour héros un marginal. Ce sont les paysages urbains désolés d’une Amérique en déshérence qui focalise son attention. Cette suburbs terne et bon marché recouvrant comme une lèpre sournoise les espaces naturels. Des motels ayant connu des jours meilleurs, des pavillons délabrés ou recouverts de peinture cache-misère, des restaurants où errent les fantômes de plats cuisinés dans le passé, avant le changement de propriétaire ou de style. En ces lieux, une population de gagne-petit, de laborieux, use sa vie avec l’illusion de l’avoir choisie.

« Dans d’autres vies, le Butch’s avait été un Steak Pit, un Hamburger Palace, un restaurant mexicain, et très probablement un drive-in bancaire. Certains éléments de ces vies antérieures – le plan d’ensemble, les odeurs, les logos et le carrelage, un système complet de voies de circulation – subsistaient. »

Sans attache, dégagé de toute responsabilité, le chauffeur passe, libre. Il traverse ce monde où rien ne dure et tout se consomme. Un monde en toc où le capitalisme fait son miel de toutes les opportunités. Un monde où résonne les échos de Katrina, de la crise des subprimes, de la guerre en Afghanistan. Un monde désenchanté, parfaite illustration pour un morceau de blues.

« Les grandes idées, voilà ce qu’on nous apprend à l’école. Que ce sont les grandes idées qui font avancer l’humanité. En vieillissant, tu te rends compte qu’aucune nation n’a été formée, ni aucune guerre livrée au nom de grandes idées, tout ça n’arrive que parce que les gens ne veulent pas que les choses changent. »

Avec Driven, James Sallis continue d’ausculter les coulisses de l’American Way of Life. Il l’effleure d’une plume empreinte d’une poésie douce amère. C’est sans doute léger pour en faire un bouquin incontournable. Mais, cela suffit à passer un bon moment. On a les plaisirs régressifs que l’on veut…

Driven de James Sallis – Éditions Payot, collection Rivages/Noir, octobre 2013 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Hubert Tézenas)

Osama

Comme tout le monde le sait, Oussama ben Laden est un personnage de roman. Le héros d’une série populaire titrée « Oussama ben Laden, Justice Sommaire » avec un sens de l’à-propos ne ménageant guère le doute sur son contenu, et dont les aficionados ne ratent pas un seul des épisodes. Aux quatre coins du monde, du Yemen au Kenya, en passant par New York, Londres et Madrid, son organisation fomente des attentats sanglants se vengeant ainsi des humiliations imposées à l’islam. Mais que sait-on exactement de son auteur Mike Longshott ? Le bougre vivrait quelque part, terré dans une retraite à la localisation inconnue, s’ingéniant à brouiller les pistes pour que l’on ne puisse pas le trouver.

Alors qu’il végète à Vientiane, affalé sur une chaise à contempler la rue écrasée par la mousson, Joe voit débarquer une inconnue dans son bureau. Les yeux en amande, les cheveux bruns, un air mystérieux collé au visage, la jeune femme lui demande de mettre la main sur Mike Longshott. L’argent n’est pas un problème dit-elle, une affirmation confirmée par la carte de crédit qu’elle lui remet aussitôt. Joe n’a pas le temps de la questionner ou de lui demander ses coordonnées, la voilà déjà partie. Une silhouette s’effaçant dans la pluie.

La vie présente de Joe ne lui laissant que l’impression d’un grand vide, il s’envole vers Paris où se trouve le siège social de la maison qui édite les romans de Longshott. Un choix dont il ne tarde pas à se mordre les doigts car la substance du monde et jusqu’à son existence personnelle semblent lui échapper. Il entrevoit des ombres, fantômes d’individus qui le harcèlent. Au fil de son enquête, les obstacles se multiplient. De dangereux agents secrets américains le menacent, tentant de l’écarter d’une enquête dont ils entendent conserver le monopole. Et les questions s’entremêlent dans un lacis qui devient inextricable. Qui sont ces indistincts dont le nom ressort à plusieurs reprises ? Quel rôle joue l’opium dans les visions de Joe ? Pourquoi Longshott se cache-t-il ? Les scénarios de ses romans sont-ils vraiment issus de son imagination ? À toutes ces interrogations, Joe veut une réponse. Et comme il est un dur à cuire, ce ne sont pas les menaces qui risquent de le faire renoncer.

Précédé d’une réputation élogieuse confortée par le World Fantasy Award 2012, Osama fait partie des quelques romans dignes d’intérêt parus chez Éclipse, du moins de ceux échappant aux recettes des produits formatés dont la collection se montre si friande.

En découvrant le synopsis du roman, on pense immédiatement à Philip K. Dick, en particulier au Maître du Haut-château, opus majeur de l’auteur américain. Une impression confirmée par les ressorts de l’intrigue, et ce d’autant plus aisément que Lavie Tidhar s’échine avec classe à flouter les contours de la réalité.

D’emblée, on est happé dans un monde parallèle, mâtiné d’uchronie, assez proche du nôtre comme le suggère bon nombre de détails familiers, mais dont certains éléments et personnalités diffèrent quand ils n’ont pas été tout simplement escamotés. Lavie Tidhar ne se montre guère disert sur ces points, se contentant de suggérer les divergences plutôt que de les surexposer. Un fait dont on ne peut que le remercier.

L’auteur israélien se focalise rapidement sur l’enquête du narrateur, Joe, dont on suit les pérégrinations entre le Laos et l’Afghanistan, via Paris, Londres et New York. Une enquête qui ne tarde pas à se doubler d’une véritable quête existentielle. Dans une ambiance de film noir, émaillée de quelques clins d’œil vers d’autres genres, notamment au fameux Escape from New York de John Carpenter, Lavie Tidhar entretient le mystère, distillant les indices au fil d’une intrigue à laquelle on peut toutefois reprocher un manque d’audace. Car si Osama a les qualités d’un page-turner, on en retire au final pas grand chose de tangible.

Passé l’enthousiasme initial, certes tempéré par un dénouement en forme de pirouette facile, Osama s’avère aussi évanescent que les volutes d’une fumée de cigarette. Cela suffit pourtant pour passer un bon moment, mais pas assez pour en faire un grand roman. Mais au regard du talent déployé par l’auteur, je ne cache pas mon impatience de découvrir The Violent Century paru en 2012. Peut-être chez Éclipse ?

Osama de Lavie Tidhar – Panini Books, « Éclipse », octobre 2013 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Florence Dolisi)