Brocéliande

Brocéliande constitue le point d’orgue du diptyque entamé par Jean-Louis Fetjaine en 2002 avec Le pas de Merlin. Avec une certaine nostalgie, nous arrivons donc au terme de cette ballade mélancolique dans la « Matière de Bretagne ».

Reprenons un peu le fil des événements. Nous avions laissé Merlin, Myrddin devrions-nous plutôt dire, au seuil des deux mondes. Celui de sa mère, reine du royaume breton de Dyfed, en proie au bruit et à la fureur guerrière des invasions. Celui de son père naturel, le monde éthéré et mystérieux des elfes, sis hors du temps, ou plutôt en un temps autre que celui du commun des mortels. L’instant des révélations était venu et, s’étant dépouillé de ses derniers vestiges d’humanité, la chevelure blanchie prématurément par l’épreuve, Myrddin avait fait le choix de s’embarquer avec son compagnon d’aventure, le moine Blaise, pour la petite Bretagne afin d’y rejoindre son père en Brocéliande.

Dans ce second volet, les destins de chacun des personnages, croisés précédemment, s’achèvent. D’abord Ryderc, dernier riothime breton incarnant l’ultime espoir du peuple breton. Puis, Guendoloena, épouse du roi du Dal Riada et mère d’un fils dont le père n’est autre que Myrddin lui-même. Enfin, Blaise, toujours partagé entre sa foi sincère et son amitié, non moins loyale, pour Myrddin. Pour tous, il faut désormais faire le bon choix afin d’éviter la ruine. Mais peut-être est-il déjà trop tard…

Brocéliande apparaît d’entrée comme un voyage. Un périple en pays de légendes celtes, nous faisant traverser la Manche et découvrir la petite Bretagne. A mille lieues des batailles épiques de la hard fantasy (néologisme emprunté à certaine éminence de mauvaise foi, bien connue des sévices de forum), Jean-Louis Fetjaine nous immerge dans un monde primitif imprégné par l’odeur de la tourbe, où l’Homme côtoie encore la nature. Pourtant, peu-à-peu, le paysage se civilise, les croyances païennes étant arrachées sans pitié pour céder la place à la religion chrétienne. Ici, l’auteur s’attache au plus près du cheminement intime de ses personnages, à leurs doutes et à leur devenir. Il délaisse un temps l’Histoire, consacrant toute son attention à développer l’atmosphère des lieux.

Tour à tour, inquiétante, impénétrable et merveilleuse, la forêt d’Eliande ou de Brocéliande sert de toile de fond au roman, jouant le rôle d’un personnage à part entière pendant une bonne partie du récit.

Toujours engagé dans une démarche de restitution historique, mais n’hésitant pas à en combler les lacunes, l’auteur français nous dresse le portrait d’un Merlin n’ayant rien à voir avec la figure emblématique de l’enchanteur chenu à la barbe et chevelure blanche. Même si, son Merlin peine à sortir de l’adolescence, il se montre pourtant déjà amer et lucide. Il ne sait pas nager, éprouve le doute, connaît la bible mieux que certains prêtres mal dégrossis, et, pour son plus grand malheur, parle aux morts.

Brocéliande semble par moment touché par la grâce et l’on sort meurtri par sa lecture. Aussi, conseillons l’ouvrage aux adeptes d’une fantasy mélancolique, plongée au cœur des mythes, mais n’occultant pas les zones obscures.

brocéliandeBrocéliande de Jean-Louis Fetjaine [« Le Pas de Merlin » 2/2] Éditions Belfond, mai 2004 – Réédition Pocket Fantasy, mars 2006

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