Les Furies de Borås

Découvrir un nouvel éditeur de genre est toujours une excellente chose, surtout lorsque celui-ci joue pleinement son rôle, proposant des textes et des auteurs qui sortent des sentiers battus et rebattus du thriller, de la fantasy et des romans pour pisseuses en petite culotte.

Les éditions Mirobole sont toutes jeunes. J’avais déjà repéré leurs ouvrages, déclinés en collection Horizons noirs (polar) et pourpres (fantastique, horreur), sur les étalage de la librairie où j’ai mes habitudes, interpellé par la maquette pour le moins insolite des objets. Ayant lu des critiques élogieuses de leur travail sur le web, j’ai fini par céder à une compulsion d’achat. Il faut dire que le synopsis des Furies de Borås intrigue au moins autant que la couverture façon cuisine belle-marâtre.

Ces dernières années, un déferlement de romans scandinaves a laissé croire que l’avenir du polar se situait au Nord. Une vague s’est engouffrée dans la brèche ouverte par Stieg Larsson (dont on nous promet la suite apocryphe de la trilogie « Millénium »), Camilla Lackberg et Arnaldur Indridason. Peu sensible aux appels du pied de mes collègues et aux pilonnage de la mercatique, j’avoue avoir laissé passer le flux, ne manifestant qu’un mol intérêt, cantonné au cinéma où je suis allé voir l’adaptation des Hommes qui n’aimaient pas les femmes par David Fincher.

À ma décharge, du scandinave, j’en ai déjà goûté. D’une autre envergure, si l’on peut me permettre ce jugement lapidaire. Les lecteurs de Larsson, Bjorn cette fois-ci, du Finlandais Matti Yrjänä Joensuu, de Per Wahlöö & Maj Sjöwall, voire de John Ajvide Lindqvist ne me contrediront pas. À ces quelques noms, j’ajoute désormais celui de Anders Fager dont les éditions Mirobole publient une sélection de nouvelles rassemblée ici dans un seul recueil.

En lisant Les Furies de Borås, on découvre une Suède très éloignée de la sociale-démocratie tant vantée chez les fossoyeurs du socialisme. Adolescents sous l’emprise de la drogue, de la boisson ou de leurs hormones, secte de sorcières sacrifiant des jeunes hommes dans des marais hantés par des créatures cauchemardesques issues d’un passé antédiluvien, marginaux de tout acabit, gamins manipulés par une entité maléfique, suicide collectif de personnes âgées, métis d’humains et d’on ne sait quelle abomination, Anders Fager dresse une longue liste de déviances guère ragoûtantes. Dans une incroyable unité de ton et d’atmosphère, on navigue ainsi entre l’époque contemporaine et le passé, via le Trøndelag pendant la Première du Nord, et Stockholm au temps de la thérapie freudienne.

Sur les mânes de H.P. Lovecraft, l’auteur suédois tisse huit récits reliés par un fil directeur, sans doute un peu mince, nous proposant une sorte de collage effrayant. On pense à La couleur tombée du ciel, aux Grands Anciens, notamment au plus célèbre d’entre-eux, Cthulhu, sommeillant dans la cité sous-marine de R’lyeh. Les rites impies côtoient le quotidien morne de la classe moyenne suédoise dans une réinterprétation moderne de la mythologie de l’écrivain de Providence.

Parmi les textes, j’en retiens en particulier deux qui m’ont profondément marqué. Tout d’abord, Le vœu de l’homme brisé, où l’on ressent dans sa chair toute la détresse d’un simple paysan, torturé par la soldatesque contrainte de vivre sur le pays. Un calvaire l’amenant à côtoyer la folie et une horreur du panthéon saami.

Et puis, Trois semaines de bonheur, où Fager dresse le portrait d’une jeune femme « différente ». Je n’en dirai pas davantage de crainte de déflorer une histoire dont l’étrangeté s’impose surtout par son atmosphère immersive.

Pour autant, les autres textes ne sont pas négligeables, même si l’on évolue un cran en-dessous. J’ai beaucoup aimé Joue avec Liam dont le point de vue enfantin fonctionne très bien. Pour sa part, Les Furies de Borås restitue l’univers de l’adolescence d’une façon très convaincante. Par contre, Un point sur Västerbron, Encore ! Plus fort !, L’escalier de service et Le Bourreau blond m’ont quelque peu laissé sur ma faim.

Toutefois, malgré ce léger bémol, Les Furies de Borås s’avère un recueil très recommandable dont il serait dommage d’ignorer le charme vénéneux et l’étrangeté inquiétante.

J’allais oublier : iä ! iä !

furiesdeborascouvrvb-500x500Les Furies de Borås de Anders Fager – Mirobole éditions, janvier 2013 (recueil traduit du suédois par Carine Bruy)

Le site de Mirobole éditions nous promet encore de belles choses. Je crois que je vais devenir client.

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3 réflexions au sujet de « Les Furies de Borås »

  1. Yep, du tout bon camarade. J’ai adoré aussi Trois semaines de bonheur (le grand texte du recueil) mais le reste ne dépare pas. J’avoue un petit faible également pour L’escalier de service – classique mais à l’ambiance superbe.
    Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, je ne peux que te recommander chez Mirobole Je suis la reine d’Anna Starobinets. Du fantastique toujours mais très différent et encore plus réussi. Je crois que je vais devenir un client assidu si tout est du même tonneau…

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