Idlewild

Je l’ai déjà avoué ici-même. Je me montre très friand des futurs qui tournent mal. Les dystopies me réjouissent, les romans catastrophe me font bicher – pardon pour cette familiarité. Et le post-apo me transporte de joie. Une joie quasi-païenne, surtout lorsqu’il se termine mal.
Derrière ce penchant pervers pour le désastre pourrait se cacher une misanthropie indéracinable. D’aucuns y verraient le résultat d’une névrose et me conseilleraient aussi sec une thérapie. Baste ! Derrière cette tendance inquiétante se tapit en fait un cœur d’artichaut. J’aime envisager le pire dans la fiction pour me réjouir lorsqu’il ne survient pas dans la vie réelle. Mais cela devient de plus en plus dur, la faute à un monde où il devient politiquement incorrect, voire carrément terroriste, de nourrir des rêves d’utopie.
Bref, en lisant Idlewild, je me sentais en terrain connu. L’illustration de couverture promettait monts et merveilles en matière d’avenir sinistre. Au final, je me suis ennuyé mortellement. Parfois le pire, c’est vraiment mauvais.

Examinons la bête et les raisons de ma déception.
D’entrée de jeu, on est immergé dans une simulation virtuelle. Des adolescents, entre deux cours, jouent à s’entretuer dans un univers de leur création. Mais voilà, l’un d’entre-eux, répondant au sémillant pseudo d’Halloween, a vraiment failli passer l’arme à gauche. Il se réveille – du moins, il croit se réveiller – avec des trous de mémoire et le souvenir persistant que son pote Lazare est mort. Définitivement. Allez savoir pourquoi ? En tout cas lui, il veut savoir, surtout que l’on cherche toujours à l’éliminer. N’en disons pas davantage de crainte de déflorer le mystère. Ou plutôt, oui. Déflorons dans la joie et le mauvais esprit.
Halloween, ses potes et copines, appartiennent à un groupe de clones génétiquement améliorés afin de résister à la pandémie ayant annihilé l’humanité. En guise de vie, ils n’ont connu qu’un incubateur et une tripotée de faux souvenirs encodés dans leur cerveau. On leur fait croire qu’ils vivent dans un pensionnat pour gosses de riches et, qu’au terme de l’année scolaire, ils rejoindront leur famille. Sous la férule de programmes intelligents, à la fois nounous et éducateurs, on leur inculque connaissances et notions essentielles dans divers domaines de la science. Pour leur propre bien croient-ils. En fait, pour celui de la future posthumanité dont ils sont les pionniers. Bien sûr, le ver est dans le fruit, et parmi les clones se trouve une brebis galeuse (sacré ménagerie). Un psychopathe en puissance.

A priori, l’intrigue du roman de Nick Sagan n’a rien de honteux. Pour tout dire, elle paraît juste affligeante de banalité. Malgré une surabondance d’allusions fun à la culture populaire, l’auteur américain ne parvient pas à transmettre une once d’émotion ou de tension dramatique. Le rythme est mou, l’écriture plate comme la vision de la Terre d’un militant de Civitas, et les personnages ont la consistance d’ectoplasmes. Et ne parlons même pas du dénouement bâclé. Un ratage complet qui m’a fait lâcher le bouquin en cours de lecture, avant de le reprendre, dans l’espoir d’un coup de théâtre final. Eh ben, peau de balle !

Autant le dire tout de suite, on ne m’y reprendra plus à lire du Nick Sagan. D’ailleurs, j’ai déjà oublié que ce titre comportait deux suites appelées respectivement Edenborn et Everfree. Croisons les doigts pour qu’en guise d’échantillon de littérature terrestre, on n’expédie pas aussi dans les étoiles sa prose afin d’éveiller les extra-terrestres à la culture humaine.

idlewildIdlewild de Nick Sagan – Éditions J’ai Lu, collection « Nouveaux Millénaires », 2011 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Patrick Imbert)

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