Les Mécanos de Vénus

On ne présente pas Hap Collins et Leonard Pine. On chante leurs louanges, de préférence sur un air de Hank Williams. Vous l’aurez compris en lisant cette entrée en matière, je suis fan du duo créé par Joe R. Lansdale. Il faut dire que l’auteur américain a imaginé deux caractères forts et attachants. Hap le Blanc hétéro, démocrate généreux (et bagarreur), et Leonard le Noir homo, républicain bagarreur (et généreux), ne suscitent pas à l’indifférence. Ils manient l’auto-dérision et l’art de la blague scato, voire en-dessous de la ceinture, avec une aisance qui pousse à l’admiration. Une manière pour eux de faire redescendre la pression lorsque la merde leur tombe dessus par paquet de dix. Une façon aussi de se blinder face à l’adversité, cette vacharde qui ne les loupe jamais. Pourtant, les deux héros ne sont pas dupes des attrape-gogos qui émaillent l’existence. Ce joli rassemblement de maniaques que l’on appelle la civilisation. La politique, les grandes causes et les idéologies ne leur inspirent que méfiance et remarques ironiques. À tout cela, ils préfèrent la simplicité, travaillant honnêtement de leurs mains, souvent des boulots ingrats comme le commun des mortels, même s’ils ne crachent pas à l’occasion sur une petite entourloupe.
On pourrait croire qu’une telle attitude les met définitivement à l’abri des coups fourrés. C’est sans compter une générosité viscérale qui les pousse malgré toutes leurs préventions à rendre service à leurs amis, à leurs connaissances, et à mettre les pieds dans le plat, histoire de rétablir un tort même s’ils sont conscients que cela ne leur rapportera qu’une bonne dose d’emmerdements supplémentaires.

Jusqu’à présent, le premier volet de leurs aventures restait inédit dans l’Hexagone. Une lacune désormais réparée puisque par un processus dont l’édition française garde le secret, Savage Season vient de paraître sous le titre des Mécanos de Vénus.
Comme je l’ai déjà dit, je suis fan. Aussi, me suis-je rué sur ce roman, partagé entre la crainte et l’envie. Au final, si l’intrigue tient sur un ticket de métro, je suis satisfait de ce premier épisode, y retrouvant tous les ingrédients qui me font tant aduler la série.

Quid de l’histoire ?
Une fois n’est pas coutume, la quatrième de couverture restitue assez fidèlement l’argument de départ. Je me contenterai donc de renvoyer les éventuels curieux ici.
De toute façon, l’essentiel ne se trouve pas là. Hap et Leonard confine au plaisir régressif. Celui de goûter à un cocktail d’action et d’humour, volontiers graveleux mais aussi absurde. Dans Les mécanos de Vénus, la palme revient à un duo de dealers aussi effrayants que grotesques.

L’émotion ne pointe aux abonnés absents. Ici, on découvre le passé de Hap, via son ex-épouse, égérie écologiste qui n’est pas encore redescendue de son nuage. Les retrouvailles avec son ex font resurgir dans sa mémoire les années 60 et les idéaux hippies. Un idéalisme qu’il considère puéril mais auquel il n’arrive pas à renoncer complètement en son for intérieur. Fort heureusement, Hap peut compter sur Leonard pour lui remettre les pieds sur terre. Sur son acolyte et sur les complices de son ex, des révolutionnaires en herbes souhaitant jouer leur propre version des méfaits du Wheather Underground, voire du Gang de la clé à molette.
Pour être complètement honnête, en lisant Les Mécanos de Vénus, on tout de même le sentiment que Joe R. Lansdale rode encore ses personnages et sa recette. Le rôle de Leonard se trouve réduit à la portion congrue et les interactions avec Hap ne donnent pas encore leur pleine mesure. Mais, on s’amuse quand même beaucoup et on ne s’ennuie pas un instant.

Bref, Les Mécanos de Vénus ressemble à un tour de chauffe où Lansdale pose les premiers jalons d’une série appelée à s’étoffer d’épisodes grandioses. Tiens, cela me donne l’envie de les relire. Fan un jour, fan toujours !

Ps : Aux dernières nouvelles, la série fait l’objet d’une adaptation diffusée sur Sundance Channel.

les-mecanos-de-venusLes Mécanos de Vénus (Savage Season, 1990) de Joe R. Lansdale – Éditions Denoël, collection « Sueurs Froides », mai 2014 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Bernard Blanc)

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