La Saga des Völsungar

À l’occasion de ma participation à un dossier pour la revue Bifrost, j’ai renoué avec un de mes amours de jeunesse : les récits nordiques. La réédition des Sagas légendaires islandaises chez les excellentes éditions Anacharsis m’a grandement facilité la tâche. Loué soit Odinn !
Pour ceux qui ne connaissent pas ou nourrissent quelques préjugés sur le sujet, je les invite à lire ce qui suit…

Au sommaire de l’ouvrage traduit et présenté par Régis Boyer avec le concours de Jean Renaud figurent pas moins de vingt histoires, de la méconnue Saga des hommes de Holmr à la plus célèbre, la Saga des Völsungar. Voilà d’ailleurs sans doute un des récits les plus fameux, classique des classiques de l’art lyrique et pompier, matrice de la Germania. La faute à Richard Wagner et à sa trétralogie « L’Anneau du Nibelung » dont les envolées nationalistes annexent sans coup férir une œuvre médiévale dont le projet se cantonnait au divertissement. Mais revenons aux sources…

Entre les XIe et XIVe siècles, l’Islande a connu un véritable âge d’or littéraire dominé par la personnalité de Snorri Sturluson. Durant cette époque ont été compilées les Eddas et un vaste corpus de récits en prose : les sagas.
Parmi ces textes, la Saga des Völsungar tient une place à part. Ce récit apparaît en effet comme une des sagas les plus aboutie tant par sa forme que pour sa matière, dont les motifs ont été repris et transformés pour composer une des œuvres les plus connues, à l’instar de Beowulf, du légendaire germanique, à savoir le fameux Nibelungenlied, source d’inspiration principale de Wagner (la boucle ou l’anneau est ainsi bouclé).
Et pourtant, rien n’est plus éloigné de la pompe allemande que ce récit nous contant les origines de Sigurdr Fáfnisbani – tueur du dragon Fáfnir –, ses mésaventures amoureuses, sa fin tragique et les séquelles de celle-ci. Rien n’est plus étranger de l’épopée que cette histoire au style rapide, économe de ses moyens, offrant une vision factuelle et simple du destin du héros nordique. Bref, voici un des chefs-d’œuvre de la littérature des peuples du Nord. Assertion non négociable.

« Chevauche donc jusque-là où tu trouveras tant d’or qu’il y en aura suffisamment pour toute ta vie, mais ce même or sera ta mort et celle de tout autre qui le possèdera. »

La Saga des Völsungar appartient aux Fornaldarsögur, récits des temps anciens mêlant des éléments « historiques » aux légendes et mythes. Elle dédouble, voire complète les grands poèmes épiques de l’Edda poétique. Sans entrer dans le débat sur l’historicité du texte, certains y voyant une récupération de faits et personnages historiques par la légende, on fera juste remarquer que le respect de la temporalité ne fait pas partie des préoccupations premières du récit. Les ellipses et raccourcis y foisonnent aux côtés de digressions poétiques ou ressortissant au conte.
À bien des égards, l’élaboration de l’œuvre révèle plusieurs strates et traditions différentes dévoilant ainsi sa nature composite. Le récit réserve une grande place au registre fantastique, voire surnaturel. Au fil des divers arcs narratifs, on y croise des magiciennes et des loups-garou. Les personnages y changent de forme et sont pourvus d’armes ou de chevaux merveilleux. Pour compléter le tout, la frontière avec le monde des dieux s’avère plus que poreuse facilitant les interventions divines au cœur du récit.
Tous ces éléments concourent à nous donner une vision, certes parcellaire, de la weltanschauung des peuples nordiques et, pour peu que l’on prenne garde aux anachronismes et déformations liées à la période d’écriture, ils se révèlent une source précieuse pour appréhender les contours de la société scandinave des temps archaïques.

Même s’il n’apparaît pas dès le début du récit, Sigurdr domine de son aura la Saga des Völsungar. Le personnage vit sous le joug du destin voulu par Odinn et imposé à toute sa famille. Ainsi, malédictions, trahisons et batailles semblent découler de la volonté du dieu borgne. Contrairement aux apparence, Sigurdr n’est pas un héros. Plutôt un anti-héros, respectueux de sa parole jusqu’à la mort, dont les vertus ne se fondent pas sur les prouesses ou une prétendue supériorité ethnique, mais sur un fatum qui le dépasse. En cela, il ne correspond pas du tout à l’image colportée par les romantiques, pas plus qu’il n’incarne les valeurs d’un idéal martial. Désolé pour ceux qui comptaient sur lui pour envahir la Pologne…

« On ensevelit donc le cadavre de Sigurdr selon l’ancienne coutume et l’on fit un grand bûcher. Quand il flamba bien, on plaça dessus le cadavre de Sigurdr Meurtrier de Fáfnir et celui de son fils de trois hiver que Brynhildr avait fait occire, ainsi que celui de GuÞormr. Quand le bûcher fut tout embrasé, Brynhildr y monta et dit à ses suivantes de prendre l’or qu’elle voulait leur donner. Après cela, Brynhildr mourut et brûla avec Sigurdr, et leur vie s’acheva ainsi. »

Bref, je ne saurais trop recommander aux éventuels curieux cette lecture, et ce d’autant plus qu’elle a inspiré des auteurs comme J.R.R. Tolkien ou Poul Anderson. Et puis, ça les changera des romans de la matière de Bretagne ou de la BCF à la triste figure…

Sagas_legendairesSaga des Völsungar – Éditions Anacharsis, mai 2014 (Texte traduit et présenté par Régis Boyer, avec le concours de Jean Renaud)

 

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Une réflexion au sujet de « La Saga des Völsungar »

  1. J’ai parfois quelques réticences avec les mythes et légendes. Ton résumé sur La Saga des Völsungar a son charme, à voir.
    Quitte à baragouiner à s’en exploser la panse, la BD Les Druides a quelques attraits quant à l’histoire, les planches y sont plaisantes.

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