Island Groenland Vinland

À quoi sert un blog ? J’ai beau formuler la question de toutes les façons possibles, j’en viens toujours à la même réponse : à parler de soi.
Dont acte.
Vous ai-je entretenu de ma passion déviante pour l’aventure viking ? La faute à Kirk Douglas et à Tony Curtis, les deux principaux acteurs du film hollywoodien Les Vikings. Ah ! Le son du cor au fond du fjord…
Bref, le sujet m’intéresse au point de me faire acheter compulsivement tous les livres y touchant de près ou de loin. Et j’en ai acquis des belles merdes… Fort heureusement, avec Régis Boyer, je ne suis jamais déçu, et une fois de plus, la lecture de son essai sur le mouvement des Scandinaves vers l’ouest au Moyen Âge ne dément pas cette assertion.

Pour le néophyte, Régis Boyer me semble être une porte d’entrée idéale afin de découvrir l’univers et l’histoire des peuples du nord de l’Europe. Grand spécialiste du monde scandinave, le bonhomme a beaucoup écrit sur le sujet, participant ainsi au dévoilement d’une aventure souvent polluée par de nombreux lieux communs perclus d’affabulations. Il a également beaucoup contribué à la traduction de textes scandinaves méconnus, principalement des sagas.
La présente étude a le mérite d’être synthétique et courte. Elle s’intéresse en particulier au mouvement des Vikings vers l’ouest, faisant le point sur notre connaissance de ces migrations qui déboucha sur les colonisations de l’Islande, du Groenland et sur la découverte probable de l’Amérique du nord par les Islandais. Car contrairement à ce que l’on pense, la question ne fait pas consensus. Régis Boyer lui-même est persuadé de cette découverte, même s’il reconnaît qu’il n’existe aucune certitude absolue.

Quid de l’organisation de l’ouvrage ?
L’historien commence par rappeler le contexte de ce déplacement vers l’ouest. À ses yeux, cette migration s’inscrit dans le cadre d’une instabilité séculaire – les peuples du Nord bougent beaucoup et très tôt – culminant vers les IXe et Xe siècles. S’il s’intéresse ici au mouvement vers l’ouest, Régis Boyer ne juge pas le mouvement vers l’est moins important. Bien au contraire, il rappelle que celui-ci s’avérait un pari beaucoup plus risqué à l’époque, les Scandinaves s’aventurant en terre habitée et faisant face à des conditions naturelles bien plus hostiles. Pour se faire une place dans un tel cadre, ils ont usé d’autres méthodes, allant jusqu’à se rendre indispensables auprès des autochtones. On pense immédiatement à leur rôle dans la fondation des États russes. Mais revenons au mouvement vers l’ouest.
Le plan de l’étude de l’historien reprend l’ordre chronologique de cette expansion. Peuples aventureux, les Scandinaves ont franchi très tôt l’espace de la Mer du Nord. Shetlands, Orcades, Feroë – seule terre au peuplement exclusivement scandinave – puis Islande. Leur mouvement participe aux relations existant entre les peuples du nord de l’Europe. Lorsqu’ils arrivent en Islande, le pays est déjà habité par des moines irlandais à la recherche d’une retraite. Même s’ils les chassent aussitôt de leurs ermitages, la culture celtique restera toujours prégnante, pour ainsi dire emmenée dans leurs bagages avec les esclaves et les concubines. Le miracle islandais apparaît donc comme le fruit d’interrelations fructueuses entre Celtes et Scandinaves, relations aboutissant à une vraie éclosion littéraire au XIIe siècle.
Ayant rappelé ces éléments fondamentaux, Régis Boyer réfute ensuite l’hypothèse faisant de l’Islande une des premières démocraties d’Europe. On est bien plus près d’une oligarchie ploutocratique. Pour appuyer son propos, l’historien dresse un portrait rapide et éclairant du fonctionnement du gouvernement islandais. Une bonne introduction avant d’aborder des essais plus pointus.
Si l’Islande reste dans le giron de l’Histoire, on entre sur le terrain de la conjecture avec les établissements du Groenland et du Vinland, les sources à notre disposition n’étant pas du tout sûres… Heureusement, il reste des vestiges archéologiques pour confirmer la colonisation du Groenland. Des ruines n’expliquant cependant pas la disparition des Groenlandais. Certes, les hypothèses ne manquent pas, Jared Diamond en explore une parmi d’autres dans son essai Effondrement. Régis Boyer se cantonne à en dresser la liste tout en soulignant l’incertitude qui prévaut encore.
De telles traces n’existent même pas pour le Vinland. À l’exception des fouilles effectuées sur le site de L’Anse-aux-Meadows, seul témoignage archéologique digne d’intérêt mais étant loin de faire l’unanimité, le récit de la colonisation du Vinland dépend principalement de trois courtes sagas, sources de seconde main, de surcroît contradictoires. Régis Boyer fait le point sur la question, en sollicitant les diverses disciplines concernées : archéologie, philologie, ethnologie, géographie, et en usant de précautions, les textes eux-mêmes. Pointant les ressemblances existant entre les sagas et les légendes celtiques, il avance pour conclure une hypothèse assez intéressante. Et si le récit de la découverte de l’Amérique n’était qu’une adaptation islandaise des Insuloe Fortunatoe ?

Au final, Island Groenland Vinland est un ouvrage de vulgarisation très pratique. Sans doute un peu cher (12,90 euros pour 108 pages), il apparaît toutefois comme un outil idéal pour aborder la question des migrations scandinaves vers l’Ouest.

IslandIsland Groenland VinlandEssai sur le mouvement des Scandinaves vers l’ouest au Moyen Âge de Régis Boyer, Editions arkhê, 2011

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5 réflexions au sujet de « Island Groenland Vinland »

  1. Ah, je vais me le procurer sans tarder, ça me semble un complément indispensable à « La tunique de glace » de Vollmann (pour moi qui ne suis pas autant que toi, semble-t-il, un spécialiste des Vikings !).

  2. Après Boyer, Bauduin ou Samson, il n’y a plus que les runes ! ^^ L’Arbre des origines d’Yggdrasill par Françoise Rachmuhl, j’dirais que ça vaut un coup d’oeil, c’est spécial quand-même !

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