Les villas rouges

Elle s’appelle Kyra et vit seule. Constamment à l’affût d’une éventuelle descente de police, elle fuit, se contentant d’expédients ou de faveurs proposées par quelques comparses.
De son histoire personnelle, on ne saura pas grand-chose. Une carrière dans l’enseignement, vite abandonnée faute d’avoir la vocation, et une rencontre à Strasbourg, à la terrasse d’un café. Il se nomme Udo, il est Allemand et plus âgé qu’elle. Militant gauchiste, il a opté pour la clandestinité, l’illégalité et la lutte armée. Nous sommes au début des années 1980 et ce n’est pas le groupe Dire Straits qui nous fera oublier le contexte pesant comme une chape de plomb de ces années-là.
Éprise d’absolu, Kyra suit Udo sur la pente ambiguë de l’activisme politique. Partageant les compromissions de son compagnon, elle endosse en partie la responsabilité de la mort d’un homme. Un policier tué au cours de cette opération commando qui a conduit à la libération d’un malfrat allemand dont on ne sait s’il a été emprisonné pour ses convictions ou pour ses crimes.
Et après ?
Kyra attend. Le retour d’Udo et une éventuelle exfiltration vers un ailleurs qu’elle imagine radieux. Sublime miroir aux alouettes… Narratrice d’une cavale sans fin, d’une errance sans but, Kyra nous permet surtout de ressentir la vacuité d’une existence réduite à des désirs insatisfaits.

Avec une intrigue simple, une écriture dépourvue de toute esbroufe stylistique, Anne Secret se fait ainsi la dépositaire du roman noir français, tel qu’il a été posé et développé impeccablement par Jean-Patrick Manchette. On trouve dans Les villas rouges le même type d’écriture comportementale, marque de fabrique du roman hard-boiled, qui a contribué à inscrire le genre dans la modernité.
Le personnage de Kyra n’appartient pas à cette engeance stéréotypée dont on nous abreuve à longueur de pages. Doté d’une réelle épaisseur psychologique, elle existe plus par ses actes que dans ses paroles. Anne Secret écarte les poncifs du genre et restitue une époque âpre où l’activisme politique bascule inexorablement dans le grand banditisme. L’échec d’une génération en somme.
Si le dénouement de Les villas rouges se révèle prévisible, il est finalement logique. On en aurait voulu à Anne Secret d’introduire une rédemption ou un happy-end.
Seul bémol au tableau : un prologue et un épilogue qui me semblent superflus. Toutefois, ne chipotons pas, ceci ne vient pas remettre en question l’exemplarité de ce roman qui apparaît incontournable pour tous amateur de Noir.

les-villas-rougesLes villas rouges de Anne Secret – Seuil/roman noir, mars 2009

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