Rêver 2074

Pour fêter les soixante ans de sa fondation, le Comité Colbert a opté pour la prospective, se projetant dans le futur pour en imaginer une vision optimiste. Pour le mettre en mots, il a fait appel à six auteurs de science-fiction bien connus du fandom. On ne sait pas si l’initiative contribuera à redorer le blason d’un genre mal aimé, mal connu et victime de nombreux préjugés, mais elle sert incontestablement les desseins du commanditaire, comme on va le voir…

Tout commence par une préface d’Alain Rey, le linguiste et lexicographe préféré des médias. Une envolée lyrique, digne d’une faim de repas à l’Hôtel Normandy, sans doute trop arrosé au Dom Pérignon. L’exercice confine à l’enfilage de perles où le comique de répétition tient la part belle à la cuistrerie. Convoquant les mânes de Saint-Just, Baudelaire et Rimbaud, Alain Rey prédit l’avènement d’une société où le luxe s’impose comme l’avenir de l’Homme. Il spécule sur la naissance d’un village global éclairé à la lumière du luxe considéré comme une force agissante. Une révolution tranquille où l’opposition entre l’ego et l’altérité s’efface devant le bien être individuel, le plaisir personnel, suscitant des émotions à échanger. Il est vrai qu’il y a matière à s’esbaudir dans la presse people. Tous ces gens riches faisant partager l’émotion de leur week-end à Capri ou de leurs vacances à Nantucket, voire de la naissance de leur petit dernier dans une clinique ultra-protégée. Que d’émotion à partager…
Non, cessons le mauvais esprit. La préface d’Alain Rey serait à pisser de rire avec sa « France, plus que jamais source de joie », si elle ne recelait pas des passages tout simplement méprisants pour le bon peuple adepte de médiocrité, de banalité et de laisser aller. C’est sûr Alain, quand on a le choix entre Fauchon et Liddle, on ne regarde pas son porte-monnaie… Heureusement, on peut compter sur l’admirable savoir-faire du Comité Colbert pour se dresser contre l’emprise du massif, du monotone, du quotidien, favorisée par l’industrialisation et par la concentration des grands médias…

Bref, après une telle entrée en matière, j’étais passablement énervé et je comptais sur Xavier Mauméjean pour me calmer. Avec « L’arbre de porphyre », l’auteur nous gratifie d’un récit abscons perclus de clichés, de lourdeurs et d’un didactisme horripilant. C’est simple, on croirait lire Alain Rey une seconde fois… L’histoire ? Pas grand chose à en dire, si ce n’est une banalité : le bonheur est un luxe qui se mérite. Voilà.
Les choses ne s’arrangent pas avec Olivier Paquet. Je ne prise guère l’auteur ayant toujours l’impression de lire la copie d’un élève intelligent trop appliqué à étaler sa science. « La Reine d’ambre » ne risque pas de me faire changer d’avis. Sans surprise, l’auteur nous dispense sa leçon d’œnologie et de bouddhisme zen avec la légèreté d’un doctorant.
Avec « Facettes », Samantha Bailly mêle neuroscience et mode, imaginant l’émotissu, l’étoffe miracle qui prend la couleur des émotions de celui qui la porte. Les lecteurs de Jim Ballard penseront évidemment à une des nouvelles de Vermilion Sands. Qu’ils se rassurent, point de plagiat et encore moins d’imitation dans ce texte. Samantha Bailly fait mine de s’intéresser aux petites mains fabriquant les garde-robes des plus riches. Mais, elle se focalise surtout sur les gros culs qu’elles habillent.
Dans le genre nouvelle convenue, « Noces de diamant » est brillante. Jean-Claude Dunyach s’aventure ici dans le monde de la joaillerie, via un récit d’amour. Même s’il ne brille pas par son originalité, celui-ci laisse infuser une légère émotion dans le plus pur style Dunyach. What else ?
Passons sur les nouvelles d’Anne Fakhouri (« Un coin de son esprit ») et de Joëlle Wintrebert Le don des chimères »), deux histoires relatées sur un mode intimiste, traitant des applications potentielles des neurosciences et de la génétique dans les domaines de la maroquinerie et de la parfumerie, et arrêtons-nous sur l’avenir dessiné par les différents textes.

Pour commencer, il semble évident que les auteurs se sont concertés, échafaudant une sorte de cahier des charges et respectant le champ lexical né des cogitations de la Fabrique de l’utopie, ce dispositif de consultation mis en place par le Comité Colbert. Leur univers commun y gagne en cohérence ce qu’il perd en originalité, en ambiguïté et en crédibilité. Ils entrelardent leurs nouvelles de références partagées et de récurrences se faisant écho. Au-delà des individualités, l’anthologie laisse ainsi transparaître la vision d’une société apaisée, ultra-connectée, cultivée, adepte du bouddhisme zen et des gadgets technologiques. Un monde égocentré, où la recherche de sensations et d’émotions « nobles », laissez tomber les mauvais genres, les nanars, le rock, le punk et tout le toutim, apparaît comme le stade ultime de l’évolution. L’utopie dans la plus pure acception du terme.
Les lendemains qui déchantent sont ainsi remplacés par une bulle spéculative sans doute plus conforme aux valeurs du Comité Colbert qu’aux vertus de la prospective. Un futur où la concurrence apparaît amicale, entre gens du même milieu, où l’inventivité, la créativité servent la course au profit, aux marges rémunératrices et à l’intérêt bien compris. Un monde où l’essentiel de la population, dont on nous dit vaguement que ses besoins essentiels sont désormais satisfaits, pointe au rang des objets superflus. Un constat paradoxal pour un avenir où le superflu est devenu justement ce qui donne son sens à la vie. Sur ce dernier point, malgré un texte raté (avis personnel, je le répète), Xavier Mauméjean est peut-être le plus malin.
Bref, les auteurs se font les promoteurs d’une science-fiction embourgeoisée très éloignée de la subculture qui agace, titille, bouscule les certitudes et contribue à ouvrir les possibles. À la place, on doit se contenter d’une science-fiction lénifiante qui pontifie et sert le projet libéral. TINA.

J’ai cru comprendre que les auteurs participant à ce projet souhaitaient saisir cette opportunité pour donner une image plus positive de la science-fiction et qui sait, élargir son lectorat et ainsi la sortir de son ghetto. Je ne sais pas si l’objectif sera atteint. Ce qui est certain, c’est que l’anthologie conforte les représentations des élites sur leur art de vivre, tellement supérieur et admirable… Personnellement, je préfère retourner à mes lectures prolétaires : Ayerdhal, Jean-Jacques Girardot, Jean-Jacques Nguyen, Sylvie Denis, Serge Lehman, Claude Ecken, Roland C Wagner et j’en passe…

Bref, Rêver 2078 ne provoque guère l’émerveillement. L’utopie rêvée a le charme d’un week-end à Davos, loin des pauvres et de leur médiocrité. L’anthologie est consultable gratuitement sur internet. Moi je dis qu’on devrait nous payer pour la lire…

rever2074-880-x-530Rêver 2078, une Utopie du luxe français – Une œuvre collective du Comité Colbert

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25 réflexions au sujet de « Rêver 2074 »

  1. Autant je veux bien croire que les nouvelles ne sont pas forcément bonnes (je n’en sais rien, je n’ai pas lu le recueil et je ne projette pas de le faire, je n’aime pas lire des nouvelles sur liseuse), autant je trouve ce soulèvement indigné des bien-pensants de la SF de gauche (je dis cela en m’identifiant également à ce bord politique-là donc sans volonté de moquerie de la « catégorie ») un poil exagéré (c’est un pléonasme, au cas où ça ne passerait pas par écrit ^_^).
    J’ai rarement vu autant de haine soulevée par un projet et j’avoue ne pas réussir à comprendre le pourquoi de la chose, tellement j’ai trouvé les réactions plutôt ridicules (le truc « Crever 2074 », franchement…). Si ce n’est que, bizarrement, on retrouve dans les auteurs certaines victimes habituelles du mauvais esprit du milieu (sauf Celui Dont On Ne Se Moque Pas et ça se vérifie encore ici ;-p) mais j’ose espérer que ce n’est pas la raison de ces réactions démesurées… (pour une des rares fois où j’ai écouté la Salle 101 – suite à un lien posté sur Twitter -, ça m’a rappelé pourquoi je ne le faisais pas en temps normal)(je n’arrive – sincèrement – pas à comprendre le plaisir qu’il y a à se moquer des gens comme ça et à les diminuer à ce point…).
    Mais donc, s’étonner que des nouvelles devant évoquer le luxe (thématique du recueil, quand même) parlent… de luxe et le mettent en avant, ça n’est pas un peu de mauvaise foi? Jamais vu ce genre de réactions à propos d’un recueil sur les vampires parlant de vampires ou d’un recueil sur les virus parlant de virus après tout…

    • C’est qui Celui Dont On Ne Se Moque Pas ? (parfois, j’ai du mal avec le registre implicite)

      La haine ? J’ai surtout l’impression que cette anthologie suscite l’indifférence, voire un amusement rigolard.
      Personnellement, si je l’ai lu, c’est pour voir comment on pouvait faire de la SF via la thématique du luxe. Les potacheries de la Salle 101 n’ont joué un rôle qu’à la marge. Bon, j’ai vu (cf ma chronique).

      • Xavier Mauméjean, aka Celui Dont On Ne Se Moque Pas (ou Celui Dont On Ne Dit Pas Vraiment De Mal)(sérieux, tu n’as jamais remarqué?)

        L’indifférence? Sérieusement? Même moi j’ai vu les échos de la chose sur Facebook alors que j’essaie de ne plus regarder cet instrument du diable et que j’essaie de me tenir aussi loin que possible du Milieu en ce moment. Je n’ai jamais autant entendu parler d’un recueil (en fait, je n’avais jamais entendu parler d’un recueil avant). Bizarrement, pas sur les « lieux officiels » (aka les forums) mais à côté.

  2. Cachou, j’ai réagi très violemment à ce que tu dénonces, ce qui m’a valu de me fâcher avec un ami de très longue date, auquel je reprochais de démolir le livre sans l’avoir lu.
    Moi, j’ai attendu de l’avoir lu, comme Yossarian. Et j’estime comme lui que ce livre est raté–mais pas pour les mêmes raisons. Son principal défaut, c’est qu’on a droit six fois à la même histoire (je me cite): « un créateur vieillissant, sentant la mort approcher et désireux de transmettre son savoir à un ou des héritiers pas forcément intéressés; il ou elle (là aussi, il y a un souci de parité) y réussit grâce à diverses tactiques, qui tiennent parfois de la SF (l’intelligence artificielle dans le texte de Paquet), mais qui le plus souvent font appel au bon vieux psychologisme (lire: chantage affectif). »
    Alors il est possible que ce soit concerté et subversif, mais je vois mal comment.

    • Mais les critiques sur les nouvelles-mêmes ne me dérangent pas, c’est toute la moquerie et la dénigration autour du projet qui me fait me poser des questions. Qu’on dise que c’est un recueil de mauvaise qualité, soit, c’est possible, je ne l’ai pas lu. Mais pourquoi ces blagues du type « crever 2074 »? Pourquoi ces moqueries sur l’article du Figaro plus que sur le fond de la salle 101? Pourquoi dire qu’on va lire le recueil pour rire? Pourquoi même refuser le droit aux auteurs de croire sincèrement en leur nouvelle en les taxant d’emblée de publicistes? C’est ça que j’ai voulu interroger ici.

      Ps: Ton commentaire n’est pas apparu tantôt sur mon PC, je ne le vois que maintenant sur tablette, ce n’était donc pas dans une volonté de t’ignorer que je n’ai pas répondu plus tôt ^_^.

  3. @ Cachou : Si tu veux l’avis de quelqu’un qui n’a pas lu le recueil (et n’en a pas l’intention) mais qui n’appartient à la bien-pensance de gauche (mon univers littéraire en blanche c’est plus les Hussards qu’Annie Ernaux), je te dirais que j’ai trouvé la chose regrettable.

    Accepter de participer à ce qui n’est rien d’autre finalement qu’un infomercial était une mauvaise idée imho. Je peux comprendre qu’on le fasse, car l’écriture est une activité dans laquelle il faut publier régulièrement pour pouvoir gagner sa vie, mais, comme disait l’autre  » Qu’allaient-ils faire dans cette galère ?  »

    En revanche, il est clair que mon temps de lecture est trop saturé pour que j’en dégage une partie pour lire ce genre d’ouvrages, à fortiori le chroniquer. Si je devais lire de l’alimentaire, je lirais plus volontiers les short de Silverberg dans Playboy. Au moins ils sont sûrement drôles.

    • J’avoue mal voir le côté galère de la chose. Avoir l’occasion de participer à un projet bénéficiant d’une visibilité énorme (zut quoi, le double lancement ferait rêver n’importe quel auteur ayant envie de se faire connaître) et permettant de découvrir un milieu auquel on n’a pas habituellement accès (ou c’est juste moi à n’avoir jamais eu l’occasion de voir un atelier de Chanel)(c’était bien Chanel?)(et, non, je ne trouve pas honteux de visiter de tels lieux, au contraire, j’aurais aimé pouvoir le faire moi-même), tout en bénéficiant d’une large promotion et diffusion, j’appelle ça tout sauf galère, d’autant plus si le projet est rémunéré. Je n’arrive pas à faire la différence entre la participation à ce recueil et à tout autre recueil au sujet construit, visant parfois à promouvoir un salon, parfois une maison d’édition, parfois un sujet. Le luxe n’a pas le droit d’être traité, c’est une sorte de tabou de la SF? Se peut-il que ces auteurs, loin de faire de l’infomercial, croient vraiment à ce qu’ils ont écrit?
      Ce qui m’étonne ici, c’est que les critiques négatives ressemblent plus à du bashage d’emblée qu’autre chose. Il suffit de regarder les commentaires des diverses personnes en parlant et les défis lancés de lire « pour rire » ce recueil. J’ai du mal à croire les critiques sur le fond quand je vois ce genre de remarques systématiques de la part de ceux qui ont l’habitude de ce type d’exercice…

      • Justement parce que la gauche m’indiffère, ce n’est pas le Luxe qui me dérange. C’est l’aspect publicitaire de la chose. Ca serait pour les producteurs d’endives, ça me dérangerait pareil.

        Je connais bien le monde de la pub. Ca ressemble tellement à ce qui y est commandé par ce qu’on nomme les « collectives » (des produits laitiers, du boeuf, etc…) que j’ai un peu de mal du coup à ne pas considérer qu’en y participant on se place un peu dans la position d’un concepteur rédacteur, donc loin de celle d’un auteur. Mais ce n’est que mon opinion.

      • Défi lancé pour rire ? (j’avoue ne rien avoir vu de tel) D’ailleurs, de qui parles-tu ?

        Je pense que l’on peut laisser aux auteurs le bénéfice du doute quant à leur sincérité et leur engagement, mais au regard du résultat, ils n’ont effectivement produit qu’un infomercial (merci gromovar, pour le terme). Maintenant, si l’on souhaite éviter de leur faire un procès d’intention, j’aimerais que l’on adopte la même attitude avec ceux qui ont lu l’anthologie et cherché à expliquer pourquoi elle leur posait problème.
        ps : Je ne trouve pas honteux les gens qui travaillent dans le luxe, quasi-absents d’ailleurs de ce recueil. C’est l’image du luxe que je trouve honteuse.

  4. Ce n’est que du marketing, même si on pouvait s’attendre à une certaine qualité à l’écrit puisque l’on est face au luxe. Distribution gratuite seuls les remarques en font la publicité, et ça fonctionne puisqu’il y a débat. Une certaine ressemblance à la méthode d’YSL.
    In fine, par le rejet, ce produit n’a-t-il pas touché une corde ?

      • l’image était basée sur l’avenir du concept, ils ont certainement voulu y répondre… Et qui sait goûter à un peu de luxe ? ^^

      • C’est assez subjectif, chacun a sa notion, pour certain c’est avoir le temps, d’autres posséder, une espèce de besoin de reconnaissance, de différenciation. Quant à avoir une vision d’avenir il faut toujours que le client se sente unique, tout en essayant de toucher de nouveaux clients… Les divers moyens employés par la communication en général afin de soumettre l’idée du besoin de luxe sont assez fascinants.

      • C’est en effet le cas, c’est aussi une illusion loin d’une réalité, pour un nombre certain le luxe consiste à se nourrir…

  5. Je ne sais pas répondre derrière les réponses, sorry, ça ne sera pas très lisible du coup, mais donc ici en vrac:

    Là, c’est un peu de la mauvaise fois. Par exemple, premier commentaire sur ton avis de publication de ce billet, d’un commentateur que tu reconnaitras:
    « Je vais essayer de trouver le courage de lire ce truc, ça m’a l’air potentiellement rigolo. Mais pour le moment je ne me suis tapé que la préface d’Alain Rey et, euh… »
    J’ai vu un commentaire de la même personne ailleurs disant « potentiellement » la même chose même si moins explicitement mais je ne sais plus où.
    Ah, si je viens de me souvenir, sur forum:
    « Hey, mais c’est long, ce truc !
    Je vais peut-être le lire, j’ai pas grand-chose d’autre à foutre et je suis curieux (et pervers)… »
    Je m’arrête là, pas envie de partir à la chasse de remarques lues par hasard en suivant un lien ou l’autre.

    Sur forum, Jean-Claude Dunyach me semble avoir simplement fait ce que les autres éditeurs/auteurs fréquentant ledit forum font dans les sujets sur leurs livres, il a mis des informations sur ce qui se passait le concernant, voir par exemple les interventions de Thibaut Eriloff (oui, je ne sais pas écrire son nom) ici: http://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=8&t=5335 ou les liens vers billets qui sont automatiquement et régulièrement mis sur n’importe quel sujet sur un Lunes d’Encre. Puis après, c’est parti en sucette (enfin, trouvé-je mais c’est du niveau de la normalité pour le forum, donc je suppose que tu trouveras les réactions posées)(elles ont d’ailleurs également concouru à confirmer cette impression de bashage déjà présente suite aux remarques facebookiennes et à celles de la salle 101).

    D’où ce que tu appelles ce procès d’intention qui était, de mon côté, la simple expression d’un malaise ressenti, encore une fois, face à un nouveau phénomène d' »on se met ensemble avec les mêmes pour critiquer vertement – et rigoler d’ – un truc qu’on n’approuve pas ». Pardon si je me suis trompée sur vos intentions, je n’ai pu les interpréter qu’avec les éléments rencontrés sur internet et ceux-là, d’après mes codes sur l’ironie et d’autres bashages du même genre par les mêmes personnes, m’ont menée à percevoir les choses de cette manière.

    • Moi, je sais répondre.
      Cachou, ta longue réponse me donne envie de te donner un conseil sincère de survie sur le Net (et après je n’interviendrai plus à propos de cet ouvrage qui a suscité bien plus de mots que nécessaire et justifié) : «Never explain, never complain »

      • Magnifique, effectivement, je vais donc appliquer cette très sage et très belle devise parfaite pour le milieu de la SF trouvé-je (et même remarque qu’entre tes parenthèses mais pas pour la même raison, mais bon, apparemment, « never explain », toussa).

    • On peut penser ce que l’on veut de l’initiative de Jean-Claude Dunyach et consorts, mais lorsque j’observe le résultat, parce que je l’ai lu sans a priori, je le trouve détestable. Il donne une image du luxe conforme aux attentes d’une élite, ou se considérant comme telle, ne se souciant guère des conditions de travail dans ce secteur industriel. Car, c’est une industrie reposant sur l’exploitation d’une partie de l’humanité. On est loin de l’image glamour dont ils se font les promoteurs avec leur utopie futuriste, rendue possible grâce à une pandémie…
      Maintenant, si Jean-Claude Dunyach est venu faire la publicité pour Rêver 2074 sur divers forums, c’est aussi pour susciter l’envie de le lire et d’en débattre, non ? Sur un célèbre réseau social, c’est en tout cas ce qu’il a écrit. Ben voilà, il y a débat. Futile ou utile ?

      •  » Il donne une image du luxe conforme aux attentes d’une élite, ou se considérant comme telle, ne se souciant guère des conditions de travail dans ce secteur industriel.  » : Compte tenu des commanditaires, c’est le contraire qui serait farfelu… C’est un peu comme si on avait demandé à des auteurs de décrire les avions de combat du futur, suite à une commande de Marcel Dassault. Cela n’aurait pas eu de sens d’en faire quelque chose de « critique » (je ne crois pas à la vieille justification usée: « regarde, j’ai critiqué en douce, le patron ne s’est aperçu de rien », elle n’est pas sérieuse, et elle ne semble d’ailleurs pas avancée ici…). C’est donc assez curieux à critiquer: soit on fait semblant de lire de la SF « normale » écrite sans contrainte autre que de thématique (il faut faire un gros très effort pour faire « semblant », mais on peut…), soit on juge le travail comme on s’ébaudit, ou pas, devant les lignes d’un beau chasseur-bombardier, indépendamment du fait que la machine est faite pour tuer, que les ingénieurs qui l’ont conçu entretiennent et valorisent le concept de guerre, etc, etc.. On peut dire: « il n’est pas beau, il est raté » ou « quelle superbe machine! » (et même, ensuite, inscrire les ingénieurs sur la liste des gens à fusiller, le lendemain du Grand Soir), mais évidemment, rien à voir avec la critique du concept de guerre…
        Seulement, en effet, ce travail est promu (par Jean-Claude) sur les forums et autres lieux de discussion SF, alors évidemment, c’est qu’il y a une recherche de réactions… je pense que c’est un peu la provocation quelque part… On peut s’amuser à y répondre, ou pas…

      • Je suis complètement d’accord, mais la SF étant par essence subversive (dixit Olivier Paquet), je m’attendais quand même à être surpris.
        Pour l’aspect provocation, je le pense aussi. J’espère qu’il postera les photos de son séjour à New York en compagnie de ses collègues. Là, ce sera vraiment drôle.

  6. Ah mais moi je revendique l’envie de me moquer que j’ai eu dès l’énoncé du projet.
    Cette initiative du Comité Colbert, c’est, explicitement, de la promotion. C’est le but même du Comité Colbert. Répondre à cet appel à texte, c’est faire, explicitement, du publirédactionnel. Jusque-là, après tout, aucun problème, les auteurs ont bien le droit de vendre leur plume.
    Mais qu’ils viennent ensuite, dans des lieux que je fréquente, prétendre qu’ils font ainsi non la pub d’une industrie, mais celle de la science-fiction, c’est se foutre de ma gueule, et donc je me fous de la leur en retour.
    La science-fiction, c’est une littérature intéressante par son potentiel subversif et critique. Quand elle se prostitue auprès de l’industrie du luxe, pardon, mais oui, j’ai dès le départ envie de me foutre de leur gueule. Quand en plus les textes s’y prêtent, que veux-tu…
    (à la décharge des auteurs, le comble du ridicule et du foutage de gueule revient à la préface de Rey, dont je ne me lasse pas).

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