Sang futur

Moisson rouge était une maison d’édition qui se consacrait à la littérature noire, lorgnant vers la critique sociale, la peinture des déroutes et des folies de l’époque, le fantastique et les livres trans-genre. Durant son existence, car il faut désormais en parler au passé, elle a découvert Carlos Salem et s’est intéressée à une ribambelle d’auteurs, pour certains inclassables, avec le réel souci de s’inscrire à la marge d’une production un tantinet routinière. Parmi les premiers titres parus figure la réédition du présent ouvrage, Sang futur. Derrière le pseudonyme de Kriss Vila se cache Christian Vilà, auteur peut-être plus connu parmi les lecteurs de science-fiction, même s’il ne fait plus guère l’actualité dans ce genre. Pour cette raison, un petit rappel ne semble pas superflu…

« Allo ! Police-Secours ?
Vous n’y êtes pas, mon vieux. Ici, c’est la brigade criminelle.
Alors parfait, ricanerait Dickkie dans le micro du téléphone. Je viens justement de buter un de vos collègues. Une stupe. »

sang-futur1Dans les années 1970, l’Hexagone a connu une vague de science-fiction politique, engagée, à faire rougir de honte l’ultragauche la plus radicale, et à faire blêmir la robe du plus retors procureur de la République. À posteriori, littérairement parlant, certains ont jugé que tout cela représentait beaucoup de bruit pour rien, et on ne leur donne pas forcément tort, même si ce courant a suscité quelques grands noms — Pierre Pelot pour n’en citer qu’un. Parmi les oubliés de la période se trouvent Joël Houssin et Christian Vilà, à qui l’on doit notamment l’anthologie Banlieues rouges chez OPTA. De Houssin, on a surtout retenu Blue et la série Dobermann, adaptée ensuite au cinéma par Jan Kounen. De Vilà, si l’on fait abstraction Des Mystères de Saint-Pétersbourg, on pourrait citer Sang futur, roman résolument punk mais qui jusqu’à cette présente réédition était introuvable.

Ne tergiversons pas, résumer l’intrigue de ce court roman (157 pages au compteur, illustrations comprises) revient à faire un fist-fucking à un éléphant. Peu de sensation pour un risque d’écrasement maximum. Car Sang futur est un concentré d’énergie nihiliste, un baiser de la mort envoyé à la face de la société bourgeoise. Le texte est conçu comme un coup de boule adressé aux conventions littéraires. Très peu de ponctuation, une narration déstructurée, des ruptures typographiques, une écriture en flux tendu, un phrasé oral et une multitude de photomontages en guise de contrepoint au texte. On sent vraiment la volonté de casser le moule, quitte à abandonner la notion de récit elle-même.

« Tu sens la Crève en toi ?… »

Le roman décline ainsi une succession de flashs visuels, violents et viscéraux, animés par des personnages dont la psychologie se définit exclusivement par l’action. Dickkie la Hyène, le tueur de flics. Le White Spirit Flash Club, combo punk qui carbure à l’alcool, au sexe et au sang. El Coco Kid, l’écrivain junky qui se fait le chroniqueur du groupe. Sarah, le travelo émasculé avec une croix gammée rouge tatouée en guise de parties génitales. Tous des enragés, résolus à transmettre leur rage au monde pour mieux le détruire. Et pour les pourchasser un flic, punaise en imperméable mastic, bien décidé à les abattre. Tous.
Au final, Sang futur ne cherche pas le consensus. On aime ou on n’aime pas. Point barre.

sang_futurSang futur de Kriss Vila – Rééditions Moisson Rouge, 2009

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