Blue

Je lis beaucoup mais il m’arrive aussi de discuter de mes lectures et de prendre connaissance de celles des autres. À plusieurs reprises, on m’a conseillé Joël Houssin, un écrivain français dont j’avais ouïe dire qu’il avait collaboré au scénario du film Dobermann. Un titre adapté lui-même d’une série parue au Fleuve noir dont l’auteur n’était autre que Joël Houssin. Le monde est petit, n’est-ce pas ?
Même si Dobermann paraissait une entrée intéressante pour découvrir Houssin, j’ai opté pour un roman plus ancien, un concentré d’énergie au cadre post-apocalyptique mixant à la fois Rollerball et New-York 1997, du moins à mes yeux. Les connaisseurs auront immédiatement reconnu Blue.

Blue_BD

Quid de l’histoire ? Blue est le nom du chef des Patineurs, un des clans hantant les ruines de la Cité. En guerre perpétuelle contre les autres clans (les Bouleurs, les Saignants, les Skins, les Youves…), les Patineurs défendent leur territoire en vertu du droit du plus fort et de la loi de la jungle. Identifiable à ses mèches bleues, Blue a conquis sa position de haute lutte, misant tout sur son intelligence et sur la crainte qu’il inspire. Mais voilà, cela ne lui suffit plus. Blue a un rêve : passer le Mur qui enserre la Cité, histoire de découvrir ce qui s’étend au-delà. Seul un obstacle s’oppose à cette chimère, les Néons, créatures mystérieuses organisées en armée, nourries de slogans répétitifs, et dont la seule raison d’exister semble être d’empêcher tout franchissement du Mur.
Jadis, les Musuls se sont brisés les crocs en essayant de passer. De clan dominant, ils sont devenus des ombres, réfugiés dans les sous-sols de la Cité, pourchassés par leurs anciens sujets. Blue a retenu la leçon. S’il souhaite déborder les Néons, il doit d’abord réaliser l’impossible : unir tous les principaux clans de la Cité.

À la lecture de ce résumé, on comprend bien que l’intrigue ne brille pas pour son originalité. Linéaire, jalonné d’explosions de violence, de coups de théâtre, Blue ne fait pas dans la dentelle. Joël Houssin envoie valdinguer les chichis littéraires, les afféteries du bien écrire et du beau style. Il convoque le meilleur du roman populaire et nous livre ici un récit à lire à tombeau ouvert.
Dans l’énergie vitale animant les personnages, dans le rythme incisif, tranchant comme une lame affûtée, et jusque dans la truculence des dialogues truffés d’argot râpeux à souhait, Blue se montre généreux et sans concession. Joël Houssin ne retient rien, ni les coups, ni les trahisons,ni les tueries, ni son imagination. La Cité sous son nuage de cendres grises est dantesque. Les personnages ont l’air de caricatures ricanantes, comme issus d’un tableau de Jérôme Bosch ou d’un comics de Frank Miller. Ils ne manifestent aucun état d’âme, agissent en fonction de leurs intérêts propres, se foutant comme d’une guigne de la morale et des autres idioties humanistes. Et on se réjouit de l’efficacité d’un roman idéal pour se défouler, entre deux lectures plus exigeantes.

Avis aux amateurs, on me souffle dans l’oreille que Blue aurait fait l’objet d’une adaptation en BD sous le crayon de Philippe Gauckler, dessinateur à qui l’on doit notamment l’illustration de cette réédition. Moi en attendant de trouver l’ouvrage, je m’en vais entamer Le Temps du Twist. Bientôt.

blueBlue de Joël Houssin, Réédition Fleuve noir, collection anticipation, 1985

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