Argentine

La réédition/réécriture de Locomotive rictus – paru chez Ring sous le titre de Loco – m’a rappelé l’envie que j’avais de lire Argentine du même auteur. Et comme par hasard, j’ai trouvé le livre après une longue et infructueuse quête.
Bref, vous l’aurez compris, les conditions étaient réunies pour me mettre à l’ouvrage, ce que j’ai fait, toutes affaires cessantes.

« Elle dégageait un parfum bizarre, mélange lourd de musc et de poil de chien mouillé. »

La Cité, microcosme où s’ébattent prisonniers politiques et leur descendance, sous la garde de la milice, en uniforme et lunettes noires. Une prison assiégée par le désert au-dessus duquel planent de lourds zeppelins noirs.
Les belles théories ont fait long feu accouchant d’un chaos permanent. Entre les quartiers, l’apartheid couve. On ne se mélange pas, on ne se parle pas. On s’affronte par bandes interposées, on s’entre-tue avec méthode. Les rues, les passerelles, le sous-sol de la ville sont le théâtre des pires vices et sévices.
Pourtant, dans cet univers de béton, il faut survivre car « le dégoût de vivre ne supprime pas la peur de mourir. »

« La ville était une machine à broyer les anges. »

La parenté entre Blue et Argentine ne paraît pas abusée. En fait, le second titre semble comme un décalque du premier. Même univers urbain, les quartiers ayant remplacés les territoires contrôlés par les clans, même violence permanente entre bandes que l’on croirait échappées d’Orange mécanique, même emprisonnement, avec le désert et les noirs zeppelins de surveillance en guise de mur infranchissable.
Longtemps, la figure de Diego a dominé la Cité. Fils et petit-fils de rebelle, il a brillé au firmament sous le surnom de Golden Boy, à la tête de la bande des Communards. Au point de devenir le héros d’une jeunesse bagarreuse et frondeuse. Mais ce temps est révolu. Diego vit désormais barricadé dans un appartement du quartier Nord, entre un père alcoolo et paranoïaque et un petit frère qui le méprise, assurant le quotidien merdique de sa petite famille.

«  Et puis les mètres sont devenus des années, les kilomètres des siècles ! Les animaux se sont mis à mourir de vieillesse dès leur naissance, les œufs n’abritaient plus que des fœtus de vieillards… »

Évidemment, on se doute rapidement que les choses ne vont pas rester en l’état. Les événements se précipitent inexorablement. Le temps fout le camp. L’entropie menace l’équilibre de la Cité, faisant passer les bastons entre bandes pour des jeux d’enfants. Un ouragan de tachyons est sur le point de balayer les rues, effaçant les années et les existences. Tout semble perdu. À moins que Diego ne sorte de sa retraite.

« Une vilaine couperose violacée commençait à tacher le ciel. »

À l’instar de Blue, Argentine apparaît comme un roman tendu, peuplé d’archétypes sympathiques, de trognes mémorables. Un roman plus malin qu’il n’y paraît, porté par une plume ayant gagné en ampleur et en assurance. À plusieurs reprises, on est saisi de stupeur devant les visions dantesques de l’auteur. Et, on se laisse porter par une histoire menée au rythme d’une samba endiablée.

«  Nous avions l’impression de rouler sur le ventre d’une phénoménale charogne dont nos roues crevaient les abcès chargés de pus et d’humeur. »

Arrivé au terme de ce compte-rendu, je me rends compte que je n’ai toujours pas lu Le Temps du twist. Je crois qu’il devient urgent d’y remédier.

ArgentineArgentine de Joël Houssin – Éditions Denoël, collection « Présence du futur », 1989

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