La Guerre des mouches

L’entre-deux-guerres en Europe inspire de nombreux récits de fin du monde. Le contexte n’est sans doute pas étranger à ce fait, même si l’on peut soupçonner certains auteurs d’en rajouter pour le plaisir de la misanthropie. Avec Jacques Spitz, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. La fin du monde est goguenarde et sans concession.

Juste-Evariste Magne est un jeune homme promis à un brillant avenir. Diplômé en sciences naturelles, il travaille dans l’équipe du professeur Carnassier, une des grosses huiles du Collège de France qui convoite également un siège à l’Académie des Sciences. Magne soigne, élève, compte et examine les mouches drosophiles pour son patron, attendant de se voir confier des tâches moins ingrates. Sa seule responsabilité consiste à faciliter le croisement d’espèces différentes afin de relever de quelle façon les caractères distinctifs des parents se transmettent à leur portée. Pourtant un jour, une inquiétante invasion de mouches dévastant l’Indochine vient bouleverser son plan de carrière…

Le troisième livre de Science-fiction de Jacques Spitz joue à la fois sur les ressorts du roman catastrophe et sur ceux de la satire. Sa grande force réside, sans aucun conteste, dans son ton. A la manière d’un entomologiste, l’auteur dépeint les derniers mois d’une civilisation humaine pour laquelle il ne semble nourrir aucune affection. Il en décrit les ultimes soubresauts s’attardant sur la violence inouïe des gouvernements et la bêtise des plans échafaudés pour combattre les mouches. Car pendant un peu plus d’une centaine de pages, l’humanité s’entête à résister à l’invasion. L’inefficacité de ses grouillements de survie ne contribue qu’à aggraver les destructions parachevant ainsi le génocide entrepris  par les insectes. Et le lecteur de rire (jaune) de l’absurdité des tentatives des hommes pour endiguer la marée inexorable des mouches.

A bien des égards, La Guerre des mouches s’apparente à un réjouissant exercice de misanthropie. Nul corps social ne sort indemne de ce récit implacable qui, au final, se montre tout simplement jubilatoire.

Guerre_mouchesLa Guerre des Mouches (1935) de Jacques Spitz – Réédition Petite Bibliothèque Ombres, collection les classiques de l’utopie et de la science-fiction, 1997

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