Le Pays de la nuit

Paru originellement à l’aube du XXe siècle, Le Pays de la nuit a connu plusieurs éditions dans nos contrées. Après une précédente parution dans la collection « Aventures fantastiques » chez Opta puis une réédition en deux tomes chez Néo, le roman est à nouveau disponible chez Terre de Brume, dont on ne peut que louer au passage la qualité des choix.

Voici une belle occasion pour faire connaissance ou redécouvrir William H. Hodgson, auteur classé parmi les précurseurs de la science-fiction et admiré en son temps par Howard Philip Lovecraft, excusez du peu. Une petite lecture s’imposait, histoire de juger sur pièce, d’autant plus qu’en lisant le présent roman, on comprend la fascination de l’écrivain de Providence pour Hodgson.
Cependant, si les monstres hybrides et malveillants abondent, si un mal indicible plane tout au long du périple entrepris par le héros, l’angoisse demeure un décor dans lequel se déploie une romance.
Ainsi, Le Pays de la nuit se révèle un roman d’amour. Le titre original The night land. A love tale et le préambule de l’auteur ne laissent peser aucun doute sur ce point. Un amour courtois, voire chevaleresque, quelque peu démodé au début du XXe siècle, époque où les suffragettes déchaînées, si elles ne brûlaient pas encore leurs corsets, manifestaient déjà quelques velléités émancipatrices. Un amour triomphant de la mort et du temps. Quelques millénaires, une bagatelle… Un amour se défiant des obstacles et des périls. Et, ils sont légion.
William H. Hodgson place son récit très loin dans le futur. À cette époque, le soleil a fini par s’éteindre et l’humanité survit, retranchée dans un bastion pyramidal situé au cœur d’une faille profonde auprès des ultimes chaleurs de l’écorce terrestre. Sur la défensive, les hommes y vivent dans une cité abritée derrière un anneau énergétique alimenté par un mystérieux courant de terre dont les effets les protègent des assauts de créatures contrefaites et de forces occultes hostiles rôdant dans l’obscurité.
Dans ce monde crépusculaire, il existe pourtant un second refuge. Hélas, celui-ci semble sur le point de tomber. Guidé par son seul amour et le lien télépathique qui l’unit à une femme de cet abri, le narrateur se lance dans une noble quête. À l’instar des paladins de la littérature médiévale, armé d’un diskos (une arme à la fois d’hast et d’estoc), il revêt son armure pour aller sauver l’être aimé. Bien entendu, de nombreuses épreuves et combats l’attendent.
Le paysage de fin des temps imaginé par William H. Hodgson en impose. Il représente sans aucun doute l’aspect le plus marquant, visuellement parlant, du roman. Il apparaît comme un personnage à part entière dont la présence menaçante imprègne littéralement le récit.
Si l’on fait abstraction du côté simpliste de l’intrigue et du traitement daté des personnages, Le Pays de la nuit dévoile un imaginaire puissant, révélant toutes ses qualités à l’occasion des passages descriptifs. On peut leur trouver un certain certain charme, si l’on goûte l’aspect suranné de la chose. La description de ce monde apocalyptique, bien qu’un peu longuette et répétitive (l’auteur n’usant pas de l’ellipse, il faut se fader le voyage allez et retour dans son intégralité), résonne d’une étrangeté fascinante que ne peuvent ignorer les lecteurs de Lovecraft.

Au final, le roman de William H. Hodgson ne manque pas d’attrait. Mais, un attrait désuet pouvant rebuter le lecteur en recherche de sensations et d’interrogations plus actuelles. A classer donc dans le rayon des historiques.

Additif : Brian Stableford, le préfacier de cette réédition, propose une interprétation personnelle au récit de Hodgson, y relevant une forme de symbolisme psychanalytique. Une piste à creuser. Avis aux éventuels curieux.

Pays de la nuitLe Pays de la Nuit de William H. HODGSON (The Night Land, A Love Tale, 1912) – Réédition Terre de Brume/ collection Terre fantastiques, 2005

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