Le Navire des Glaces

Lire un roman de Michael Moorcock me fait un peu l’effet d’une madeleine. Les réminiscences m’assaillent et me replongent aussitôt à l’époque où j’ai découvert la Science-fiction et la Fantasy. Penser au « cycle du Champion éternel », en particulier l’arc narratif impliquant Elric, le prince albinos décadent et maudit, réveille en moi la nostalgie pour la période où, sorti de ma campagne, je goûtais à la vie universitaire et passais des nuits à m’enquiller les volumes successifs de ses aventures que j’empruntais à la bibliothèque. Bref, Moorcock me rappelle mes jeunes années.

Ahem…

Bon, j’en conviens, Elric et consorts sont loin d’être de l’excellente littérature. Mais, il faut bien manger… Moorcock le reconnaissait bien volontiers lui-même en dédicaçant Les aventures uchroniques d’Oswald Bastable (aka le Nomade du temps) à ses créanciers. Et puis, pour avoir écrit Mother London et Gloriana, il sera beaucoup pardonné à l’auteur britannique.
Histoire de coller à mon programme de lecture fin du monde et post-apo, j’ai ressorti Le Navire des Glaces du carton où il reposait. Peinture de Siudmak en guise d’illustration, papier jauni et odeur de vieux, les souvenirs m’ont sauté immédiatement à la gueule, excusez la grossièreté.

Quid de l’histoire ?

Capitaine sans navire, Konrad Arflane décide de confier son destin à la Glace-Mère. Chaussé d’une paire de skis, avec deux harpons et un maigre paquetage, il quitte la cité-crevasse de Brershill traversant le grand plateau glaciaire pour un voyage qu’il pense sans retour. Mais la déesse nourrit d’autres projets…
Sur la plaine glacée, il aperçoit un corps. Un naufragé sur le point de mourir. Au lieu de le laisser à son sort, Arflane lui sauve la vie. Ayant découvert qu’il s’agissait du principal amiral de Friesgalt, il le ramène dans sa ville natale, l’une des Huit Cités du plateau. Avant de mourir, le patriarche de la famille Rorsefne, l’une des plus riches de Friesgalt, lui confie le commandement de son meilleur navire afin de le conduire vers la mythique New York, où dit-on, la Glace-Mère tient sa cours. Un périple pendant lequel, Arflane doit affronter l’inconnu et la défiance des héritiers du grand amiral.

Même si j’apprécie toujours autant ce roman, il me faut reconnaître qu’il appartient aux œuvres mineures de Michael Moorcock. L’histoire lorgne un tantinet sur Moby Dick et le décor évoque celui de La Compagnie des Glaces de Georges Jacques Arnaud, les locomotives étant remplacées ici par des voiliers montés sur patins.
Le Navire des Glaces a toutes les apparences du roman hybride empruntant autant ses ressorts au récit d’aventure maritime qu’à la fantasy. Le voyage d’Arflane contient ainsi son lot de morceaux de bravoure et d’archétypes intimement liés au corpus de la littérature populaire.
Pourtant, malgré la linéarité de l’histoire et le peu de surprises qu’elle comporte, je reste fasciné par le décor de ce monde gelé, par les cités nichées au creux de crevasses vertigineuses, par le passage de la crête à l’extrémité du plateau et par les troupeaux de baleines se mouvant sur leurs nageoires musclées. Un spectacle suffisamment étrange pour marquer l’esprit.

Paru en épisodes entre 1966 et 1967 dans la revue Impulse, le compagnon de New Worlds, Le Navire des Glaces a inspiré à son rédacteur en chef Keith Roberts une nouvelle intitulée « Coranda ». En ce qui me concerne, le roman ne m’inspire plus qu’un plaisir régressif, parce qu’il faut avouer que pour le reste, c’est tout de même un peu maigre…

Navire_des_glacesLe Navire des Glaces (The Ice Shooner, 1969) de Michael Moorcock – Réédition Presses Pocket, 1991 (roman traduit de l’anglais par Jacques Guiod)

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4 réflexions au sujet de « Le Navire des Glaces »

      • Il va falloir le temps, la plume, de solides épaules et de l’imagination. Soit environ 2800 caractères /page, disons en gros 22 pages. Le bonheur des hommes n’est-il pas dans l’imagination ? 😉

  1. J’ai une petite anecdote concernant « Le navire des glaces ».
    J’ai fait à Charybde l’acquisition d’un exemplaire publié au CLA et ayant appartenu à Marianne Leconte. Cela a fait sourire Moorcock – lors de la dédicace – et plus encore lorsque je lui ai dit que mes lectures relevaient en grande majorité du domaine anglo-saxon alors que je ne maitrisais pas la langue anglaise. Il m’a rétorqué que c’était son cas avec la littérature française.

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