Route 666

La perspective d’aller voir Mad Max Fury Road me rappelle cette lecture post-apocalyptique. Comme quoi, tout se recycle.

Hell Tanner est né pour être sauvage, et cela tombe très bien car la sauvagerie prévaut désormais. Depuis que la guerre nucléaire a ravagé le monde, les États-Unis d’Amérique ne sont plus qu’un désert humain livré à une faune et une flore mutantes. Dans ce paysage apocalyptique ravagé par des dust devils géants, creusé de cratères irradiés et laminé par des pluies diluviennes de pierres, l’humanité — quelques communautés isolées, épargnées par le feu atomique, vivant autour de centres urbains entrés en déchéance — survit dans l’attente de jours meilleurs. Arrive alors à Los Angeles un messager moribond porteur d’une terrible nouvelle. Boston, la deuxième cité la plus importante du continent, est en proie à une épidémie de peste. L’unique espoir de ses habitants réside dans un vaccin dont les seuls stocks se trouvent à Los Angeles. Et comme Boston se situe à l’autre bout du Nouveau Monde, reste à faire parvenir le précieux sérum. En l’absence de tout autre moyen de locomotion, c’est un convoi de véhicules blindés équipés de roquettes, lance-flammes et mitrailleuses qui s’en charge. Un voyage qui s’apparente davantage à une randonnée en Enfer qu’à un périple bucolique. Une tâche qui convient parfaitement à Tanner, l’ultime Hell’s Angel de la Terre. En échange de sa libération, il accepte donc de prendre la route, flanqué de deux autres véhicules, au cas où il échouerait ou trahirait son engagement. La rédemption est à ce prix car en ce qui concerne la damnation, Hell n’a plus besoin qu’on lui fasse crédit.

Publié dans nos contrées dans sa version novella sous le titre L’Odyssée de Lucifer (Galaxie n° 53, Opta) et dans sa version roman sous les titres successifs de Les Culbuteurs de l’enfer puis de Route 666, Damnation Alley n’appartient certes pas aux œuvres majeures de Roger Zelazny. Toutefois, ce livre fait montre d’une économie d’effets et d’une efficacité finalement assez revigorante. De quoi marquer suffisamment l’esprit, au moins le temps de sa lecture. Mentionné par Walter Jon Williams comme une des sources d’inspiration de Câblé, Damnation Alley a également fait l’objet d’une adaptation cinématographique nanardesque en 1977 de la part d’un illustre inconnu : Jack Smight. Cela fait beaucoup pour un court roman somme toute assez atypique dans la bibliographie de Roger Zelazny. En effet, nulle emphase poétique dans ce récit post-apocalyptique brut de décoffrage dont l’intrigue linéaire à souhait ne ménage que peu d’instants de répit. Nul jeu non plus avec une quelconque mythologie, encore que l’on puisse considérer Hell Tanner comme une incarnation de l’archétype du mauvais garçon, hors-la-loi solitaire par choix, avec un petit quelque chose de Snake Plissken. La référence vient immédiatement à l’esprit, même si celle-ci est anachronique. Un individu taillé pour rétablir une certaine idée de la justice avant de passer son chemin.

Damnation Alley est donc à prendre pour ce qu’il est : un récit très visuel et âpre. Un roman de gare exemplaire à lire à tombeau ouvert.

RZ-R666-BRoute 666 (Damnation Alley, 1969) de Roger Zelazny – Réédition Denoël, collection Présence du futur, 2000 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Thomas Bauduret)

 

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