Les Phalanges de l’Ordre noir

Dernier article avant une pause estivale bien méritée (notez l’autosatisfaction). Rendez-vous à la rentrée.

Pour terminer mon parcours autour de la Guerre d’Espagne, voici un classique de la bande dessinée démontrant, s’il est encore besoin de le faire, que la littérature n’a pas le monopole en matière d’intelligence.

En plein hiver, un village d’Aragon est entièrement détruit et ses habitants assassinés. Le massacre est revendiqué par une organisation terroriste s’appelant Les Phalanges de l’Ordre noir et agissant au nom des valeurs de l’Occident chrétien.
Jefferson B. Pritchard, journaliste au Daily Telegraph de Londres reconnaît parmi les membres du commando les ennemis qu’il a combattu jadis pendant la Guerre d’Espagne. Il contacte ses amis vieillissants, anciens des Brigades Internationales, pour leur proposer de solder leurs comptes. S’ensuit une chasse à l’homme à travers l’Europe.

Quatrième collaboration de Bilal et Christin, Les Phalanges de l’Ordre noir se distingue par un propos politique qui évite l’écueil de la naïveté et les gros sabots du militantisme. En lisant l’argument de départ, d’aucuns pourraient craindre la charge antifasciste simpliste. Même si les auteurs n’exonèrent pas l’idéologie d’extrême-droite de son caractère mortifère, ils placent leur réflexion à un autre niveau.
Les ennemis d’hier reprennent les armes dans une Europe qui a beaucoup changé en l’espace de quarante ans. Le continent est en proie au terrorisme, celui perpétré par les Brigades rouges, RAF et Action directe. Au nom de la lutte des classes et de la Révolution, de jeunes militants utilisent les méthodes du grand banditisme pour combattre l’État et ses séides. L’image du communiste s’est quelque peu flétrie et l’URSS ne paraît plus aussi menaçante qu’au plus fort de la Guerre froide, ni autant à l’avant-garde de la lutte contre le capitalisme.

Les Phalanges de l’Ordre noir pose la question de l’usage de la violence et y apporte une réponse en forme d’impasse. En cela, il s’inscrit dans le registre de la désillusion. Les anciens brigadistes croient renouer avec leur jeunesse en reprenant le combat d’antan. Ils ne font qu’entretenir la fiction d’un engagement désormais dépourvu de sens, eux-mêmes ayant beaucoup changé entretemps. Ils se perdent sur la voie de la vengeance, contredisant le combat de leur jeunesse et adoptant en même temps les méthodes de leurs ennemis.

Bref, avec Les Phalanges de l’Ordre noir, Bilal et Christin n’usurpent pas le qualificatif de chef-d’œuvre. Voici une bande dessinée à lire et à relire.

phalanges-couvLes Phalanges de l’Ordre noir de Enki Bilal et Pierre Christin – Éditions Dargaud, 1979 – Réédition Les Humanoïdes associés, 1998

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