Le Lézard noir

Edogawa Ranpo a la réputation d’être le père du roman policier au Japon, du moins si l’on se fie aux diverses notices biographiques. Mais loin de se cantonner à ce seul mauvais genre, il a également œuvré dans le fantastique, voire l’horreur. De quoi éveiller ma curiosité. Pourtant, j’ai longtemps tourné autour du bonhomme, repoussant sa découverte à plus tard. Ayant fini par me décider, j’ai opté pour Le Lézard noir. Un choix que je ne regrette pas du tout.

« Sur son bras gauche, un lézard noir ondulait, il semblait ramper. Tout en donnant l’impression qu’il allait se déplacer de son bras vers l’épaule, puis vers le cou, pour arriver enfin jusqu’aux lèvres humides et rouges, il restait indéfiniment sur place. »

lézard_noir_filmDans la plus pure veine feuilletonnesque, le roman étant d’ailleurs d’abord paru sous la forme d’un feuilleton, Le Lézard noir raconte l’affrontement de deux êtres d’exception, l’un au service de la loi, l’autre plutôt attiré par le crime.
Kogorô Akechi a été engagé par Iwase Shôei pour protéger sa fille d’une menace d’enlèvement. Le riche joailler d’Ôsaka a en effet toutes les raisons de se faire du souci. De nombreuses lettres menaçantes signées du lézard noir en attestent. Aussi, la présence du célèbre détective Akechi n’a-t-elle rien de superflu.
Voleuse audacieuse et femme provocante, le lézard noir n’usurpe pas sa réputation de génie du crime. Avec l’aide de ses complices, elle échafaude un plan diabolique afin de ravir la fille du joailler au nez et à la barbe du détective. Un forfait qui doit lui procurer la richesse et le plaisir de vaincre le plus célèbre logicien de l’archipel.

Personnage récurent dans l’œuvre d’Edogawa Ranpo, Kogorô Akechi doit beaucoup à Sherlock Holmes. On retrouve le goût pour le déguisement et l’analyse psychologique du célèbre détective londonien. Mais comme souvent, l’enquêteur n’est rien sans un adversaire à sa hauteur. Ici, celui-ci est incarné par le lézard noir, femme scandaleuse, chef de gang et esprit criminel dont les actes fournissent la matière à une aventure rocambolesque et fertile en rebondissements.
Substitution d’identité, multiples déguisements, meuble truqué et musée des horreurs, Edogawa Ranpo laisse libre cours à son imagination, se permettant même des allusions aux aventures précédentes de Kogorô Akechi. C’est distrayant, inventif, rapide à lire et au final, cela n’a pas trop mal vieilli.

Bref, je vous donne rendez-vous bientôt avec La Bête aveugle, histoire de changer de registre.

Aparté : Le roman d’Edogawa Ranpo a connu plusieurs adaptations. Au théâtre d’abord, sous la plume de Yukio Mishima. Puis au cinéma en 1968. Un film dont on peut juger l’esthétique un tantinet kitsch, et dans lequel Yukio Mishima (encore) fait une apparition dans le rôle d’un taxidermiste. Hélas, il demeure difficile à trouver, les ayant-droits de l’auteur ayant souhaité le retirer des réseaux de diffusion.

lézard_noirLe Lézard noir (Kuro-tokage, 1929) de Edogawa Ranpo – Éditions Picquier poche, 2000 (roman traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle)

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4 réflexions au sujet de « Le Lézard noir »

  1. Si tu souhaites continuer du côté Asiatique j’ai trouvé l’écrivain Qiu Xiaolong très intéressant. Il traite à travers ses polars de la culture chinoise des années 1990, historiquement très riche. À toi de voir !

  2. Je viens de le finir, et c’est tout de même très moyen, du sous-Arsène Lupin ou du très médiocre Rouletabille. Du même auteur, j’ai par contre apprécié le recueil « La chambre rouge » (dans une veine plus fantastique), et vais bientôt entamer « L’île panorama ».

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