La Huitième couleur

Avec La Huitième couleur, le blog yossarian se lance un défi : chroniquer une fois par mois un volume de cette longue série du défunt sir Terry Pratchett. Autant dire que je m’engage dans un cycle d’au moins deux années, si je parviens bien sûr à tenir le rythme. Mais quand on aime, on ne compte pas (dixit la sagesse populaire, au moins aussi indicible que la main invisible du marché).

Plouf ! Plouf !

La Huitième couleur introduit le Disque-monde, un univers farfelu ne tenant sa cohérence qu’à une suspension de l’incrédulité dopée à l’octarine, la fameuse huitième couleur du spectre lumineux dont les nuances révèlent la magie brute.
Juché sur le dos de quatre éléphants géants, eux-mêmes installés sur la carapace d’A’Tuin, la gigantesque tortue céleste, en route vers l’infini (ou selon certains religieux vers le lieu où elle accomplira une cosmique copulation), le Disque-monde recèle mille et une surprises. À commencer par la cité double d’Ankh-Morpok, métropole percluse de vices, port cosmopolite, antre d’une ribambelle de guildes guère fréquentables, voleurs, assassins, magiciens et j’en passe, cité-État gouvernée d’une main de fer par le Patricien, un autocrate retors et cruel.
Bref, avec une telle réputation, la ville ne pouvait qu’attirer Deux-Fleurs, ressortissant rêveur de l’Empire agathéen, venu ici pour se livrer à une activité incongrue : le tourisme. Accompagné d’un coffre pourvu de nombreuses jambes, aussi encombrant que dangereux, le bougre se complaît dans les situations périlleuses qu’il provoque en distribuant avec générosité l’or dont il est pourvu abondamment (il faut dire que le sous-sol du continent contre-poids, sur lequel s’étend l’empire agathéen, se compose en grande partie de ce métal).
Le hasard lui fait croiser la route de Rincevent, mage raté et calamiteux (Aaargl !) depuis son échec à l’université de magie. Le pauvre a joué en effet de malchance en ouvrant un grimoire interdit qui renfermait quelques sorts trop épouvantables pour être décrits. L’un d’entre-eux ayant investi sans autorisation son esprit, il demeure une menace latente, n’attendant plus que la parole pour révéler toute sa puissance maléfique. Rincevent vivotait jusque-là en mettant à profit son talent pour les langues, don lui permettant de crier au secours ! dans un nombre invraisemblable de langues (Aaargl !). Le voilà contraint par le Patricien à devenir le guide et le protecteur de Deux-Fleurs. Une tâche qu’il ne tarde pas à regretter…

Ne tergiversons pas, La Huitième couleur est une excellente parodie de fantasy. Terry Pratchett passe en revue quelques uns des poncifs du genre les convertissant aux vertus du nonsense et de l’ironie débridée. Entre le magicien malchanceux, le touriste candide, son coffre monstrueux et la multitude de personnages secondaires, sans oublier LA MORT, l’auteur britannique nous régale de situations abracadantesques, de rebondissements frénétiques, multipliant les clins d’œil aux amateurs de fantasy. Ils ne manqueront sans doute pas les fines allusions au monde de Nehwon de Fritz Leiber, au personnage de Conan de Robert Howard et à bien d’autres romans.

On regrettera juste, s’il faut émettre un bémol, le caractère un tantinet décousu du récit, découpé en quatre aventures indépendantes, et le sérieux coup de mou accusé par le deuxième chapitre (« L’émissaire du Huit »), une intrigue vaguement chtulhuienne. Pour le reste, c’est du rire en barre. Ma préférence se porte naturellement vers la première aventure (« Couleur de Magie »), même si les troisième (« L’Appel du Wurm ») et quatrième (« Au Bord du Gouffre ») chapitres font montre d’une bonne humeur et d’une inventivité réjouissante.

Bref, voici une amusante entrée en matière. Pour savoir si la suite tient toutes les promesses, rendez-vous le mois prochain avec Le Huitième Sortilège.

huitième_couleur2La Huitième couleur – « Les Annales du Disque-Monde » (The Colour of Magic, 1983) de Terry Pratchett – Éditions L’Atalante, 1993 (roman traduit de l’anglais par Patrick Marcel)

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2 réflexions au sujet de « La Huitième couleur »

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