La Mort du roi Tsongor

Aguiché par l’avis élogieux d’un camarade de blog, j’ai laissé de côté les mauvais genres pour une des grandes plumes de la littérature française. Un prix Goncourt des lycéens pour le présent ouvrage, puis un Goncourt tout court pour Le Soleil des Scorta, excusez du peu, ça place son écrivain. Si l’on se fie à la quatrième de couverture, La Mort du roi Tsongor s’annonce comme une tragédie, un récit épique et initiatique. Des caractéristiques que l’on retrouve finalement aussi en fantasy, du moins quand elle ne verse pas dans la Big Commercial Fantasy

Le roi Tsongor considère le mariage de sa fille unique comme l’apogée de son règne. Souverain d’un empire dont les frontières s’étendent jusqu’aux limites du continent, il est pourtant parti de rien, lorsque son père, roi d’un territoire sans importance, l’a privé de son héritage. Désormais, une multitude de roitelets s’inclinent devant lui pour lui rendre hommage et les grandes villes du continent lui doivent allégeance.
Dans sa jeunesse, il s’est forgé une réputation de conquérant cruel et de combattant infatigable. Cette période étant révolue, il n’aspire plus qu’à la paix, uniquement préoccupé par la transmission de son héritage à ses enfants, quatre fils et une fille, et par la perpétuation de son empire. Comme une revanche adressée à ses origines. Mais les noces qui s’annonçaient somptueuses, avec le prince des terres du sel, font resurgir un autre prétendant. Face au dilemme, Tsongor ne trouve de salut que dans la mort, la préférant à la honte. Et qui sait, peut-être le deuil permettra-t-il d’éviter la guerre ?

Inutile de tergiverser, ce roman est un véritable coup de cœur. D’une écriture à la fois puissante et concise, Laurent Gaudé nous livre une tragédie, au sens antique du terme, dont les différents chapitres sont comme autant d’actes d’une tragédie dont personne ne sortira indemne. Deux cent pages de bruit et de fureur, marquées par des combats incessants d’une violence inouïe. Une guerre fratricide en forme de suicide collectif dont l’enjeu ultime reste l’orgueil démesuré de quelques héros. Parmi ceux-ci, on retiendra quelques figures. Tsongor d’abord, personnage tourmenté qui de l’au-delà voit défiler ses proches, en route vers le pays des morts, emportés par la guerre qu’il a cru pouvoir éviter. Katabolonga, son fidèle serviteur, incarnation de sa mauvaise conscience, gardien de sa dépouille et confident jusque dans le malheur. Souba, son fils cadet, porteur de la mémoire de son père et finalement véritable héritier du clan. Samilia, sa fille unique, enjeu d’une guerre dont elle finit par rejeter chaque partie, préférant l’oubli à la folie des hommes. Et bien d’autres…

La Mort du roi Tsongor me remet également en tête les raisons pour lesquelles je ne lis plus de fantasy. Intrigue stéréotypée, personnages caricaturaux, manichéisme bas de plafond, dilatation du récit en plusieurs tomes, absence de dramaturgie et d’épopée, la fantasy m’épuise avec ses éternels ressassements commerciaux.
Avec Laurent Gaudé, rien de tel. L’auteur a su revenir aux origines du genre, puisant son inspiration dans le conte et la mythologie. Il transpose leurs motifs dans une Afrique imaginaire, peuplant le continent de peuples et de personnages tous plus mémorables les uns que les autre.

Bref, bien des auteurs de fantasy devraient s’en inspirer en matière de concision, de progression dramatique et de souffle épique.

mort-du-roi-tsongor-116183La Mort du Roi Tsongor de Laurent Gaudé – Réédition Livre de poche, 2014 (paru initialement en 2002 aux Éditions Actes Sud)

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2 réflexions au sujet de « La Mort du roi Tsongor »

  1. Etonnament, pas lu celui-là alors que j’apprécie beaucoup Gaudé. Puisque tu as aimé celui-là et vu ce que tu en dis, je te recommande chaudement « Pour seul cortège » qui se rapproche aussi très fort de la bonne et grande fantasy historique.

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