Hielo Negro

Rien de neuf sous le soleil depuis Une saison de scorpions. La corruption généralisée, les embrouilles et les tueries entre narcotrafiquants continuent à alimenter la chronique ordinaire mexicaine. Un cocktail d’une noirceur désespérante s’il n’était servi avec un zeste d’ironie et de décontraction par un auteur en phase avec la mécanique infernale de son intrigue.

Lecture défouloir et foutraque, Hielo Negro ne trahit en effet pas l’illustration de couverture puisée dans la banque de données aimablement fournie – contre espèces sonnantes et trébuchantes – par M. Getty Images. C’est bien à un festival de violence, de meurtres et de sang que nous convie Bernardo « Bef » Fernández.

Avec fracas, on renoue avec Lizzy Subiage, seule héritière du Señor, chef du cartel de Constanza, mort dans la tuerie clôturant Une saison de scorpions. Adepte de snuff-movies – elle a horreur que l’on utilise ce terme, lui préférant ceux de performance et d’installation artistique –, la jeune femme s’est adjoint les services d’un chirurgien pervers pour produire une super-drogue. Car la nouvelle patronne souhaite se débarrasser de ses encombrants associés colombiens et de l’image vulgaire colportée par le trafic de cocaïne.

De quoi ranimer une guerre des gangs dans un univers n’étant pas, en temps ordinaire, dépourvu de cadavres. Heureusement, Lizzy conjugue un manque total d’empathie pour autrui à une cruauté irrésistible. Des traits de caractères lui facilitant la tâche mais qui ont pour corollaire de multiplier le nombre de ses ennemis mortels. Parmi ceux-ci, l’agent de police Andrea Mijangos fait figure de candidat de poids – dans tous les sens du terme. Avec pour motif, la raison la plus légitime du monde : la vengeance. Et comme Mijangos n’est pas la moitié d’un foutu bon flic – vue son tour de taille, elle compterait même pour trois –, l’affrontement promet d’être dantesque…

On l’aura compris à la lecture de ce bref résumé, le roman de « Bef » use d’éléments glanés au fil de la subculture. Jeux en ligne, lignes de coke, rock international et mexicain, filmographie B, voire Z, SF, roman noir… L’auteur mexicain mixe ces diverses composantes de la culture populaire, désormais de masse, pour accoucher d’un pulp dont on devine qu’il pourrait facilement faire l’objet d’une adaptation au cinéma par Quentin Tarantino ou Robert Rodrígues.

Hielo Negro – aucun rapport avec le groupe de métal – a toutes les apparences du divertissement. Nul toute que son intrigue interchangeable, ses stéréotypes outrés, la violence et la vulgarité banale de son univers ne marqueront pas les esprits durablement. De toute manière, l’essentiel du propos tient plus dans l’aspect volontairement caricatural des personnages et dans l’enchaînement de situations abracadantesques, parfois un tantinet bâclées, il faut le reconnaître.

Au final, puisque la contre-révolution a gagné, « Bef » prend le parti d’en ricaner. Ricanons de concert, tout en restant conscient que ce plaisir, à l’instar de ce roman, ne sera que fugace…

Additif : Le blog de l’auteur qui visiblement a plusieurs cordes à son arc.

HieloHielo Negro de Bernardo « Bef » Fernández – Éditions J’ai Lu, avril 2012 (roman inédit traduit de l’espagnol [Mexique] par Marianne million)

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