Dernier Appel pour les vivants

Avec ce premier roman de Peter Farris, je découvre enfin un titre chez neonoir qui provoque autre chose qu’un ricanement nerveux. Il faut dire que jusque-là, à part un pulp amusant et un autre roman que j’ai préféré oublier, évitant de la chroniquer ici-même (pas envie), je n’ai pas été enthousiasmé plus que de raison par la collection. Mais, mon petit doigt me souffle que je devrais me pencher sur le cas Whitmer. Cela va venir, patience.
Comme le confie Duane Swierczynski, l’inénarrable auteur de The Blonde, dans une citation placée judicieusement en quatrième de couverture, Peter Farris s’annonce comme un talent majeur du roman noir. Dernier Appel pour les vivants apparaît effectivement comme un roman brut de décoffrage, ne se contentant pas de l’esbroufe et des gimmicks cyniques dont font montre trop d’auteurs jouant avec les codes. Le récit est doté d’un véritable fond et d’une authenticité assez intéressants. Pourtant, l’intrigue ne se distinguait pas par son originalité, du moins au départ.

Jubilation Country, Géorgie. Les temps sont durs au pied des Appalaches. Les centres commerciaux ferment tous, les uns après les autres, le pavillon de la consommation triomphante en berne. Seules les agences bancaires tiennent encore, engrangeant le remboursement des prêts, payés avec le salaire des red necks distribués à la fin de chaque mois. Et encore le font-elles au prix de sévères entorses aux règles de sécurité. Une aubaine pour Hicklin, membre de la Fraternité aryenne et ancien taulard. Il braque une agence, tue sa responsable et enlève le guichetier, un pauvre type introverti. Sale affaire pour le shérif Lang habitué aux combats de chiens et aux labos de meth, d’autant plus qu’Hicklin a commis le braquage au dépend de ses complices. Le bougre doit désormais se cacher de la police et de ses frères de la Fraternité, un contrat sur la tête et un otage sur les bras. Pourquoi ne s’en débarrasse-t-il pas d’ailleurs ?

Dernier Appel pour les vivants commence comme un récit criminel classique puis évolue dans une direction inattendue. Si Peter Farris ne nous épargne rien de la violence du milieu dans lequel évolue Hicklin – petite amie toxico et membres de la Fraternité aryenne sans aucun état d’âme y compris – il prend soin de la psychologie de ses personnages, abandonnant l’approche stéréotypée que l’on pressentait au début.
Dernier Appel pour les vivants attache de l’importance aux relations entre les personnages, leur conférant une réelle épaisseur. De ce souci sincère naît de l’émotion et une certaine empathie, même pour Hicklin, ce qui n’était pas gagné d’avance. Pour autant, Peter Farris ne bascule pas dans l’angélisme. Son récit reste sous-tendu par l’âpreté de l’existence, la violence et un regard désabusé sur la société américaine. Mais, il écarte tout manichéisme et cynisme, adoptant un point de vue nuancé.

Dernier Appel pour les vivants se révèle ainsi un excellent roman, écrit sans chichis, empreint d’une tension dramatique soutenue jusqu’à un dénouement ambigu comme on aime en lire dans un roman noir. Bref, voici une vraie bonne surprise dans le catalogue de Gallmeister. De quoi retrouver foi dans la collection neonoir. Affaire à suivre, bientôt.

dernier_appelDernier Appel pour les vivants (Last Call for the Living, 2012) de Peter Farris – Éditions Gallmeister, collection « neonoir », 2015 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Anatole Pons)

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