Légion

Stephen Leeds n’appartient pas au commun des mortels. Le bonhomme a développé des talents intellectuels qui le placent d’emblée dans la catégorie des génies. Hélas, il n’exerce son don qu’au prix d’une fragmentation de son esprit. En effet, Stephen a pris l’habitude de créer des projections de lui-même. Des hallucinations incarnant différents aspects de ses capacités et avec lesquelles il dialogue pour résoudre les problèmes qu’on lui confie. D’aucuns pourraient le considérer comme fou et le fuir. D’autres préfèrent l’observer comme une curiosité, voire un sujet d’étude, somme toute le bon client pour un article.
Stephen a appris à vivre avec sa particularité, peut-être même plus naturellement que ses congénères dits normaux. Installé dans un vaste manoir qu’il partage avec ses multiples aspects, il attend le chaland, repoussant les fâcheux venus là pour satisfaire leur voyeurisme. Et voilà justement qu’on lui confie une affaire : retrouver un scientifique disparu avec son invention. Un appareil prenant des photos du passé. De quoi révolutionner bien des idées reçues et faire chanter les décideurs.

Le cœur de la SF bat au rythme de la nouvelle, voire de la novella. Je l’ai dit et redit sur ce blog déserté de tous à l’exception des habituels trois pelés et un tondu. Quelques-uns des chefs-d’œuvre du genre relèvent de ce format. Aussi, en entamant la lecture de Légion, je nourrissais quelque espoir, surtout que la quatrième de couverture promettait monts et merveilles. Bon, c’est raté. La novella de Brandon Sanderson est certes sympathique, mais au final assez frustrante.
Pourtant, l’histoire recelait une idée géniale : la faculté du personnage à démultiplier son esprit. Elle augurait du meilleur en ouvrant les perspectives sur la notion de normalité. Malheureusement, celle-ci est évoquée de façon un peu fugitive, presque anodine, au détour d’un dialogue. Brandon Sanderson évacue le sujet, se contentant de s’amuser des interactions entre les diverses hallucinations de Stephen. Emprunté au thriller, l’intrigue ne brille pas pour son originalité. Elle affiche même un air de déjà vu, l’invention disparue rappelant un peu la camver de A. C. Clarke et Stephen Baxter. Si l’on ajoute que le texte appelle une suite, parue depuis sous le titre de Legion : Skin Deep (Légion : À fleur de peau, à paraître en janvier 2016 dans nos contrées), vous comprendrez que l’on peut être insatisfait, voire agacé.

Bref, la novella de Sanderson ne dépare pas dans la multitude des textes légers vite lus, vite oubliés. Ils sont même légion…

LégionLégion (Legion, 2012) de Brandon Sanderson – Édition Le livre de poche, 2014 (novella traduite de l’anglais [États-Unis] par Mélanie Fazi)

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2 réflexions au sujet de « Légion »

  1. Je fais partie des trois pelés (bien que durablement chevelu) qui lisent votre blog ! Sanderson officie en général dans le pavé de fantasy (ou le YA) et les textes plus courts lui servent en partie de respiration, mais c’est dommage que cette novella n’exploite pas son concept de façon stimulante.

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