Les Fils de l’Homme

Film critiqué par les tenants du développement du râble, car trop radical dans sa vision de l’avenir, Les Fils de l’Homme fait partie des œuvres dont le propos semble rattrapé par la réalité. D’aucuns reprocheront à Alfonso Cuarón son regard nihiliste sur le futur, la trop grande noirceur de son univers, nous renvoyant en pleine face la multitude des maux de notre civilisation. Pourtant, indépendamment de sa virtuosité formelle, je reste fasciné par la pertinence de ce film et par son traitement réaliste. A vrai dire, plus le temps passe et plus je lui découvre des qualités.

fils-de-l-homme-2006-24-g2Adapté du roman éponyme de P.D. James (il faudra que je le lise un jour), Les Fils de l’Homme prend place dans un avenir ravagé par divers fléaux et où les femmes sont devenues infertiles. Ancien activiste, Théo a raccroché les armes après la mort de son fils, emporté par la pandémie de grippe de 2008. Il a ainsi décidé de tout lâcher, abandonnant la civilisation à sa course folle vers la catastrophe. Spectateur désabusé de la fin du monde, il végète dans un bureau, noyant son chagrin dans l’alcool et rejoignant, lorsque le besoin s’en fait sentir, son vieil ami Jasper, dessinateur de presse à la retraite qui vit à la campagne avec sa femme catatonique. Au retour d’une excursion chez Jasper, il est enlevé par son ex-femme Julian qui dirige le groupuscule des Poissons. Elle lui demande d’obtenir auprès de son cousin, un ministre du gouvernement, un sauf conduit vers la côte afin d’exfiltrer Kee, une jeune réfugiée africaine. Théo accepte et l’accompagne. Mais sur le chemin, ils tombent dans une embuscade, prélude à un périple hasardeux placé sous le sceau de la violence.

Certains films sont dans l’air du temps, d’autres font office de véritables lanceurs d’alerte. Les Fils de l’Homme cumule les deux caractéristiques, offrant une chambre d’échos à des peurs et des maux contemporains. Usant du registre de la dystopie, le film d’Alfonso Cuarón donne en effet une image très pessimiste de l’avenir, aggravant les effets des problèmes actuels et remettant en mémoire quelques faits tragiques du passé. Par son traitement très réaliste, le futur des Fils de l’Homme s’apparente à un documentaire ou à un reportage de guerre. La qualité de la photographie, la composition des décors, les couleurs froides, le découpage des plans, tout concourt à donner l’illusion de la réalité. Le film n’en demeure pas moins une fiction, brassant quelques uns des thèmes qui font débat et agitent nos sociétés en apparence policée. Paupérisation, ghettoïsation, terrorisme, pandémies, catastrophes climatiques, infantilisation de l’opinion via les médias, scandales alimentaires, évolution autoritaire de la démocratie et immigration massive, le film dresse le portrait convaincant d’un futur en proie au chaos. Seule la question de l’infertilité féminine m’a laissé quelque peu dubitatif. Certes, les effets des perturbateurs endocriniens sont avérés, mais j’avoue qu’en limiter l’action sur les femmes ne m’a pas convaincu. A posteriori, je me demande cependant s’il ne faut pas voir dans cet argument scénaristique, comme une sorte de métaphore d’une humanité qui ne croit plus en l’avenir.

fils-de-l-homme-2006-24-gD’aucuns pourraient reprocher à Cuarón de forcer le trait et de faire dans la caricature. Sauf qu’à la lumière de l’actualité, certaines des propositions du réalisateur prennent une drôle de résonance, un peu comme si les faits étaient en train de se conformer au scénario imaginaire. D’un côté, cela démontre l’acuité de la vision des scénaristes et du réalisateur. Mais d’un autre, le constat met également en évidence l’incapacité de l’humanité à infléchir le cap, même arrivée au bord du gouffre. Quant au dénouement, quoi que l’on en dise, je le trouve juste parfait. Alfonso Cuarón propose une fin ouverte, laissant ainsi libre cours à toutes les interprétations. Les optimismes y verront la possibilité d’un nouveau départ offert à l’Humanité par l’intermédiaire d’une réfugiée africaine. Une sorte de rédemption. Une jolie remise en cause du paradigme dominant et un rappel du foyer originel de l’humanité. Les pessimistes y percevront un désespoir absolu. Maintenant, choisis ton camp, camarade…

fils-de-l-homme-2006-24-g3Les Fils de l’Homme (Children of Men, 2006) de Alfonso Cuarón

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10 réflexions au sujet de « Les Fils de l’Homme »

  1. C’est l’un de mes films de science-fiction préférée… Même si je ne suis pas d’accord avec le postulat qui veut que chacun se replie sur soi avec la fin de la natalité. Pour moi, afin de conserver la croissance d’un pays il faut coûte que coûte attirer une nouvelle population pour faire face à l’absence de naissance et dans le film, c’est le contraire qui se passe. Plus de nouveau-nés, des pays qui se meurent et qui au lieu de tout faire pour attirer des gens, ces pays se referment sur eux-mêmes…

    • Salut,
      Le postulat du repli sur soi ne m’a pas choqué, du moins pas autant que l’infertilité féminine. Le repli sur soi me semble un réflexe naturel en période de crise. L’étranger est perçu comme une menace, une source supplémentaire de problèmes (il n’y a qu’à voir la situation actuelle en Europe). De plus, je crois que l’infertilité est mondiale dans le film. Mais, je peux me tromper.

      • Oui elle est mondiale… Donc les pays devraient se battre pour attirer une nouvelle population afin de ne pas disparaitre.

  2. Le troisième film de s.-f. qui m’ait vraiment marqué, après 2001 et Blade Runner.
    Pour moi, peu importe que l’infertilité féminine soit discutable. Je vois plutôt l’histoire et son argument comme le fantasme d’un futur noir, désagrégé par l’accumulation de nos erreurs d’humains. Une vision possible, pas forcément inéluctable, mais décidément possible. C’est ce qui fait, à mes yeux, toute la force du film.
    Et puis, Clive Owen est vraiment impressionnant.

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