Philip K. Dick goes to Hollywood

Honneur à la forme courte avec ce petit recueil offert pour l’achat de deux titres parus chez ActuSF. Dépêchez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde.

Léo Henry figure en bonne place dans mon panthéon personnel des auteurs français de l’Imaginaire. Aux côtés de Catherine Dufour, de Jérôme Noirez ou de Thierry Di Rollo, excusez du peu, il tient avec talent sa place, ne m’ayant que très peu déçu jusqu’à présent. Certes, j’apprécie beaucoup d’autres écrivains, mais aucun ne me procure autant de plaisir que ce quatuor dont je goûte chaque mot et phrase avec délectation.
Délaissons ces considérations intimes dont vous vous souciez comme de la dernière chemise d’un DRH d’Air France, pour revenir à Léo Henry. Découvert dans l’anthologie Retour sur l’Horizon, avec un texte pour lequel il a été primé si je ne m’abuse, le bonhomme n’a cessé depuis de s’engager dans des projets originaux et enthousiasmants. Les nouvelles par email, « Le Naurne », le cycle de Yirminadingrad semblent unis par l’envie d’écrire pour donner jour à un univers de fiction plus grand que la réalité telle qu’on la relate dans l’Histoire officielle. À l’instar de Paco Ignacio Taibo II, l’auteur français paraît ainsi vouloir composer une version hybride de la réalité et de l’Histoire, puisant son inspiration dans la littérature et le cinéma, culture populaire y comprise.

Philip K. Dick goes to Hollywood creuse ce sillon, Léo Henry laissant de surcroît libre cours à l’une de ses marottes, l’exercice de style référencé, volontiers parodique. En cinq nouvelles, il met ainsi en scène Philip K. Dick, les Beatles, Lemmy Kilmister, Bobby Fisher, Dziga Vertov, Jean Vigo et <alerte spoiler>le capitaine Haddock <fin de l’alerte spoiler>, redessinant l’histoire du cinéma, de la musique et de la bande dessinée.
« Philip K. Dick goes to Hollywood » évoque la lente élaboration de Blade Runner au cinéma. Raconté à la manière d’une correspondance dont on n’aurait que la part écrite par Dick, ce court texte s’amuse de la paranoïa de l’auteur et du délire mystique de la fin de sa vie. L’exercice s’adresse surtout aux connaisseurs qui ne resteront sans doute pas insensibles aux nombreux clins d’œil. Hélas, c’est sur ce point qu’il montre ses limites.
« Meet the Beätles » s’apparente à une sorte de récit rock, écrit à la manière de Please Kill me. On y découvre le devenir du groupe après la mort accidentelle de McCartney en 1967 et son remplacement par Lemmy Kilmister. Voici sans doute le premier point d’orgue du recueil. Un point d’orgue à la tonalité lourde et métallique, avec un clin d’œil au Maître du Haut-château en guise de bonus.
Extrait des nouvelles parues par email, « Les Règles de la nuit » s’adresse à un lectorat féru d’histoire du cinéma. Léo Henry évoque la genèse d’un film imaginaire par un auteur d’avant-garde bien réel. À réserver aux érudits.
Récit éminemment dickien, « F6 !! ou la Transfiguration de Bobby J. Fischer » nous projette littéralement dans la tête du célèbre champion d’échec Bobby Fisher, dont la vie ressemble à tous points de vue à celle d’un personnage de roman ou de film. Pas étonnant qu’il ait été rattrapé par la fiction, faisant l’objet de moult adaptations littéraires et cinématographiques, notamment ici celle de Léo Henry. Cette variation autour du bonhomme apparaît comme le second point d’orgue du recueil. Le génial joueur d’échec, amateur des polémiques bien nauséabondes, y connaît une angoisse existentielle terrifiante, doutant de sa nature humaine et craignant être l’objet de puissances occultes. Dickien, on vous a dit !
« No se puede vivir sin amar », autre nouvelle parue par email, achève le recueil sur un note légère. Sorte d’épisode de <alerte spoiler>Tintin<fin de l’alerte spoiler>, où le héros éponyme et son chien auraient été évacués, le récit met en scène un <alerte spoiler>capitaine Haddock <fin de l’alerte spoiler> poursuivi par des émules des M.I.B.

Bref, Philip K. Dick goes to Hollywood se révèle une lecture réjouissante, à mi-chemin de l’uchronie et de l’exercice ludique. Ruez-vous dessus, quitte à braquer le possesseur de l’objet.

philipkdick_hollywoodPhilip K. Dick goes to Hollywood de Léo Henry – Éditions ActuSF, collection « Les Trois Souhaits », octobre 2015

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7 réflexions au sujet de « Philip K. Dick goes to Hollywood »

  1. C’est vrai qu’elle était chouette, la nouvelle de Léo « Bulero » Henry dans Retour sur l’horizon.
    D’ailleurs je l’ai un instant confondue avec celle publiée dans « UTOPIALES 14 », vu comment tu nous l’as vendue.
    Alors plutôt que de nous inciter à sombrer dans la délinquance pour nous procurer L’étroit souhait, peux tu nous suggérer les 2 ouvrages ActuSF à acquérir pour se faire offrir suissi ?
    A moins qu’il soit possible de l’acheter ?
    En effet, grâce à tous vos blogs littéraires à la con, ma bibliothèque de Babybel est saturée de non-lu.
    http://johnwarsen.blogspot.fr/2016/01/la-bibliotheque-de-babybel-2.html

    Cordialement

    • Justement Fe6 !! est paru dans l’antho Utopiales 2014. Les seuls inédits sont « Philip K. Dick goes to Hollywood » et « Meet the Beätles« .
      Des suggestions d’achat ? Pfff, je ne sais pas. Perso, j’ai récupéré les rééditions du Ligny et du Ligny/Mandy. Après, si tu apprécies le genre, le Guide de l’uchronie est très bien. Le Del Socorro aussi, dans le genre fantasy historique.

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