Le Temps des Grandes Chasses

Roman populaire dans la meilleure acception du terme, Le Temps des Grandes Chasses ne déparerait pas dans la collection « Anticipation » du Fleuve noir. Intrigue linéaire et sans surprise, personnages archétypaux dotés d’une once de complexité (pas trop quand même), rythme soutenu et propos moraliste, Jean-Pierre Andrevon développe une vision du futur et de l’Histoire dont on peut discuter, voire s’agacer. Mais on le sait, l’auteur n’est pas adepte du consensus, un fait dont je ne me plaindrais pas, n’étant pas moi-même fan de ce type de renoncement. Si l’humour caustique reste encore homéopathique avec ce deuxième roman paru chez Denoël, Jean-Pierre Andrevon montre déjà des qualités réjouissantes pour la satire.

L’argument de départ se révèle pourtant d’une platitude accablante. Dans un futur lointain, la Terre est retournée à un état de jachère après une apocalypse que l’on devine nucléaire. Sur un monde désormais vert, les survivants sont organisés en petites communautés se contentant de ce que la nature leur offre et remettant leur vie entre les mains du Destin.
Roll et les siens vivent dans la forêt profonde qui recouvre désormais le Nord-Est de la France. Appartenant au clan des hommes, il est en charge de la chasse pour les habitants du Lieu et s’acquitte de sa tâche avec efficacité, entre deux parties de bête à deux dos avec sa compagne Réda. Aussi loin que s’étend sa mémoire, le clan des hommes a vécu en symbiose avec la nature, chaque jour succédant à un autre, fondu dans un présent éternel. Jusqu’au moment où débarquent les Chasseurs Brillants et leurs armes terrifiantes. Son clan décimé, Roll et sa compagne sont enlevés, puis séparés, prélude à un long voyage vers le monde gris, la planète des envahisseurs, où Roll devient gladiateur pour le plus grand plaisir de ses habitants.

On ne peut pas dire que Le Temps des Grandes Chasses m’a enthousiasmé. Disons juste que l’histoire se laisse lire sans déplaisir. Histoire, récit post-apocalyptique, space opera, Jean-Pierre Andrevon mélange les différents registres pour mettre en scène l’opposition entre civilisation et nature, affichant sa préférence pour la seconde.
L’existence de Roll et des siens semble se réduire à un amour de la vie et de la liberté, certes non exempt de clichés. Face à cela, la civilisation d’Orum apparaît comme le lieu de tous les vices. Un monde ayant érigé la cruauté en loisir pour domestiquer les foules oisives et leur faire oublier une vie dépourvue de sens. Rousseauiste Andrevon ? Sans aller jusqu’à l’affirmer, on peut juste constater avec quelle facilité le primitif s’adapte au mode de vie civilisée avant de retourner sans regret vers la vie sauvage, même si certains de ses compagnons se laissent séduire par les pires travers de la civilisation. On cherche d’ailleurs un aspect positif dans la description que l’auteur français fait d’Orum. La planète s’avère un repoussoir intégral.
Orum, c’est l’Europe. Une planète colonisée par l’humanité, en proie à la surpopulation, la pollution, l’esclavagisme, la ségrégation sociale et à la dévolution. Orum, via son maître des grandes chasses Ern Ozim, fait de la Terre une réserve dans laquelle puiser de la main d’œuvre servile et de la chair à gladiateur. Mais, dans un pied de nez du Destin, le chasseur devient finalement la proie d’un prédateur amplement plus puissant qui tire un trait définitif sur l’Histoire.

« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie. Ni Spengler ni Marx. »

Dans une citation mise en exergue, Jean-Pierre Andrevon renvoie dos à dos Marx et Spengler, manière pour lui d’afficher son scepticisme envers leurs conceptions de l’Histoire. Serait-il partisan de la fin de l’Histoire ? Au regard de ses autres œuvres, la question mérite d’être posée.

le-temps-des-grandes-chasses-328110-250-400Le Temps des Grandes Chasses de Jean-Pierre Andrevon, Éditions Denoël, collection « Présence du futur », 1973 (réédition Bragelonne, 2009)

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