Dans les Espaces Déjantés

Allez ! Un peu de fun, de détente, d’aventures sans prise de tête sur ce blog dépressif. Je tiens à m’excuser par avance pour les extraits de littérature populaire qui jalonnent cette longue recension.

StolsAlors que les flottes spatiales des États-Unis et de l’URSS s’apprêtent à s’affronter durant la Troisième Guerre atomique, un mystérieux astronef vient semer le trouble. Il force les défenses terrestres pour aller rechercher deux espions extra-terrestres qui viennent de semer les germes d’une épidémie meurtrière. Puis il repart, emportant dans sa fuite quelques échantillons humains glanés parmi les combattants. Direction la planète Stol IV, un monde exposé aux radiations d’un soleil mourant. Parmi les captifs, on trouve le commodore Jord Maogan, un spécimen dont la belle allure a tapé dans l’œil d’une des extra-terrestres…

« Très grand et appartenant au type celte, Maogan en possédait les caractéristiques essentielles : un visage aux pommettes hautes, de grands yeux clairs légèrement obliques dont la couleur pouvait changer suivant l’humeur du moment, une chevelure d’un blond doré. Breton d’origine et lointain descendant des corsaires de Saint-Malo, il avait saisi une paire de jumelles et observait la « chose » à travers le hublot. Il faudrait virer à 180 et fuir ce truc-là en passant à la quatrième vitesse cosmique. »

Premier volet du cycle de Jord Maogan, Les Stols apparaît comme le moins intéressant des trois titres inscrits au sommaire de cet omnibus. Dépourvu de temps morts, le récit pâtit d’un dénouement hâtif, pour ne pas dire bâclé, d’une intrigue simpliste et datée. Les péripéties peinent à faire oublier des personnages lourdement stéréotypés, une imagerie qui hérisse le poil et l’indigence globale de l’histoire. Reste un artifice narratif permettant d’introduire une pincée d’ironie dans un récit qui se cantonne exclusivement au premier degré.

Ysée-ATrois siècles plus tard, L’Empire terrien connaît son printemps comme d’autres civilisations spatio- pérégrine avant lui. Toujours vivant grâce à une longévité accrue obtenue dans l’épisode Les Naufragés d’Alkinoos, Jord Maogan est envoyé en mission d’exploration sur la planète Cirva. Il y réveille une entité antédiluvienne, cachée là depuis des éons pour échapper à un ennemi mortel. Aussitôt, elle s’empare du contrôle du vaisseau du héros et décide de placer sous sa coupe l’humanité entière en utilisant le pouvoir de fascination de sa compagne Ysée-A.

« Comme un gigantesque cœur qui ne cesse de battre, l’univers connaît des phases d’expansion suivies de phases de rétractation. Complètement rétracté, l’univers n’est guère plus gros qu’une boule de billard. Mais cependant, la vie ne le quitte pas. Inséparable de l’univers, la vie ne finira qu’avec lui. »

Avec Ysée-A, on accomplit un bond qualitatif faramineux. Quatrième volet de la saga après Les Naufragés de l’Alkinoos et Les Whums se vengent, le récit se place d’emblée dans une perspective cosmique. Les aventures de Jord Maogan se retrouvent ainsi enchâssées dans un contexte spatio-temporel beaucoup plus large, ravalant l’essor de l’humanité à un tressautement mineur sur l’échelle du temps long de l’univers. Un couple joue le rôle des Grands Méchants de l’histoire, tentant d’assujettir l’humanité grâce à leurs pouvoirs psychiques. Mais le deus ex machina final, s’il n’excuse pas leurs actes, permet en partie d’en relativiser la portée, désamorçant par la même occasion l’apparent manichéisme de l’intrigue.

sterga_la_noireJord Maogan a disparu ! Le héros increvable est même donné pour mort auprès de ses supérieurs. Pour trouver la raison de ce drame, la Cosmic Force dépêche sur place son meilleur agent. Mais les zones extérieures situées au-delà de la planète Sterga sont une région périlleuse de l’espace. Surtout dans le voisinage de la mégacorporation McDewitt.

 

 

« Le chef Darmore de la patrouille nous fixa de ses yeux roses où luisait la haine. Je suis chargé par la direction de vous conduire à vos appartements. En principe, les gens de la Force de Sécurité cosmique ne sont pas admis en ville en raison des incidents qu’ils pourraient provoquer. Je croyais que la Confédération était constitués de libres républiques, ironisa Karl. Le mufle massif du Darmore se plissa. Il réprima un instant sa fureur, mais on le sentait prêt à cogner à la moindre occasion. Sterga est une propriété privée. Et, pour le moment, c’est moi qui commande. »

Si Sterga la Noire montre les mêmes qualités générales que Ysée-A, je le trouve personnellement un cran au-dessus. Cette fois-ci, la menace ressort de l’humanité elle-même, et non d’un envahisseur alien. Plus critique, le roman vise le libéral-capitalisme incarné ici par la mégacorporation McDewitt. L’entreprise dont la devise proclame que « tout ce qui est bon pour la société Mac Dewitt est bon pour la Confédération » agit sans se préoccuper de l’éthique, si ce n’est celle de ses intérêts particuliers. Pour ses dirigeants, les planètes ne semblent être que des filons à épuiser, les espèces extra-terrestres étant à passer au compte des pertes et profits.
Réduit à la figuration, Jord Maogan cède la place à un nouveau protagoniste, Stephan Drill, chargé par ses supérieurs de mener l’enquête dans les zones extérieures. Au cours de sa mission, l’agent de la Cosmic Force découvre sa véritable nature, abandonnant dans le même temps toutes ses illusions.
Sterga la Noire repose sur une inversion de perspective maline qui fait de ce volet le point d’orgue de la série. Un must !

Après P.-J. Hérault et le couple Le May, je poursuis ma découverte des classiques du Fleuve noir. Mon choix s’est arrêté cette fois-ci sur une figure révérée de la mythique collection « Anticipation », un auteur n’ayant pas moins de vingt-et-un romans à son actif dont certains gardent toujours une bonne réputation.
Louis Thirion jouit en effet d’une certaine aura auprès des lecteurs du FNA. Apprécié de Roland C. Wagner qui signe la postface (disponible ici), il se distingue de ses collègues littérateurs populaires par une approche moins naïve et moins premier degré du space opera. Pour autant, il ne fait pas dans le demi-mesure et dans la retenue. Il apprécierait même plutôt la démesure, transposant à la fin des années 1960 et au début de la décennie suivante l’esprit des pulps de l’âge d’or américain.
Pour goûter cette science-fiction, mieux vaut laisser son cerveau au frigo (avec la vodka) pour apprécier les couleurs chatoyantes de l’univers et les menaces indicibles qu’il abrite, sans oublier les multiples espèces dont l’apparence ferait tressaillir de nervosité un adepte de Star Wars. Bref, vous voyez un peu le spectacle…
Avec son héros récurrent Jord Maogan, Louis Thirion acquitte son tribut au pulp sans démériter, livrant un divertissement anachronique à une époque où la SF expérimente bien d’autres pistes. Il le fait avec suffisamment de talent pour ranimer les mânes d’Edmond Hamilton, Jack Williamson, « Doc » E.E. Smith et Leigh Brackett. Au fil d’une série comportant six titres, avec des hauts et des très bas, il dessine une histoire du futur un peu foutraque, ne manquant certes pas de charme, mais qui sait prendre un peu de distance avec les poncifs du genre.

Additif : Je conseille le marché de l’occasion aux éventuels curieux. 0,9 euros le titre (sans compter les frais de port).

Espaces_déjantésDans les Espaces Déjantés de Louis Thirion – Réédition Critic, collection « La Petite Bibliothèque SF », 2015 (Omnibus regroupant trois romans : « Les Stols », « Ysée-A » et « Sterga la Noire »)

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