Si tous les dieux nous abandonnent

Valmont, au fin fond de nulle part.
Ici, la ruralité n’est pas riante. Jean-Jacques Rousseau aurait bien du mal à y trouver un spécimen pour illustrer l’innocence de l’état de nature. La bourgade exhale la bêtise crasse, les rancœurs moisies, la violence latente et la frustration. On y épie le voisin, on y entretient les ragots et on s’assomme le week-end venu, à la terrasse du Moonlight. Jusqu’au jour de l’arrivée de Céline, pauvre fille fuyant un traumatisme récent. De quoi allumer le désir dans les regards, réveiller les jalousies et ranimer les mauvais souvenirs.

Si tous les dieux nous abandonnent prouve, s’il est encore nécessaire de le faire, que la campagne abrite de nombreux angles morts où végète une humanité en proie à ses instincts. Nul besoin d’aller s’enfermer dans une ville pour côtoyer l’ignominie, le quart-monde et la violence. Dans le sillage des maîtres américains et européens (personnellement, j’ai pensé plus d’une fois à Pierre Pelot), Patrick Delperdange dépeint un microcosme toxique, engagé sur la voie d’une déchéance inéluctable et totale. Des hommes et des femmes hantés par leur passé et soumis à leurs pulsions.

En me lisant, d’aucuns pourraient croire que j’ai beaucoup aimé Si tous les dieux nous abandonnent. Pourtant, malgré des prémisses engageantes, je retire de ce roman une impression très mitigée.
La faute à une intrigue dont le fil s’effiloche dans les soixante-dix dernières pages. Le récit s’y délite, accumulant les ellipses au point de susciter plus d’interrogations que de réponses. Patrick Delperdange rompt ainsi le huis clos asphyxiant, l’étude de mœurs prometteuse, et amorce une sorte de road novel ne débouchant que sur un final nébuleux et symbolique.
Que reste-il alors ? Une atmosphère sordide d’une noirceur étouffante. Une écriture tirée au cordeau, sans fioriture, efficace dans les descriptions, et diablement évocatrice. Une histoire simple portée par trois voix, celles de Céline, Léopold et Josselin. L’épouse, le père et le fils bâtard. Un trio criminel bien loin de la sainte trinité et qui, au-delà des différences de génération, nous ramène au péché originel.

Bref, j’ai refermé le livre avec un sentiment d’inachèvement, l’impression que la montagne avait accouché d’une souris. Dommage…

si tous les dieuxSi tous les dieux nous abandonnent de Patrick Delperdange – Éditions Gallimard, « Série Noire », janvier 2016

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