Hécatombe chez les élues de Dieu

Petit plaisir coupable, Hécatombe chez les élus de Dieu tient toutes les promesses esquissées par une quatrième de couverture aguicheuse à souhait. Troisième titre de la série « Bir Hop-Çiki-Yaga polisiyesi » (« Les Plaisants Mystères policiers turcs »), le roman de Mehmet Murat Somer met en scène un personnage récurrent pour le moins atypique et quelque peu provoquant dans une Turquie marquée par la morale musulmane, malgré une laïcité de façade. Jugez par vous-même.

Burçak ne craint pas d’afficher son appartenance à la communauté LGBT d’Istanbul. Le jour, il met ses compétences informatiques au service de clients soucieux de protéger leurs données sur Internet, hackant à l’occasion les fâcheux de tous poils. La nuit, il se transforme en brune incendiaire, rejoignant les autres « filles » dans son club situé à Beyoglu, le quartier chaud de la métropole du Bosphore. Gay jusqu’aux bouts de ongles, son modèle demeure Audrey Hepburn et il n’hésite pas à donner de sa personne pour séduire les beaux mecs venus s’encanailler. Très attaché à sa communauté, il décide de se substituer à la police pour enquêter sur une série de meurtres touchant des travestis dont le prénom s’inspire de celui d’un prophète. De quoi se ménager quelques nuits blanches, fertiles en rebondissements et rencontres fâcheuses. Mais, Burçak est tenace, prêt à toutes les audaces pour mettre un terme aux agissements du sérail killer.

Malgré une intrigue convenue, Hécatombe chez les élues de Dieu se distingue heureusement par un personnage principal baroque, narrateur non dépourvu d’humour d’une enquête dont on devine assez rapidement le coupable. Pas de doute, le roman de Mehmet Mural Somer vaut surtout pour sa galerie de personnages haut en couleur, de la folle inspirée du personnage de Zaza Napoli, incarné par Michel Serrault au cinéma, au hacker handicapé, sado-maso cachant son vice derrière une façade rigoriste. Par son rythme enlevé et sa description documentée de la communauté gay, l’auteur étant lui-même homosexuel on peut lui accorder crédit, Hécatombe chez les élues de Dieu se lit avec un plaisir communicatif.
Sur un ton oscillant entre parodie et réalisme cru, l’auteur nous dévoile une facette insolite d’Istanbul, loin des quartiers muséifiés et des mosquées, remplaçant le chant du muezzin et les hymnes nationalistes à la gloire d’Atatürk par le rythme syncopé des morceaux à la mode dans le quartier chaud de Beyoglu.

Bref, voici de quoi se distraire, tout en restant conscient que sous les paillettes et l’amusement, le rapport à la société turque et à la religion musulmane des homosexuels, des transsexuels et des travestis  reste marqué par l’ambiguïté.

hecatombe_elues_dieuHécatombe chez les élus de Dieu (Peygamber Cinayetleri, 2003) de Mehmet Murat Somer – Réédition 10/18, « Domaine policier », 2010 (roman traduit du turc par Gökmen Yilmaz)

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