Taxi Driver

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« Brooklyn ressemblait à des dents jaunes dépassant de la morsure du fleuve. »

Taxi Driver de Richard Elman partage avec 2001, L’Odyssée de l’espace de Arthur C. Clarke le périlleux privilège d’avoir été écrit parallèlement au scénario d’un film que l’on peut qualifier sans craindre l’anathème, y compris celui des esprits chagrins, de chef-d’œuvre. Quarante ans après la sortie du long métrage de Martin Scorsese, le roman a enfin fini par être traduit dans l’Hexagone.

« Pas d’amour dans ma vie sauf la mort. »

Inutile de rappeler l’histoire de Taxi Driver, le moindre cinéphile la connaît par cœur. Sur ce point, la version romancée ne varie pas d’un iota. Quel intérêt à la lire me dira-t-on ? La curiosité, en premier lieu, et puis l’envie de s’immerger à nouveau, via un autre médium, dans l’univers mental de Travis Bickle.
De ce point de vue, Taxi Driver est une réussite. En dépit de quelques tournures poétiques, Richard Elman a retranscrit le personnage jusque dans ses tics de langage et son regard désabusé sur la comédie humaine. On est littéralement aspiré par la prose maladroite et la détresse du bonhomme, à tel point que l’on a l’impression de lire le journal d’un conducteur de taxi réel, ancien combattant du Vietnam n’arrivant pas à trouver ses repères dans un pays qui se fiche de son sacrifice et de sa souffrance psychologique.
Le parlé de Travis Bickle est cru, brut de décoffrage. Il fleure bon la rue où il travaille et ne s’embarrasse pas de circonvolutions. Pour Travis, New York est un égout à ciel ouvert qu’il faut purger de ses immondices, prostituées, macs, toxicomanes et dealers y compris. Mais, la société et ses idéaux ne valent guère mieux. Individualiste, conformiste, superficielle, elle abandonne les marginaux à leur sort, les rejetant après s’en être servi sans vergogne. Au volant de son taxi, Travis voit passer les gens et entend les histoires qu’ils se racontent. Elles glissent sur lui, contribuant à son dégoût et à la montée de sa paranoïa. Sur l’écran noir de ses nuits blanches, il essaie d’écrire sa propre vie, tentant de lui donner un sens. Devenir enfin quelqu’un de réel, quelqu’un qui compte pour autrui. Si son journal sert d’exutoire à ses frustrations, il témoigne surtout de la profondeur de sa dépression et de sa haine de l’existence.

Au final, Taxi Driver est le voyage au bout de l’enfer, voire le voyage au bout de la nuit (toutes les références cinématographiques et littéraires sont assumées) d’un pauvre type, vétéran de la guerre du Vietnam déboussolé, à la recherche d’un sens à sa vie. Et si le roman n’atteint pas la violence paroxysmique du film, il n’en demeure pas moins une variation intéressante, certes sur un mode mineur, du trajet d’un marginal évoluant sur le fil du nihilisme.

Taxi-driverTaxi Driver (Taxi Driver, 1976) de Richard Elman – Éditions inculte, 2013 (roman basé sur le scénario de Paul Schrader, traduit de l’anglais [États-Unis] par Claro)

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