Le Choix

Poursuivant mon exploration de la nouvelle collection « Une Heure-Lumière » au Bélial’, j’ai opté pour Paul McAuley, laissant de côté Vernor Vinge et son Cookie Monster. Un choix (ahah !) dicté par un penchant tenace pour l’auteur britannique. Que ce soit dans l’uchronie ou le New Space Opera, voire le thriller futuriste, j’avoue en effet que Paul McAuley parvient régulièrement à titiller mon imagination, même s’il ne me convainc pas toujours pleinement.

Le choix appartient au cycle « Jackaroo », hélas traduit de manière incomplète dans nos contrées. Si l’on veut trouver satisfaction, il faut aller chercher du côté de la revue Bifrost où est paru la nouvelle L’Homme, et dans l’anthologie « Le Nouveau Space Opera » où l’on trouvera au sommaire Gagner la paix. Pour le reste, plusieurs autres nouvelles et deux romans, renvoyons les éventuels curieux vers la langue de Shakespeare.

Quid de l’histoire ? Après avoir flirté avec la catastrophe, l’humanité a été contactée par les Jackaroos, des extra-terrestres pacifiques qui ont offert un exutoire à ses tendances auto-destructrices, via un trou de ver ouvert sur l’infini et au-delà (on croirait du pixar). Ce premier contact a facilité également les transferts de technologie, permettant d’atténuer en partie les effets nuisibles de l’anthropocène. Un cadeau empoisonné aux yeux des multiples sites complotistes persuadés de la duplicité des autorités et de leur collusion avec les Jackaroos. Dans le sillage de cette première rencontre, d’autres espèces spatio-pérégrines ont visité la Terre, essaimant à leur tour des artefacts incompréhensibles, renforçant les uns dans leurs certitudes et les autres dans leur méfiance.

Le Choix s’attache à deux adolescents, copains et voisins depuis l’enfance. Lucas vit dans une caravane avec sa mère alitée, ancienne pasionaria écologiste vouant les Jackaroos et leurs semblables aux gémonies. Damian subit les sautes d’humeur de son père, un aquaculteur violent et tyrannique. Les journées sont longues et monotones dans cette partie de l’Angleterre en proie à la submersion, dérèglement climatique oblige. Aussi, lorsque les deux jeunes garçons apprennent qu’un dragon s’est échoué non loin de là, ils embarquent dans un petit esquif et font voile vers cet artefact extraterrestre mystérieux.

Je ne peux pas dire que Le Choix soit un récit époustouflant, propre à aguicher le sense of wonder. Bien au contraire, la nouvelle joue plutôt sur la psychologie des personnages, deux adolescents qui, arrivés au carrefour de leur existence, doivent se choisir un avenir. L’étrangeté de l’artefact extraterrestre, le fameux dragon, n’opère qu’à la marge, la faculté de l’humain à définir et redéfinir son destin prévalant sur toute autre considération. Damian ne pense qu’au profit qu’il peut tirer de l’aventure, quitte à braver l’inconnu. Mais ce choix l’expose aux convoitises d’individus dangereux, intéressés par les bénéfices immédiats d’une technologie étrangère. Lucas semble le plus mature, même si son amitié avec Damian détermine en partie sa conduite. Il n’est manifestement pas dupe, ni de la propension à l’obscurantisme de sa mère, ni du miroir aux alouettes représenté par le dragon.

De par son tempo nonchalant, son atmosphère et le traitement assez fin de ses personnages, Le Choix s’impose comme une grande réussite, du moins à mes yeux. Paul J. McAuley joue avec le registre du roman d’apprentissage d’une manière assez juste, déroulant un questionnement au final très humain. À la manière des conteurs américains, tels Mark Twain ou Stephen King, il évoque avec finesse la période de l’adolescence, faisant des rêves de Damian et Lucas, de leurs velléités d’indépendance et naïveté intrinsèque, un récit tragique, un tantinet initiatique, dont le dénouement se révèle en fin de compte optimiste.

Après l’âpre Dragon et le banal Nexus du Docteur Erdmann, Le Choix déploie ainsi une petite musique bien sympathique, dans un registre sensible et humain bienvenu, justement récompensé par un prix Sturgeon en 2012.

Suite et fin de mon parcours à une Heure-Lumière de chez moi, bientôt. Avec Cookie Monster. Patience…

Le choixLe Choix (The Choice, 2011) de Paul J. McAuley – Éditions Le Bélial’, collection « Une Heure-Lumière », février 2016 (nouvelle traduite de l’anglais par Gilles Goullet)

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