Histoire de la Résistance

Objet d’étude tout autant que citadelle mémorielle, la Résistance reste en France un enjeu disputé et discuté. Un terrain propice aux manipulations partisanes, faute d’être devenue, comme dans certains pays, une autorité morale, au-dessus des partis, amenée à jouer un rôle d’arbitre.

Dans son essai, Olivier Wiewiorka propose une éclairante synthèse sur l’armée des ombres. D’une plume agréable et lisible, il fait ainsi œuvre de vulgarisateur rendant limpide pour le plus grand nombre un sujet dont on n’a pas encore fini d’épuiser la matière. Dans un préambule clair, l’historien rappelle que le propos de son livre porte sur la Résistance-organisation et non sur la Résistance-mouvement. Il laisse volontairement de côté les mouvements d’humeur et autres actes individuels dictés par les circonstances, les aléas du quotidien et les états d’âme d’une population tiraillée entre sa décence commune, la pression de Vichy et les forces d’occupation.

Issue avant tout de la société civile, la Résistance doit son existence à bien peu. Des actions individuelles, ponctuelles, dont la somme finit par dessiner la cartographie des premiers réseaux. Après la défaite et l’armistice, les divers corps constitués pointent en effet aux abonnés absents. Partis politiques comme syndicats s’effacent, quand ils ne sont pas simplement interdits par Vichy, emportés par la débâcle et la chute de la République. Dans ce désert politique, le maréchal Pétain et son gouvernement s’imposent sans guère de résistance… Ni l’attitude ambiguë des communistes, empêtrés dans le pacte de non agression et une stratégie de lutte des classes, ni la faible audience du général De Gaulle, dont les positions ne sont pas claires, du moins au départ, ne semblent constituer un pôle d’opposition à l’hypothèque vichyste.

Dans ce contexte, la Résistance apparaît bien comme l’œuvre d’une minorité. Une minorité divisée, fractionnée en groupuscules aux moyens et aux capacités limitées. On ne s’improvise pas résistant, surtout sans connaissances pratiques, de celles utiles pour mener la guerre secrète. Les apprentis résistants se cantonnent donc, sauf exception, à la propagande. Ils opposent à la désinformation de Vichy une autre voix, un autre choix. Et ils espèrent éviter le basculement de la population dans le camp de l’innommable, celui de la xénophobie, de l’antisémitisme et de l’idéologie fasciste.

La Résistance apparaît d’emblée comme un choix personnel dicté pour des raisons très différentes. Il en ressort un pluralisme des réseaux où l’homme de gauche et l’humaniste progressiste peuvent croiser la route du catholique fervent, voire de l’ancien militant de l’Action française. Et je ne parle même pas du cas des vichysto-résistants. Il en résulte un antagonisme parfois féroce entre les mouvements, antagonisme dont Jean Moulin fera l’expérience et les frais durant sa mission. À ce propos, la formation du CNR relève bien d’une négociation âpre entre les différentes composantes de la Résistance. Et si les mouvements intérieurs obtiennent des garanties – le fameux programme de la Résistance – et des armes, ils sont obligés d’accepter le retour des partis et syndicats, et doivent s’accommoder des manigances du parti communiste, sans cesse en situation de double jeu. Du reste, les gaullistes ne paraissent pas moins manipulateurs. Bref, on est loin de la belle unanimité prévalant autour du mythe de la Résistance, au lendemain de la guerre.

L’essai d’Olivier Wiewiorka a également le mérite de faire le point sur le rôle de la Résistance dans la victoire. Contrairement aux idées reçues, les mouvements intérieurs n’ont pas été cette épine dans le pied des Allemands, du moins pas autant qu’en URSS ou en Yougoslavie où manœuvrent des armées de partisans. Il semble même que le rôle des maquis ait été tout à fait négligeable en France. Mal armés, et pour cause puisque les alliés comme De Gaulle se montraient très méfiants vis-à-vis de ces foyers d’insurrection, les maquis n’ont jamais constitué une menace ni pour l’occupant, ni pour Vichy. L’instauration du STO n’a pas été davantage un réservoir de combattants pour la Résistance, beaucoup de réfractaires optant pour la planque. De toute façon, les maquis auraient été bien en mal d’accueillir, de nourrir, d’équiper et de former au combat cette masse humaine. À vrai dire, le véritable apport de la Résistance a été celui du renseignement. Source d’information essentielle pour connaître le mouvement des troupes et les travaux réalisés par les Allemands, les réseaux ont joué leur rôle aussi au moment du débarquement et de la Libération de la France. Les actes de sabotages ont aidé les alliés, ralentissant les renforts allemands sans toutefois empêcher les durs combats de la bataille de Normandie.

L’armée de l’ombre a eu sa part dans la libération de régions entières, comme par exemple les Alpes. Cependant, en l’absence de ces organisations, les alliés auraient quand même triomphé et reconquis l’Hexagone. Comme on le voit, il faut se garder des généralisations et jouer de la nuance avec constance. Un exercice délicat. S’il faut mettre la pédale douce sur l’action militaire, force est de reconnaître les mérites de la Résistance-organisation au moment de la Libération. L’existence du gouvernement de la France libre et des mouvements intérieurs a sans doute évité un phénomène de guerre civile dont l’épuration apparaît comme un épiphénomène.

Au final, l’Histoire de la Résistance d’Olivier Wiewiorka apparaît comme un ouvrage indispensable. Une mise au point salutaire sur un événement incontournable de l’Histoire de France. Pour autant, on reste frustré par la brièveté de son étude de la mémoire de la Résistance. Quelques titres, quelques œuvres et quelques controverses, vite évoqués au détour d’un chapitre. Il faut se contenter du strict minimum. Dommage… Mais, il n’entrait sans doute pas dans le projet de l’historien de revenir sur cet aspect du sujet.

RésistanceHistoire de la Résistance de Olivier Wiewiorka – Éditions Perrin – février 2013

Publicités

5 réflexions au sujet de « Histoire de la Résistance »

      • Yes, l’attaque de la garnison allemande de St Rambert d’Albon. Drouot l’Hermine a donné l’ordre via mon grand-père – qui était son agent de liaison – de l’attaquer. Ce fut un désastre 9 morts, 4 blesses et 4 maisons incendiées.Son cousin Michel Gervais y a laissé la vie. Les maquisards c’étaient pas les commandos Kuiper.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s