Meurtre à Greenwich Village

L’intime conviction ne pèse pas bien lourd lorsque les emmerdes s’amassent comme des nuages d’orage au-dessus de la caboche.
Les emmerdes, faut croire que Kinkster Friedman, dit Kinky, les recherche. Chanteur de country à la carrière en sommeil, en passe de produire une comédie musicale qu’il écrit lui-même, le bonhomme a d’autres cordes à son arc. Dernièrement, il s’est taillé une flatteuse réputation d’enquêteur privé, à grands coups de gros titres ravageurs, du genre qu’apprécie son pote McGovern, journaliste au Daily News, ça aide pour gérer la communication.
Aussi lorsque ce dernier l’appelle pour l’informer qu’un cadavre git dans son appartement, un bouquet de onze roses à la main, Kinky ne se fait pas prier pour démêler la machination dont McGovern semble la victime. Et, ce ne sont pas la police, un tombereau de preuves puantes et plusieurs tentatives d’assassinat qui lui feront lâcher l’affaire. Kinky a l’intime conviction que son ami est innocent des faits qui l’accablent. Une conviction renforcée par le whisky, quelques cigares bien juteux et le soutien bienvenu de connaissances, parmi lesquelles Ratso, improbable Watson chinant sa garde-robe dépareillée aux puces de Canal Street.

Amateurs d’intrigues policières compliquées, de réalisme noir et de frissons calibrés, passez votre chemin. Avec Kinky Friedman vous n’aurez pas votre ration. Le héros éponyme de l’auteur américain, en quelque sorte son double littéraire, est plutôt du genre cool. Une nonchalance chevillée au corps, alliée à un esprit caustique de bon aloi.

« Des mancheurs s’égrenaient tout le long du trottoir comme les perlouses de pacotille d’un collier tellement toc que vous ne laisseriez même pas votre petite amie le porter pour vous accompagner à une bagarre de rue. »

Meurtre à Greenwich Village brille en fait surtout par son ambiance décalée et la connaissance quasi-encyclopédique des lieux interlopes new-yorkais dont fait montre l’enquêteur privé au cours de ses déambulations nocturnes.

« La soirée était belle et frisquette, bien le genre à aller s’asseoir à la Taverne de l’Oreille pour écouter un bouffon prétentieux, zézayant et pompeux, vous rabattre les oreilles. »

Sans oublier un goût immodéré pour la truculence et la gouaille, un art de la formule et de la saillie drolatique titillant plutôt deux fois qu’une les zygomatiques.

« Elle fait partie de ces filles qui plaisent aux vieux dentistes. Elle avait un joli jeu de dents, une belle paire de robert, et un sens des valeurs parfaitement chaotique. »

Bref, tout ceci n’est pas sérieux un instant et l’on sent bien, à plusieurs reprises, que l’élucidation de l’affaire n’apparaît pas comme la priorité de Friedman. Mais on s’en fiche car, à l’instar de son auteur, Kinky est un sacré personnage !

Meurtre_greenwichMeurtre à Greenwich Village de Kinky Friedman – Éditions Payot, collection Rivages/Noir (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Frank Reichert)

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