Coraline

Cela faisait belle lurette que je n’avais pas lu un roman de Neil Gaiman. Depuis American Gods pour être exact. Je ne garde d’ailleurs pas un souvenir émerveillé de ce roman au pire raté ou au mieux ne tenant pas toutes les promesses esquissées. Avec Coraline, je ne prends guère de risque. Auréolé d’une multitudes de récompenses, le roman est également considéré par les fans comme l’un des meilleurs de l’auteur américain. Sur ce point, je rejoins ses laudateurs.

Quid de l’histoire ?

Coraline vient d’emménager avec sa famille dans une grande maison transformée en plusieurs appartements. Au rez-de-chaussée vivent les demoiselles Spink et Forcible, deux vieilles dames toutes rondes ayant brûlées jadis les feux de la rampe, mais ne faisant plus désormais que la conversation à leurs nombreux terriers blancs, Hamish, André, Jock… Au grenier habite un vieux monsieur moustachu prétendant posséder un cirque de souris savantes. Solitaire et reclus, il ne cesse de promettre à la jeune fille de l’inviter au spectacle lorsque leur numéro sera au point.

Délaissée par ses parents, très occupés par leur travail, Coraline passe son temps à explorer son nouvel univers. Cela tombe bien, elle espère devenir plus tard une grande exploratrice. Elle arpente ainsi le jardin un tantinet à l’abandon dans tous les sens. Elle fouille les prés aux alentours et pousse la curiosité jusqu’à examiner le puits dont on a pourtant pris soin de lui signaler l’existence afin d’éviter un accident. Aucun recoin de l’appartement ne lui échappe, du salon au bureau de son père, en passant par sa chambre, rien ne résiste à ses auscultations. Même cette mystérieuse porte, supposée ouvrir sur un mur de briques, et qui pourtant un jour révèle un tunnel ouvrant sur un autre monde, l’exact reflet du sien, mais en beaucoup mieux.

Coraline a le charme simple des contes fantastiques, ceux qu’on lit en cachette sous la couette et dont l’atmosphère bizarre nous imprègne durablement. Sans tirer un seul instant à la ligne, Neil Gaiman pose son décor et tisse sa toile, ne donnant à aucun moment l’impression de forcer le trait. Par petites touches, tranquillement, il instille le doute puis l’inquiétude, avant de dérouler une intrigue, certes linéaire et prévisible, jalonnée de surcroît par de nombreux clins d’œil à l’héroïne de Lewis Carroll, mais dont l’étrangeté et la maîtrise ne se relâchent pas jusqu’à son dénouement.

Coraline n’a pas le caractère pompeux et pompier des thrillers horrifiques. L’histoire joue plutôt sur un mode mineur une mélodie entêtante dont les échos réveillent quelques craintes enfantines. L’universalité du propos (l’herbe est-elle plus verte ailleurs?) en ressort parée de l’aura d’un conte noir, baroque, rehaussé par la personnalité inventive et courageuse d’une petite fille.

Unité de lieu, de temps et d’action, si le récit emprunte sa trame au conte, il se rapproche aussi du théâtre. À vrai dire Coraline aurait pu faire l’objet d’une adaptation théâtrale. Il faudra se contenter du film d’animation de Henry Sellick, sorti au cinéma en 2009. On a connu pire…

Bref, chaudement recommandé aux adolescents, Coraline ne manque cependant pas de charme pour séduire des lecteurs plus adultes. Et pour renouer avec Neil Gaiman, ce n’est pas mal non plus.

CoralineCoraline (Coraline, 2002) de Neil Gaiman – Réédition J’ai lu, 2014 (roman traduit de l’anglais par Hélène Collon)

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