Cycle Succession

Avec le diptyque « Succession », Scott Westerfeld s’adresse au cœur de cible de la science-fiction. Autrement dit, le fan de space opera qui tache. À me lire, d’aucuns pourraient croire que j’ai versé du côté régressif du genre, m’enquillant sans sourciller près de 900 pages de péripéties pyrotechniques, en compagnie de héros forcément menacés par une puissance invincible. Que nenni ! Car s’il s’inscrit naturellement dans les poncifs du genre, Scott Westerfeld laisse affleurer une toute autre sensibilité, n’hésitant pas à détourner les archétypes vers des chemins de traverse étonnants, à l’image de cette intelligence artificielle vouée à gérer une maison sur une planète solitaire.

légions_immortellesThe Risen Empire (aka Les Légions immortelles dans nos contrées) ne s’embarrasse pas de préambule besogneux. On est immergé directement, en caméra subjective, sur un micro drone au cœur d’une opération délicate. La guerre froide opposant depuis une centaine d’années l’Empire et la secte Rix (une post-humanité prônant l’émergence de consciences artificielles composites et leur fusion avec l’Homme) vient en effet d’arriver à un point de non retour. Sur Legis XV, les commandos-suicides Rix ont pris en otage la sœur de l’empereur. Plus que sa vie, c’est surtout le secret de l’immortalité, fondement et garant de la cohésion de l’Empire, qui est menacé. Heureusement, la meilleure frégate de l’Empire commandée par le héros impérial Zaï, orbite à proximité de la planète. Le voilà aussitôt chargé de libérer la sœur de l’empereur. De sa réussite dépend son honneur et sa vie. De son succès dépend également l’existence de quelques millions de sujets de l’empereur.

En prenant connaissance de ce bref résumé, on peut être induit en erreur et penser que Scott Westerfeld nous offre un énième récit survolté, ne s’écartant guère du premier degré du space opera. En considérant The Risen Empire uniquement de ce point de vue, le lecteur se met le doigt dans l’œil jusqu’au fondement. L’auteur américain n’hésite pas en effet à casser assez rapidement le rythme de l’action, focalisant son attention sur des thématiques plus spéculatives, du genre de celles abordées dans L’I.A. et son double.
Passée la palpitante séquence d’ouverture, l’action se ralentit, s’attachant à creuser la psychologie de quelques personnages, nuançant au passage l’apparent monolithisme de l’Empire et l’inhumanité des Rix. S’il n’échappe pas complètement au procédé du fil narratif multiple, histoire d’apporter du rythme et de la tension, le récit tempère la donne en entremêlant le présent avec des flash-back qui contribuent à lui donner davantage d’ampleur. Et, au fil de ces digressions, on retrouve avec plaisir les spéculations de l’auteur sur l’évolution d’une intelligence artificielle vers la conscience et cette attirance réjouissante pour l’union entre les êtres biologiques et mécaniques, entre chair et silicium, source ici non d’affrontement, mais d’éducation, de synergie voire d’humanisation.
Parmi les passages plus calmes, on retiendra surtout celui où intervient la Maison, l’intelligence artificielle chargée de la domotique du domicile du sénateur Oxham. Scott Westerfeld y met en scène avec talent la fusion subtile et fragile entre le corps mécanique et le cœur humain, instillant une dose d’émotion bienvenue.

succession---l-integrale-416485Avec Le Secret de l’Empire, les choses sérieuses reprennent sans transition. Tous ses systèmes dans le rouge, toutes ses armes déployées, la Frégate Linx s’apprête à engager un redoutable croiseur Rix dans un combat désespéré. Il s’agit d’empêcher la divulgation du secret de l’empereur qui a été volé par la conscience composite phagocytant le réseau planétaire de Legis XV.

C’est parti pour 158 pages (sur 440) d’affrontements par drones interposés, avec un arsenal effrayant. Micro-missiles, canons à gravité, lasers et j’en passe, Scott Westerfeld convoque le ban et l’arrière-ban des technosciences. Multipliant les manœuvres d’esquives, les accélérations gravitiques inhumaines, à grand renforts de considérations tactiques, de coups de théâtre et de décompressions explosives, il fait monter la tension, laissant pour un temps la psychologie en berne. Bref, il mobilise tous le folklore habituel du New Space Opera.
Bon public, on peine à reprendre son souffle. Seuls quelques courts chapitres permettent de récupérer. Pas trop longtemps quand même car on en veut encore. Après tout, on a payé pour en avoir plein la vue et Scott Westerfeld ne se force pas de trop pour remplir le contrat.

Et puis, le décor change et l’enjeu revient vers ce fameux secret de l’Empire. On plonge alors au centre des luttes entre factions à l’intérieur de l’Empire. Cent pages se passent pendant lesquelles les intrigues tordues s’entremêlent, à la fois au Sénat impérial et dans l’espace. Le reste du récit se déroule ensuite vers une fin qu’on devine rapidement, mais n’enlevant rien au plaisir coupable que l’on éprouve. On aime la facilité parfois…

Fort heureusement, en arrière-plan de cette débauche d’action, Scott Westerfeld laisse infuser une réflexion pertinente sur l’immortalité dont le propos ne laissera pas l’amateur de Paul Valéry insensible, car toutes les civilisations sont mortelles. Fort heureusement !

Au final, « Succession » s’adresse avant tout à un lectorat en quête de Sense of wonder et d’aventure. Idéal pour la plage, le diptyque ne marque cependant pas autant les esprits que son prédécesseur L’I.A. et son double.

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Les légions immortelles – Succession 1 [The Risen Empire – Book 1 of Succession, 2003] de Scott Westerfeld – Éditions pocket SF, 2006

Le secret de l’Empire – Succession 2 [The Killing of Worlds – Book 2 of Succession, 2003] de Scott Westerfeld – Éditions pocket SF, 2007 (roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Guillaume Fournier)

 

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