Ceux de la Légion

Allez, voici une vieillerie… Je veux dire un classique de la SF américaine. Du genre auquel on ne touche pas, tant la poussière noble déposée par les ans impressionne et fait miroiter les yeux. Bref, une antiquité. Je parle ici de « Ceux de la Légion ». Paru au Bélial’ dans un omnibus rassemblant trois romans*, l’objet est né des œuvres de Jack Williamson, auteur ayant débuté sa carrière dans les pulps des années 1920-1930. Un condensé de sense of wonder et d’aventures, mais avec des boulons. Tout ceci ne nous rajeunit pas…

Préfacé par Roland C. Wagner, l’objet ne manque cependant pas de charme. Un charme suranné demandant beaucoup d’indulgence de nos jours, tant la naïveté du propos et le caractère abracadabrant des mésaventures des héros, et ce malgré une tentative (cosmétique) de rationalisation scientifique comme le souligne le préfacier, empapaoutent mon légionnaire… Mais tout est question de contexte, alors replaçons l’ouvrage dans son époque, c’est-à-dire les années 1930.

Fils de fermiers, puis d’éleveurs au Nouveau-Mexique, Jack Williamson découvre la SF via le pulp Amazing Stories. À cette époque, où on ne s’embarrasse guère de plausibilité scientifique, les récits publiés par ce magazine sont surtout des voyages semés d’embûches dans l’espace ou le temps. Convaincu qu’il souhaite écrire ce type d’histoire, Williamson publie son premier texte en 1928. Et comme bon nombre de ses contemporains, il se spécialise dans le Space opera où il témoigne de cet esprit imaginatif et optimiste, un brin boy scout, faisant toute la différence entre le Nouveau Monde et l’Ancien. Quand on pense qu’à la même époque œuvrent Régis Messac, Jacques Spitz et Karel Capek, on se dit qu’il n’y a pas que l’Atlantique qui sépare les Européens des Américains.

Les livres réédités au Bélial’ appartiennent à une des séries les plus connues de l’auteur, celle de « La Légion de l’espace », se composant de trois romans parus entre 1934 et 1939 dans la revue Astounding Stories, puis Astounding Science-Fiction, auquel est venu s’ajouter un quatrième titre écrit sur le tard en 1983. Poliment, on se contentera de dire que la série illustre l’esprit de la SF d’une certaine époque…

« Grand, mince et droit, sanglé dans l’uniforme vert de la Légion, il avait l’inébranlable fermeté d’une statue de bronze. »

La Légion aurait-elle mal vieillie ? Sans aucun doute. À l’instar de « Doc » E.E. Smith ou d’Edmond Hamilton, Jack Williamson demeure pour la postérité un des piliers du space op’ à grand-papa. Galaxie immense et mystérieuse recelant une foultitude de dangers, intrigue vieillotte et simpliste, en toute circonstance, le doigt sur la couture du pantalon, les légionnaires veillent. Que ce soit contre les visqueuses méduses, les fourbes cométaires ou le diabolique basilic, la Terre peut compter sur ses héros pour la défendre, surtout s’ils entrevoient, de surcroît, la possibilité de sauver une belle fille.

Les traîtres abondent et les espaces cosmiques sont parcourus d’une vibration de géodyne. On affronte à mains nues, ou armé d’un lance-protons, félons, ennemis implacables et créatures cauchemardesques. La situation est grave, désespérée, mais il n’y a rien qu’un légionnaire ne puisse résoudre avec un peu d’huile de coude. Et AKKA, l’arme redoutable qui efface tout, peut être utilisée en ultime recours. Nous sommes en territoire connu. Passez par la case Starwars

Dans la Légion, les personnages seraient-ils archétypaux ? Oui, mais ils restent fréquentables. Comme le fait remarquer Roland C. Wagner, il y a quelque chose des trois mousquetaires dans « Ceux de la Légion ». Cette Légion est d’ailleurs très vite réductible à trois légionnaires. Un trio auquel se joint un jeune premier différent dans chaque histoire, avec sa princesse interchangeable.

La spécificité de Williamson se manifeste plutôt dans les rôles respectifs donnés à chacun de ses héros. À côté des personnages basiques, celui qui monopolise peu à peu l’attention, c’est ce vieux briscard de Giles Habibula. Il humanise en quelque sorte les aventures des légionnaires, leur apportant une touche d’humour, hélas rapidement pesante.

Au final, il ne faut pas prendre cet omnibus pour ce qu’il n’est pas, mais bien pour ce qu’il demeure au regard de l’Histoire de la SF : une distraction datée ne voyant pas plus loin que le bout de son lance-protons. Si « Ceux de la Légion » ne dément pas sa réputation de classique, il faut sans doute tout le recul critique d’un spécialiste pour en apprécier les apports à l’Histoire du genre.

Ceux de la légion« Ceux de la Légion » de Jack Williamson – Édition du Bélial, 2004 (rééditions disponibles en trois romans chez Folio SF)

Notes * : « Ceux de la Légion » rassemble La Légion de l’espace [Legion of Space, 1934], Les Cométaires [The Cometeers, 1936] et Seul contre la Légion [One against the Legion, 1939]

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