Chevauchée avec le diable

Parce qu’on a assassiné le père de son ami d’enfance, Jack Roedel a choisi d’adhérer à la cause confédérée. Parce qu’il se sent davantage d’affinités avec les « Sudistes », il prend les armes pour combattre les fédéraux. Parce qu’il chérit par-dessus tout la liberté, il se joint aux bandes irrégulières pratiquant la guérilla entre Missouri et Kansas. Ces bushwhackers sans foi ni loi dont les troupes écument les vastes territoires de l’Ouest, sans cesse pourchassées par les régiments fédéraux.

Sans illusion, Jack joue au chat et à la souris, comptant autant sur le soutien des fermiers, que sur la chance. Et lui, ce jeune homme un peu naïf au début, devient peu-à-peu un combattant chevronné, prêt à tuer l’ennemi sans sourciller.

Loin des poncifs véhiculés par la littérature héroïque, Chevauchée avec le diable nous dévoile un des angles morts de l’Histoire de la guerre civile américaine, autrement nommée guerre de sécession par chez nous.

Un conflit brutal et sanglant considéré par beaucoup comme la matrice de la guerre moderne. Une conflagration fratricide, au goût de sang et de merde, qui voit le puissant lobby des industriels du Nord écraser celui des gros propriétaires terriens du Sud, sous couvert d’idéalisme et de lutte contre l’esclavage. Une guerre sociale mais aussi une guerre étrangère, les régiments fédéraux étant composés en grande partie par des immigrants à peine débarqués, histoire de favoriser leur intégration par le fer et par le feu.

Engagé dans le conflit par pur idéalisme et par amitié, Jack Roedel nous raconte sa guerre en compagnie d’une troupe hétéroclite, dont certains membres n’hésitent pas à dénigrer ses origines hollandaises. Ce procédé rappelle immédiatement celui du roman d’apprentissage, puisque l’on suit le jeune homme au travers d’une série d’épreuves qui vont contribuer à forger son caractère, le forçant à reconsidérer sa vision du monde.

Il va ainsi connaître l’épreuve du feu, le chaos des combats désordonnés : batailles rangées contre un ennemi en surnombre. La colère engendrée par l’injustice, notamment les exactions des Jayhawkers abolitionnistes, s’avère source de nouvelles injustices. Et peu-à-peu, il fait le deuil de ses idéaux. Car, la lutte menée par ses compagnons d’armes se mue en pillages, en assassinats et en actes de vengeance, servant d’exutoire à une violence injustifiable. On pend les prisonniers, on décapite les cadavres, on s’entretue entre voisins, entre parents, on emprisonne les femmes et les enfants dans un bâtiment, dont on a pris soin d’affaiblir les murs auparavant afin de provoquer son effondrement. Un lent et inexorable glissement dans la barbarie culminant avec le sac de la ville de Lawrence, organisé par le tristement célèbre William Quantrill.

Au final, sans atteindre les sommets de ses romans noirs, Daniel Woodrell dresse avec Chevauchée avec le diable un tableau accablant de la déshumanisation provoquée par la guerre, en particulier lorsque celle-ci est civile.

Additif : Suite à cette lecture, j’ai visionné par curiosité l’adaptation d’Ang Lee. Mauvaise pioche. La réalisation académique, le propos lisse et très propre sur lui, et un jeu d’acteur particulièrement fade ont provoqué mon assoupissement.

chevauchee avec le diable.inddChevauchée avec le diable (Woe to live On, 1987) de Daniel Woodrell – Édition Payot, collection Rivages/noir (réédition traduit de l’anglais [États-Unis] par Dominique Mainard)

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