Local Héros

Dire Straits. Le groupe illustre illustre parfaitement le son des années 1980 au point de l’incarner musicalement. Pourtant, Mark Knopfler et ses potes semblent à bien des égards un anachronisme vivant. Un paradoxe à l’époque du punk vagissant. Accessoirement, Dire Straits est aussi le groupe de mon adolescence (ne vous moquez pas, ça aurait pu être Indochine). J’ai aimé et aime encore le groupe de Mark Knopfler, l’homme tranquille du rock. Et cela, malgré l’invasion des claviers synthétiques, le son digital, le saxophone sirupeux, une discographie en pointillés et un projet artistique aux abonnés absents. Il faut croire que Benoît Vincent aussi.

Sacrifiant à l’exercice de la biographie musicale*, l’auteur nous raconte son histoire de Dire Straits. Loin des conventions du genre et sans céder à l’idolâtrie, il nous narre l’histoire d’un rendez-vous manqué, un long malentendu décliné tout au long d’une décennie scandée par sept albums studio. En véritable amoureux des mots, il interprète la geste d’un groupe dont on aime détester les motifs et dont pourtant on se surprend à écouter les différents titres avec nostalgie.

En guise de fil directeur, Benoît Vincent nous propose ainsi un chapitrage élaboré comme une tracklist, dont les titres francisés proviennent tous de la discographie du groupe britannique. Il dessine ainsi un portrait en creux de Mark Knopfler, n’occultant rien des différents épisodes de l’itinéraire du personnage, mais se gardant bien de nous en livrer un compte-rendu factuel. Déconstruisant la chronologie, à grand renfort d’ellipses et avec une bonne dose de fiction, il s’inspire des paroles de quelques chansons et de la biographie du bonhomme pour en restituer une image conforme à ses propres représentations.

Volontiers allégorique, flirtant avec la poésie, l’exercice s’apparente aussi à une réflexion sur le rock et sur sa mythologie. Benoît Vincent interroge les postures et la réalité. Il évoque le sacrifice du projet artistique sur l’autel de l’industrie du disque et transforme l’odyssée rock de Dire Straits en geste métaphorique. Il bâtit une fiction autour du personnage de Mark Knopfler et des chansons de son groupe, essayant d’en retrouver l’essence.

« Pointer les histoires qu’on se raconte, nous, de lui. »

Bref, Local Héros apparaît comme une novella des plus ironiques. Un OLNI au moins aussi recommandable que Pink Floyd en rouge de Michele Mari.

*Renvoyons les éventuels curieux à l’ouvrage de Arnaud Devillard, paru chez Le Mot et le reste.

local-heros-smallLocal Héros de Benoît Vincent – Éditions publie.net, publie.rock, 2016

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