C’est l’Inuit qui gardera le Souvenir du Blanc

2089. La société de contrôle est désormais une réalité. Dans un souci de sécurité absolue, chaque être humain est pourvu d’un implant permettant de suivre ses moindres faits et gestes de manière quasi-instantanée. Loin d’être considéré comme une entrave à la liberté, le fait est perçu comme un réel progrès, un gadget désirable, signe de réussite sociale. En zone sécurisée, les implantés jouissent ainsi d’un accès total à divers services facilitant le travail des cyrobs’ chargés de tracer leurs déplacements, rencontres, conversations, achats, sources de revenu et autres humeurs…

Mais l’utopie réalisée connaît encore quelques angles morts. Dans les zones franches, des populations entières de déshéritées ou de réfractaires continuent de défier le nouvel ordre sociétal, préférant un hypothétique sentiment de liberté à la pacification des mœurs. Et puis, il y a le problème des peuples indigènes. Souverains sur leurs territoires, un statut obtenu aux forceps, ils aimeraient bien s’affranchir complètement de la surveillance des pays du G16.

Au siège de la sécurité nationale de la zone européenne, les chiens de garde du système sont sur les dents. Un de leur agent vient de faire défection, emportant avec lui des informations sensibles sur une enquête dont on l’avait chargé. Une affaire en rapport avec la disparition inexplicable des écrans de surveillance de portions entières de territoires appartenant aux nations indigènes. De quoi renverser le rapport de force géopolitique.

Au Kallaallit Numaat où elle termine d’accomplir sa Première Chasse, épreuve qui lui permettra de choisir son nom d’adulte, Kisimii ne se doute pas qu’elle va se retrouver au centre d’une crise d’ampleur internationale.

inuit2Paru initialement chez Le Navire en pleine ville, C’est l’Inuit qui gardera le Souvenir du Blanc se révèle au final une lecture sympathique, doublée d’une réflexion salutaire sur la liberté. Avec ce court roman destiné à un lectorat adolescent, Lilian Bathelot nourrit un questionnement éthique avec les spéculations vertigineuse de la science-fiction. Si l’intrigue ne casse pas trois pattes à un manchot, elle se montre toutefois suffisamment dynamique pour que l’on ne s’ennuie pas un instant. L’auteur ne perd pas son temps pour immerger le lecteur dans un futur au fort goût d’anticipation. Il distille les informations au fil d’un récit tendu, qui court crescendo jusqu’à un dénouement dramatique et pourtant optimiste.

Si C’est l’Inuit qui gardera le Souvenir du Blanc s’apparente à la lutte du pot de fer contre le pot de terre, il n’en demeure pas moins plein de surprises. L’histoire repose tout entière sur un superbe personnage féminin et sur une immersion convaincante au cœur de la culture inuit. A l’instar de Ian McDonald, Lilian Bathelot adopte le point de vue d’une civilisation non occidentale, mariant la tradition indigène aux technosciences sans céder aux préjugés. Il montre ainsi qu’un autre futur est possible, sans pour autant verser dans un angélisme malvenu. Il questionne enfin le lecteur sur la notion de liberté, valeur universelle et pourtant tellement subjective.

Bref, C’est l’Inuit qui gardera le Souvenir du Blanc s’avère un roman malin, pétri d’humanisme. De quoi donner envie d’éplucher davantage le catalogue numérique des éditions Multivers qui recèle bien d’autres titres intéressants.

inuit1C’est l’Inuit qui gardera le Souvenir du Blanc de Lilian Bathelot – Réédition Multivers éditions, 2015

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