Une autre saison comme le printemps

François Dorall vit dans le passé. Une relation de jeunesse achevée tragiquement, un mariage en déshérence et un nourrisson mort dans sa prime enfance, le bonhomme nourrit un spleen tenace, entretenu par un deuil dont il ne parvient pas à se dépêtrer. Écrivain à succès, il habite aux États-Unis et vit désormais par procuration, via le personnage de roman de gare qu’il a créé. C’est d’ailleurs cette série qui lui vaut l’honneur d’une invitation à un salon de polar, à Metz, pour participer à une conférence sur les disparitions. Et justement, à l’issue de sa prestation, une amie d’enfance vient le supplier de retrouver son fils de 9 ans, kidnappé à la sortie de l’école. De quoi donner du grain à moudre à l’enquêteur François Doralli. Mais François Dorall n’apprécie pas le synopsis qu’on lui sert. Trop de non-dits. Il finit pourtant par se laisser convaincre, même si on lui force un tantinet la main en ayant recours au chantage.

En compagnie d’une fille ramassée dans un hôtel, François Dorall/Doralli se lance à la recherche de cet enfant disparu. Et surtout, il entame une quête plus personnelle d’où émergent les souvenirs d’un amour passé.

Écrivain prolifique, Pierre Pelot a longtemps œuvré dans les marges, au cœur de cette littérature dite populaire. Il y a forgé son style et ses propres thématiques, acquérant au fil des années la stature d’auteur. De quoi remettre à leur place les faiseurs chichiteux de la littérature qui pose.

Ce goût pour les marges, d’aucuns diraient les mauvais genres, se retrouve dans Une autre saison comme le printemps. Le Vosgien y flirte, et pas qu’un peu, avec les ressorts du fantastique et du roman noir. Mais, le propos de l’auteur se focalise surtout sur le territoire de l’intime. L’amour, plus fort que la mort. Avec ce lieu commun, il brode une histoire triste, où une fois de plus, la fiction se met en scène pour tenter de se substituer à la vie.

Une autre saison comme le printemps ravira sans doute les inconditionnels (j’en suis) de Pierre Pelot. Certes, le roman ne figure pas parmi ses œuvres les plus marquantes. On sent que l’auteur a attendri sa plume pour distiller l’émotion, processus qui ne l’empêche pas de cogner sur les bas instincts de l’engeance humaine. Pas angélique pour deux sous, le Vosgien s’attache à cette humanité banale, apte au pire comme au meilleur, que ce soit pas nécessité ou par calcul. Dans une atmosphère nimbée de mystère, il laisse également infuser quelques fulgurances dont l’acuité crucifie littéralement l’imagination.

La figure de l’écrivain, à la fois démiurge et être faillible, hante le récit du voyage de François Dorall. Les fêlures intimes du bonhomme affleurent peu à peu au fil de ses pensées et de ses échanges avec sa passagère. Et derrière la fausse simplicité des apparences, Une autre saison comme le printemps dévoile un idéalisme qui ne se résout pas à accepter l’irrémédiable, l’absurdité de la vie et des occasions manquées.

Bref, voici un bien beau roman dont on se défait difficilement, une fois la dernière page tournée.

saison_comme_printempsUne autre saison comme le printemps de Pierre Pelot – Éditions Héloïse d’Ormesson, novembre 2016 (réédition du roman paru en 1995 chez Denoël, collection « Présences »)

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