F

f_originalF comme Fake (aka Vérités et Mensonges). L’ultime réalisation d’Orson Welles, objet filmique étrange et foutraque adressé comme un pied de nez aux conventions, aux spectateurs et au cinéma. Un mélange de fiction et de documentaire où le réalisateur s’interroge avec goguenardise sur les notions de contrefaçon et d’art, déroulant une réflexion avisée sur le cinéma et les techniques présidant à entretenir l’illusion de vérité.

F comme femme fatale. Issue de la petite bourgeoisie conservatrice brésilienne, Ana a échappé à la chape de plomb de la junte militaire. D’une nature effacée, elle ne demande qu’à se révéler, à sortir de sa chrysalide, optant pour une activité pour laquelle elle manifeste quelque talent. Car, derrière l’apparence sage et policée d’une jeune femme de vingt-cinq ans se tapit une redoutable tueuse. Une guérillera implacable connaissant toutes les manières d’assassiner un homme et dont le sang froid, de même que l’imagination font l’admiration de ses commanditaires. Bien ancrée dans son époque, les années 80, fan de Joy Division et de Cold Wave, Ana entend faire du crime un des beaux arts. Elle reste pourtant une énigme, même pour elle-même.

F comme faux semblant. Rien ne semble être ce qu’il paraît au premier abord dans le roman de Antonio Xerxenesky. Ana joue avec brio de cet art de la dissimulation, allant jusqu’à se mentir à elle-même pour ne pas voir la compromission de son père dans la junte et le drame intime vécue par sa sœur cadette.

F comme futur, enfin. Un futur où tous les possibles s’achèvent sur une même issue. Un futur dénué d’espoir, avec la voix de Ian Curtis et ses paroles en guise de requiem.

« Il n’y a pas de retour possible, le temps n’avance que dans une seule direction, vers le futur, le futur qu’il avait prédit, et le futur, je le répète – mais les répétitions ne sont jamais de trop -, le futur, c’est la mort. »

 

Sous le titre sibyllin de F se cache le nouveau roman de Antonio Xerxenesky traduit dans nos contrées pour les éditions Asphalte. Après Avaler du sable que je vais désormais m’empresser de lire, l’auteur brésilien fait montre ici d’une originalité à proprement parlée enthousiasmante. F nous cueille sans coup férir, sans jamais nous laisser à quai. Roman singulier écrit à la première personne du singulier, l’objet se révèle autobiographie fictive. Celle d’Ana, une héroïne en creux, absorbant tout ce que lui offre son entourage. Une éponge psychique ne manifestant guère d’empathie pour autrui afin de demeurer indépendante. A la fois sicaire implacable et femme introvertie, aux émotions à fleur de peau, elle nous entraîne dans les méandres de sa psyché, oscillant sans cesse entre passé et présent avec une sincérité désarmante.

Œuvre gigogne d’un auteur malin, F acquitte avec talent son tribut au cinéma, cet art de la lumière et de l’illusion, dressant au passage le portrait sublime d’une créature de l’ombre dont le désespoir nous crucifie. Magnifique !

fF (F, 2014) de Antonio Xerxenesky – Éditions Asphalte, septembre 2016 (roman traduit du portugais [Brésil] par Mélanie Fusaro)

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