Le chien arabe

À l’ombre des tours de la cité des Izards, le feu couve. Ce n’est pas encore l’été et pourtant déjà une chape caniculaire s’est abattue sur la banlieue nord de Toulouse, pesante et étouffante. Il suffirait de peu de choses pour que le vent d’Autan attise les braises de la guerre qui se prépare entre les cailleras et les barbus. Un conflit territorial mais aussi une lutte d’autorité, le spirituel ne tolérant pas que le temporel s’exonère de ses devoirs.

En attendant, la routine prévaut. Dans les coursives des bâtiments, sur les toits, les chouffeurs guettent les rondes de la police, prêts à repousser l’intrusion des individus indésirables. Ils obéissent à Nourredine Ben Arfa, le caïd de la cité. Un jeune devenu à force d’intimidation et de violence, le chef du gang des Izards. Pour sa sœur, il est aussi le chef de la famille, un tyran que même ses parents craignent. Un soir, un peu par défi, elle observe son manège au pied de leur immeuble. Et, ne supportant pas de le voir brutaliser un chien apparemment souffrant, elle s’empare de l’animal pour le faire examiner par Sergine Ollard, l’un des vétérinaires de la clinique locale.

En dépit d’un sujet s’enracinant dans la criminalité des cités sensibles et la montée du terrorisme islamiste, Le Chien arabe n’est pas parvenu à me convaincre. La faute au traitement superficiel de l’atmosphère, on va y revenir, et à une intrigue ne faisant pas l’impasse sur la facilité et les recettes du thriller.

On aurait aimé découvrir les habitants des Izards auquel Benoît Séverac dédit son roman, ces petites gens dont certains méritent son hommage. Hélas, les chapitres courts et factuels, contribuent à hacher la narration, ne permettant aucune immersion dans ce quartier de la banlieue nord de Toulouse. Bien au contraire, l’auteur toulousain se contente de nous balader d’un lieu à un autre, d’un personnage à un autre, sans prendre le temps de laisser vivre les habitants des Izards. On en est réduit à explorer les bas-fonds des immeubles aux caves transformées en lieux de prière clandestins ou en chenils.

À vrai dire, il manque un véritable point de vue dans ce roman, celui des ressortissants des Izards, ces habitants, jeunes et vieux, étrangers et locaux qui subissent la pression du trafic des caïds. Car paradoxalement, si les pratiques illégales du gang Ben Arfa sont bien documentées, Benoît Séverac se montre beaucoup moins prolixe sur d’autres aspects du quartier. À commencer par l’influence des intégristes et le processus de radicalisation. Et puis, il y a la sœur de Nourredine, Samia, à l’origine de l’intervention de Sergine Ollard. Son personnage disparaît très vite pour ne privilégier que le point de vue jusqu’au-boutiste de la vétérinaire et celui du brigadier Decrest, femme flic désabusée en charge du maintien de l’ordre aux Izards.

En fait, Le Chien arabe se révèle un inexorable crescendo, où chacun tient son rôle, débouchant sur la conflagration attendue. Ni les tentatives de Sergine Ollard, véritable chien (!) dans un jeu de quille dont l’entêtement enragé finit par agacer, ni les manœuvres occultes de la DGSI sur le dos de la police locale, somme toute très convenues, ne viennent relancer l’intérêt pour un roman dont on se surprend à tourner les pages sans conviction, anticipant le moindre rebondissement.

Bref, Benoît Séverac ne semble enfoncer que les portes ouvertes au lieu de dévoiler les angles morts de ces cités où la moindre flambée de violence et le plus infime fait divers nourrissent les représentations du commun des mortels.

le-chien-arabe_2890Le Chien arabe de Benoît Séverac – La manufacture de livres, mars 2016

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2 réflexions au sujet de « Le chien arabe »

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