Retour à la case départ

Après trois ans passés loin de la Mère Patrie, Alexeï revient au pays, avec comme perspective d’avenir un gros paquet de fric. On lui a proposé en effet de rentrer pour témoigner contre Pinski, un homme d’affaires véreux qui l’a employé jadis pour s’occuper de sa communication politique, puis de la culture dans la mairie qu’il dirigeait. Les choses s’étant gâtées par la suite, il a préféré mettre les voiles plutôt que de finir avec une balle en pleine tête. Sans nouvelles de la Mère Patrie depuis presque un lustre, si l’on fait abstraction des quelques Russes croisés dans les rues de Prague où il a trouvé refuge, il débarque à Moscou comme en terre étrangère. Le consumérisme effréné a remplacé la foi communiste, le nouveau Russe étant devenu un héros plus enviable que la kolkhozienne. Un vrai monde de plastique, mais avec un sacré paquet d’emmerdes en souffrance pour Alexeï.

Bienvenue en Russie post-soviétique. En trois romans parus dans nos contrées, dont deux chez les défuntes éditions Moisson Rouge, Vladimir Koslov est devenu le chantre désenchanté d’un pays en proie aux soubresauts de la fin du communisme. Car si l’auteur ne nourrit guère d’illusions quant aux lendemains qui déchantent de la Perestroïka, il ne se laisse pas pour autant leurrer par la victoire de la « démocratie ». Un vrai miroir aux alouettes transformé en remède de cheval, appliqué sans aucune empathie à une population ravalée au rang de variable d’ajustement par des affairistes aux méthodes criminelles.

Dans ce roman noir, très noir, Vladimir Koslov parcourt une quinzaine d’années d’histoire russe, entre 1990 et 2006, du chaos résultant de la fin de l’ère Gorbatchev au boom capitaliste moscovite. Des années d’errements où la pègre a pignon sur rue, épaulée par une milice et une justice corrompue. Bref, le Far-West aux portes de l’Oural. Pour les sans-grades commence alors une période de débrouillardise et de combines sans lendemains.

Retour à la case départ navigue ainsi entre deux époques, la jeunesse et le présent d’Alexeï. On se familiarise avec le bonhomme et son tempérament, un mélange de fatalisme et de cynisme, revenant sur ses études, ses fréquentations et son goût pour l’univers punk. Attiré par l’anarchisme, Alexeï se reconnaît dans le do it yourself , préférant suivre l’exemple de ses camarades en trafiquant de la vodka frelatée avec des prêtres orthodoxes ou en rackettant les bus de touristes russes, à la frontière polonaise. Un itinéraire qui le ramène dans sa ville natale où il devient le rédacteur en chef du journal du combinat faisant vivre les habitants. Il multiplie ainsi les petits boulots, flirtant pas qu’un peu avec l’illégalité, avant d’être obligé de participer à la campagne électorale d’un oligarque de province aux dents longues, mais peut-être pas suffisamment dans un univers dont les contours se durcissent avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine.

Récit sans fard de la réalité russe, Retour à la case départ nous épargne la langue de bois, révélant un portrait de la Russie post-soviétique bien éloigné du discours politiquement correct. No future !

Retour à la case départ (Domoï, 2010) de Vladimir Koslov – Éditions Moisson Rouge, janvier 2012 (roman traduit du russe par Thierry Marignac)

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