Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler

Contraint à l’exil après la défaite du Reich en 1945, l’ex-chancelier Adolf Hitler vit désormais, sous la surveillance du FBI, dans un appartement de South Brooklyn. Une existence de reclus, partagée entre une épouse qu’il délaisse et des rêves toujours de fer. Nous sommes en 1949, l’homme est âgé de soixante ans. Chef d’un État fantoche, abandonné par ses fidèles et en proie à la maladie, il nourrit pourtant toujours des projets grandioses pour l’avenir, surtout depuis que l’URSS a attaqué Pearl Harbor, provoquant ainsi la Seconde Guerre mondiale.

Roman grinçant et uchronie minimaliste, Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler illustre, s’il est besoin de le faire encore, le talent de satiriste de Jean-Pierre Andrevon. Aucune surprise sur ce point en effet, la dédicace à Norman Spinrad annonçant d’emblée la couleur.

Écrit au vitriol, ce court roman n’épargne vraiment personne. Que ce soit l’ex-chancelier du IIIe Reich, un vieil homme enferré dans ses rêves ridicules de grandeur et de pureté raciale, mais également son entourage, son épouse Éva, virago futile, sans oublier Hermann Goering, arriviste grossier et jouisseur. Nul ne sort indemne d’un roman cruel et pourtant fort drôle. Un rire tenant toutefois plus du ricanement sardonique qu’autre chose, il faut en convenir.

Le dispositif narratif impressionne par sa simplicité et sa sobriété, le lecteur étant convié par Adolf Hitler lui-même à vivre les trois dernières journées de son existence de pré-retraité du totalitarisme. On s’attache ainsi aux pas du dictateur cacochyme, immergé à ses côtés dans les tracas du quotidien, les douleurs ; une prostate tyrannique, un Alzheimer débilitant et une maladie de Parkinson qui le contraint à sucrer les fraises. Confronté aux humeurs changeantes du personnage, sans cesse traversé par les mêmes obsessions, ressassant son dégoût de l’humanité dans son ensemble et pourtant en même temps enclin à concevoir un avenir meilleur pour celle-ci, on ressent la totale médiocrité de sa vie et de son combat politique.

En conséquence, l’uchronie sert ici de révélateur. Elle dessine en creux le portrait d’un vieux maniaque, accréditant par là-même la thèse de la banalité du mal, développée par Hannah Arendt à l’occasion du procès d’Eichmann. Pour autant, Jean-Pierre Andrevon ne disculpe pas Hitler de ses crimes. Bien au contraire, il en dévoile toute l’inanité, pour ne pas dire le nihilisme intrinsèque, sans omettre de préciser que le nazisme n’a sans doute pas le monopole en ce domaine.

Lecture bienvenue, pour ne pas dire salutaire, Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler est évidemment à recommander aux esprits pessimistes. Car comme d’aucuns le devinent, ils sont les plus attachés au progrès, trouvant dans le spectacle de la noirceur de l’humanité et dans celui de l’absurdité de la vie, un moyen de conjurer leur angoisse et d’espérer du meilleur.

Le Dernier Dimanche de M. le Chancelier Hitler de Jean-Pierre Andrevon – Réédition Après la lune, 2010

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s